SAUMONEAU Louise, Aimée

Par Justinien Raymond et Charles Sowerwine.

Née le 17 décembre 1875 à Poitiers (Vienne), morte le 23 février 1950 à Paris (XIIe arr.) ; couturière, puis journaliste ; militante féministe, pacifiste et socialiste.

Louise Saumoneau exerça la profession de couturière à Poitiers, puis à Paris où elle vint au début de 1897. Restée célibataire, elle consacra une grande partie de son activité extra-professionnelle, jusqu’en 1914, à l’action syndicale et politique. En 1900, elle adhéra au Groupe féministe socialiste du Ve arr. En 1900, elle devint secrétaire de la chambre syndicale des Travailleurs de l’aiguille du département de la Seine, d’existence éphémère. Elle se rangeait alors parmi les socialistes indépendants et fut déléguée de la Seine aux congrès de Paris, salle Wagram (1900) et de Lyon (1901). En juillet 1899, elle fonda le groupe des Femmes socialistes et commença en 1901, sa collaboration au journal La Femme socialiste dont elle fut secrétaire de rédaction. Au cours des regroupements qui suivirent la première tentative d’unité, elle appartint au PSF et représenta sa fédération de la Seine, dont elle était archiviste, au congrès national de Tours (1902). Avec le PSF, elle rallia le Parti socialiste SFIO, né au congrès de Paris, salle du Globe (avril 1905) où elle fut déléguée.

Pour Louise Saumoneau, l’action féministe était inséparable de l’action socialiste. Dans l’appel qu’elle lança en 1899 avec Élisabeth Renaud pour grouper les femmes, elle s’adressait à « toutes celles qui croient à la nécessité de l’action féminine dans cette lutte et qui acceptent les principes qui sont la base du socialisme » (La Petite République, 3 juillet 1899). Elle participa activement au congrès international de la condition et des droits de la Femme, à Paris (5-8 septembre 1900). Dans l’organe mensuel qu’elle lança le 1er mars 1912 en reprenant le titre La Femme socialiste, elle combattit l’alliance avec les féministes bourgeoises au sein du mouvement des femmes. Louise Saumoneau n’attendait la libération des femmes que de la Révolution libérant tous les travailleurs. Elle parla souvent avant-guerre dans les réunions et meetings en faveur de l’octroi des droits civiques aux femmes. A son domicile, 13 rue Biscornet, XIIe arr., de 1901 à 1911, puis 6 rue Flatters, Ve arr., elle gagna sa vie comme couturière à la journée « bourgeoise » et en donnant des cours de français pour étrangers, cours suivis surtout par des réfugiés politiques russes. Avec Marie Bonnevial, Hélène Brion, Suzanne Gibault* (devenue plus tard Suzanne Buisson*), Alice Jouenne*, Marianne Rauze, Élisabeth Renaud, Adèle Kassky et Maria Verone*, elle fonda, en janvier 1913, le groupe des Femmes socialistes du Parti socialiste SFIO dont elle devint secrétaire le 8 janvier 1914.

La guerre menaçante, puis la guerre déclarée infléchirent son action vers une lutte résolument pacifiste. Louise Saumoneau abandonna la couture et se consacra, par la plume et la parole, à l’action publique. Dès juillet 1914, elle fit éditer et diffuser des tracts contre la guerre qui étaient un appel aux femmes, au nom des femmes socialistes. Les hostilités engagées, elle se dressa contre la politique d’union sacrée, accusant le Parti socialiste SFIO de violer les résolutions de ses derniers congrès nationaux et internationaux. Minoritaire au groupe des Femmes socialistes, elle démissionna, fin 1914, de ses fonctions de secrétaire. En janvier 1915, elle répandit l’« Appel aux femmes socialistes de tous les pays » de Clara Zetkin. Le mois suivant, elle encourut un blâme du groupe des Femmes socialistes en raison de ses efforts pour l’amener à une conférence internationale des femmes socialistes en faveur de la paix qui devait se tenir en mars à Berne.

