SEUX Léon

Par Roger Martin, Jean Belin

Né le 1er juin 1883 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), mort le 14 janvier 1958 à Dijon (Cote-d’Or) ; ouvrier mécanicien ; secrétaire de l’UD-CGT des Vosges, secrétaire du syndicat des métallurgistes de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; syndicaliste CGT de la Métallurgie de Côte-d’Or et de la Bourse du travail de Dijon pendant l’occupation ; militant socialiste ; chartiste ; libre penseur.

Portrait de Léon Seux
Portrait de Léon Seux
source : 1909-1959 : 50 années d’action des travailleurs de la Loire, brochure éditée par l’UD-CGT de la Loire, 1960.

Fils naturel de Françoise Basset, domestique, légitimé par le mariage de sa mère et Alexandre Seux, secrétaire syndical du Bâtiment, le 7 septembre 1887, Léon Seux passa sa jeunesse à Saint-Étienne (Loire) puis vint travailler chez Mors à Paris (XVe arr.) tout en suivant les cours de l’Université populaire du quartier. Ayant adhéré au syndicat des mécaniciens, il fut licencié et chômeur pendant six mois. Il entra ensuite à « La Française » où il s’efforça de créer un syndicat.

Mobilisé en 1914, évacué le 30 septembre et affecté après quatre mois d’hôpital aux usines Michelin de Clermont-Ferrand comme ajusteur, il milita de nouveau à la CGT et prit part à la conférence de 1917 ; il créa également un journal, l’Auvergne moderne. Il devint en 1918 secrétaire des ouvriers métallurgistes de la ville et fut délégué l’année suivante au IVe congrès de la Fédération des Métaux à Lyon. Il présidait aussi la coopérative de consommation de l’Union des travailleurs de Clermont-Ferrrand.
Les militants syndicaux de la minorité révolutionnaire menés par Léon Seux ne ménageaient pas leurs efforts, s’appuyant sur la tribune que constituait l’Auvergne moderne, “organe hebdomadaire d’action économique et syndicaliste”. Ils y dénonçaient le sabotage de la loi des 8 heures par les ouvriers acceptant de faire des heures supplémentaires mais surtout ils faisaient campagne contre la vie chère et les problèmes du logement. Le journal lançait régulièrement des appels aux caoutchoutiers pour qu’ils se syndiquent.
Son rôle syndical s’était fortement accru en 1918. Début 1919, il apporta son soutien aux membres du Comité intercorporatif de la Loire qui dirigea les grèves de 1917-1918, arrêtés et transférés à la prison militaire du 92éme RI de Clermont-Ferrand, en instance de conseil de guerre pour provocation à désertion et complicité.
Le 22 octobre 1919, le Syndicat des métaux renouvela son bureau et Seux fut battu par Noël Charpentier qui devint secrétaire à sa place. Après avoir participé à la conférence minoritaire de Saint-Etienne, il avait échoué dans sa tentative, en mai, de faire approuver par les militants du syndicat des Métaux la motion déclarant la grève générale jusqu’à la paix.
D’après la police, se trouvant sans ressource, Seux repartit à Epinal où il habitait avant guerre, et le journal dont il était l’administrateur cessa de paraître.

En 1919, Léon Seux s’installa donc dans les Vosges et se maria avec Léa Parmentier le 17 mars 1923 à Epinal avec laquelle il eut une fille, Jeanne Geneviève, née en 1924 à Epinal. Rapidement, il eut des responsabilités au sein de l’UD-CGT. Il représenta d’abord le syndicat des Métaux au sein de l’UD, puis fut secrétaire adjoint de l’UD et délégué à la propagande. Il écrivait des articles dans le Réveil ouvrier, donnait des conférences, faisait des tournées de propagande et dirigeait la librairie de l’Union vosgienne. Il participa aussi à la fondation de la Maison du Peuple d’Épinal. Dans un article du Réveil ouvrier du 18 janvier 1920, il résumait ainsi son idéal : « Revendiquons des salaires nous permettant de vivre, mais ne perdons pas de vue notre objectif qui est la disparition du salariat par la suppression de l’appropriation des moyens de production qui seule nous affranchira de la servitude actuelle. »

Élu secrétaire de l’UD-CGT des Vosges, en remplacement de Lucien Cousin*, le 24 mai 1920, délégué titulaire au comité national de la CGT, Léon Seux fut membre de la commission de vérification des mandats au congrès de la CGT à Orléans, le 27 septembre 1920. Au secrétariat de l’UD, il était assisté d’Henri Dessertenne*, secrétaire adjoint, de Gustave Baetz*, trésorier et de Théodore Gaudenot*, délégué à la propagande.