Avec l’aide de plusieurs amies russes, dont S. Gopner, proche de Lénine (cf. Souvenirs sur Lénine, Paris, 1956, pp. 248-253) et de deux Françaises, Stéphanie Bouvard et Louise Couteaudier, Louise Saumoneau fonda le « Comité d’Action féminine socialiste pour la Paix contre le chauvinisme » et assista à la conférence de Berne. En avril, elle adressa aux groupes socialistes de Paris et de province un appel intitulé « Le monde crache le sang ». A l’occasion du 1er Mai, elle publia une protestation contre la guerre dans le journal La Femme prolétarienne. En juin, elle fit circuler un manifeste intitulé « Femmes du Prolétariat, où sont vos maris ? Où sont vos fils ? » qui est la reproduction de la résolution adoptée à la conférence de Berne. En août, elle lança deux factums intitulés : « Aux Femmes du Prolétariat ». En septembre, elle diffusa manifeste sur manifeste en faveur de la paix dans les milieux syndicalistes et socialistes, notamment celui du Parti socialiste italien adressé « Aux socialistes internationalistes ». Louise Saumoneau était en relations avec le « Comité international des Femmes pour la Paix permanente » siégeant à Amsterdam. Arrêtée le 2 octobre 1915 et inculpée d’outrages à l’armée, elle fut remise en liberté le 20 novembre au bénéfice d’un non-lieu.
Elle adhéra au « Comité d’action internationale », issu de la rencontre de Zimmerwald et qui devint le « Comité pour la reprise des Relations internationales » (CRRI) dont elle fut secrétaire adjointe. En décembre, au congrès de la fédération socialiste de la Seine, elle protesta contre les perquisitions opérées au siège de la section française du « Comité international des Femmes pour la Paix permanente ».

Louise Saumoneau continua en 1916 et en 1917 à alerter l’opinion, notamment celle des femmes. En 1916, elle publia un nouveau manifeste intitulé « Aux Femmes socialistes et prolétaires ». Le 20 avril 1917, la police effectua une perquisition à son domicile. En mai, elle fut désignée avec Fernand Loriot pour représenter la section socialiste du CRRI à la Conférence internationale de Stockholm. En septembre, elle parut encore au congrès de la fédération socialiste de la Seine.

Socialiste, pacifiste, Louise Saumoneau salua avec enthousiasme la Révolution d’octobre en Russie. Le 7 novembre 1918, à la réunion du CRRI, elle soutint une proposition de Fernand Loriot tendant à créer en France un Parti ouvrier révolutionnaire qui aurait pour objet l’instauration d’une République communiste. A l’arrivée en France du président Wilson, elle dénonça, en un manifeste, l’attitude des dirigeants du Parti socialiste et de la CGT, les accusant de « marcher à la remorque d’un bourgeois ». Elle invitait les travailleurs à accueillir le président des États-Unis aux cris de « Vive les Bolcheviks », « Vive la Révolution allemande », « Vive l’Internationale des Travailleurs ». En 1919, Louise Saumoneau collabora à l’éphémère journal L’Internationale de Raymond Péricat*. En mai, le CRRI se transforma en Comité de la IIIe Internationale et elle conserva son poste de secrétaire adjointe. En juillet, au Conseil national du Parti socialiste, comme déléguée de la fédération de la Seine, elle se prononça contre la ratification du traité de paix et fut élue à la CAP. A la conférence nationale du Parti socialiste, en septembre 1919, elle déposa, au nom de la minorité de la commission des résolutions, une motion tendant à exclure du Parti les élus qui ont voté les crédits de guerre et ceux qui voteraient la ratification du traité de paix.

Quand la question fut posée au Parti socialiste, Louise Saumoneau préconisa le ralliement à la IIIe Internationale. Le 20 janvier 1920, à la réunion du groupe Saint-Victor-Sorbonne de la fédération de la Seine, elle défendit cette idée, citant l’exemple du Parti socialiste italien qui, dit-elle, « recueille les fruits de son intransigeance révolutionnaire ». Déléguée de la Seine au congrès de Strasbourg (février 1920), elle se trouva dans la forte minorité favorable à l’adhésion à la IIIe Internationale, souhaita pour l’avenir une discipline ferme, mais alors se refusa à toute exclusion pour une attitude passée. Elle fut réélue à la CAP et nommée déléguée permanente à la propagande. En avril, à la suite de dissentiments avec Fernand Loriot, elle se retira de la commission exécutive du « Comité de la IIIe Internationale » et ce dernier prononça son exclusion pour « actes d’indiscipline » (elle avait publié une liste de candidats à soutenir pour une élection au sein de la SFIO, contre la liste du Comité de la IIIe Internationale). Louise Saumoneau se rallia alors à la fraction centriste du Parti socialiste et, en décembre 1920, elle fut déléguée par la CAP pour assister à la Conférence internationale de Berne. Après le congrès de scission de Tours (décembre 1920), elle demeura, avec la minorité, dans le Parti socialiste SFIO. En 1923, elle reprit la publication du journal mensuel La Femme socialiste. De 1924 à 1930, elle redevint secrétaire du groupe des Femmes socialistes ; Suzanne Buisson* lui succéda. En 1931, le Parti socialiste la nomma déléguée permanente à la propagande et gérante d’un bulletin trimestriel : Propagande et documentation. Elle remplit ces fonctions jusqu’en juillet 1936. Appartenant au courant Paul Faure*, elle était foncièrement hostile aux communistes et elle ne soutint qu’à contre-cœur le Front populaire.

Aux approches de la Seconde Guerre mondiale, Louise Saumoneau prit une attitude pacifiste, condamnant comme entachée de bellicisme toute idée de résistance aux entreprises de l’Allemagne hitlérienne. La guerre venue, elle quitta le Parti socialiste et le combattit violemment, réservant à Léon Blum* ses critiques les plus vives. Au lendemain de la guerre elle dénonçait le Parti socialiste SFIO comme « belliciste » dans une lettre à Daniel Mayer du 2 janvier 1945. Jusqu’aux approches de sa mort, elle fut membre dirigeante du Parti socialiste démocratique regroupant, autour de Paul Faure*, les élus et militants rejetés par le Parti socialiste SFIO sorti de la Résistance. De 1947 à 1949, elle fit reparaître Propagande et documentation (Bibl. Nat. 16° R 1972).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130564, notice SAUMONEAU Louise, Aimée par Justinien Raymond et Charles Sowerwine., version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 2 juin 2019.

Par Justinien Raymond et Charles Sowerwine.

ŒUVRE : Louise Saumoneau anima La Femme socialiste dont la vie fut longue (1912-1935, Bibl. Nat. Jo 56 659) et l’audience réduite. Elle collabora au Populaire.
Brochures et autres écrits : Les Femmes socialistes contre la guerre. Autour du manifeste de Clara Zetkin, Paris, 1924, 8 p. (Bibl. Nat. 8° R 32 878). — Études et critiques, Paris, 1924, cinq fascicules in-8° (Bibl. Nat. 8° R 32 892). — Luttes et souffrances de la femme, Paris, s.d., Institut d’Amsterdam, Bro F 516/ 150. — Principes et action féministes socialistes, s. l., s.d., Institut d’Amsterdam, Bro F 516/ 100. — Propagande et documentation, publication trimestrielle pour l’étude et la solution des questions concernant la femme, l’enfant et la race, Paris, 1933, in-16 (Bibl. Nat. 8° R 44 907).

SOURCES : Arch. Nat. F7/ 13 266, 13 349, 13 374 et 13 375, 13 891. — Arch. PPo. non versées. — Arch. PPo. B a/ 1 535, 1 537, 1 545. — État civil de la mairie du Ve arr. de Paris : transcription d’acte de décès. — Andrée Marty-Capgras, « Pionnières : Louise Saumoneau » in Almanach populaire, Paris, 1939, p. 155. — Comptes rendus des congrès du Parti socialiste. — Hélène Heinzely, Le Mouvement socialiste devant les problèmes du féminisme, DES, Paris (p. 97 à 161, passim). — Étude des journaux : Demain, 1917-1918 (Bibl. Nat. 8° Z 28 643), L’Équité, 1913-1918 (IFHS, 14 ASP 337), L’Internationale (IFHS, 14 AS 205 (b), La Femme socialiste, 1901-1902 et 1912-1935 (Bibl. Nat. Jo 56 659). — Dossier à Bibliothèque M. Durand. — Interview de Mme F. Fourton, nièce de Louise Saumoneau. — Lettre de LS à J.-R. Bloch et quelques notes de conférence (Bibl. Nat. n.a.f. 15 900, 11 48-50). — J. Chuzeville, Un Court moment révolutionnaire, la création du Parti communiste en France, Libertalia, 2017.

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