En février 1921, après avoir participé au comité confédéral national (8-10 février), Léon Seux ne fut réélu délégué permanent qu’en troisième position, derrière Lucien Cousin et Gustave Baetz. Dans son rapport, le commissaire spécial d’Épinal notait à son sujet : « D’un caractère emporté, trop souvent violent dans son langage, Monsieur Seux s’est attiré des inimitiés ; on peut dire aussi qu’il est peu sympathique à la majorité des ouvriers, qui lui préfèrent Monsieur Cousin... » Il fut néanmoins réélu secrétaire de l’UD par le congrès des 15 et 16 mai 1921, après avoir présenté une motion d’hostilité à l’adhésion à l’Internationale syndicale rouge (votée par 37 mandats contre 4). Le congrès le désigna également comme délégué des Vosges au congrès confédéral de Lille, du 23 au 30 juillet 1921.

En 1922, Seux participa au comité confédéral national de février et fut ensuite facilement réélu secrétaire de l’UD-CGT au cours du congrès de Saint-Dié les 16 et 17 avril. Il resta administrateur du Réveil ouvrier lorsque ce journal devint un organe syndical régional. Au cours de l’année 1922, il soutint une polémique très violente avec les représentants de la CGTU et avec l’anarchiste Victor Loquier* qui l’accusait d’être à la remorque des patrons. Ces polémiques avaient été provoquées par les choix politiques de Seux. Entré à la SFIO en décembre 1920, il vota immédiatement l’adhésion à la IIIe Internationale mais quitta le Parti communiste au bout de deux mois pour réintégrer les rangs socialistes. Il se montra dès lors très hostile aux communistes au cours des réunions publiques.

Au sein de la Fédération du Parti socialiste SFIO des Vosges, il soutint le groupe Henry Darmon* contre le groupe cartelliste Léon Renaux*-Georges Pernot*-Jean Archenoul*. Le congrès fédéral de février 1924 le vit entrer au comité de rédaction de l’hebdomadaire l’Action socialiste ouvrière et paysanne, à la commission exécutive et à la commission de propagande de la Fédération socialiste. Il fut candidat aux élections législatives de 1924 sur la liste socialiste des Vosges conduite par Darmon. Il devint alors la cible à la fois de la fraction socialiste favorable au Cartel et des communistes. Les attaques se rejoignaient assez curieusement. Le Courrier des Vosges (socialiste favorable au Cartel) du 12 avril 1924 le définissait ainsi : « Le type même de l’anarchiste antiparlementaire. Dans les Vosges mêmes, comme secrétaire de l’Union des syndicats, il combattit à outrance l’action parlementaire... Il est permis de dire que s’il entra dans la Fédération SFIO des Vosges, ce fut uniquement pour la démolir. » Quant à la Fédération communiste des Vosges, dans un tract (supplément à l’Humanité, 20 avril 1924), elle le caractérisait sans plus de ménagements : « Un Briand en miniature... aujourd’hui partisan de tout ce qui le nourrit. » Ces péripéties politiques et cette candidature soulevèrent de nombreuses critiques au cours du congrès de l’UD-CGT de 1924 mais Seux répliqua : « En tant que citoyen, je suis libre de faire ce que je veux en dehors de mon action syndicale. »

Il fut un propagandiste de la Libre pensée.
Il abandonna ses engagements syndicaux et politiques en 1926 pour se consacrer à la gestion d’un café restaurant dans le hameau de la Soba à Epinal. Son commerce fut mis en liquidation judiciaire en 1930, il quitta alors le département des Vosges pour s’installer pendant quelques années en Haute-Saône, près de Vesoul avant de se fixer à Dijon (Côte-d’Or).
Léon Seux était désigné secrétaire général du syndicat CGT des métaux de Dijon le 22 décembre 1939 après la dissolution du syndicat par le préfet de Côte-d’Or. Le syndicat était dirigé par Gabriel Lejard et ses camarades pour la plupart communistes qui furent exclus des responsabilités de toutes les instances de la CGT de Côte-d’Or en septembre 1939 par la tendance confédérée. Léon Seux succéda à Eugène Belli de 1942 à 1943 à la présidence du conseil d’administration de la Bourse du travail occupée par les Allemands. Lors d’une journée d’études consacrée à la mise en place des Comités sociaux en Côte-d’Or présidée par le préfet et en présence de Marcel Roy, membre du Conseil national et du conseil de la Charte du travail, Léon Seux fut félicité par le préfet pour l’organisation des travaux de la journée. La commission tripartite des Comités sociaux était présidée par André Pétolat, patron d’usines métallurgiques à Dijon et, Léon Seux en était le secrétaire général et « la cheville ouvrière » selon les propos du préfet.
Après la Libération de Dijon, il fut exclu de la CGT avec Emile Bardollet en novembre 1944 lors d’une assemblée générale du syndicat des métaux de Dijon « pour collaboration active dans la mise en place de la charte de Pétain et des comités sociaux à la Bourse du travail de Dijon » pendant la 2ème guerre mondiale. Il fut condamné à l’indignité nationale après la Libération. Il s’était remarié le 10 septembre 1944 à Saint-Étienne (Loire) avec Jeanne Le Borgn. Il était domicilié à Dijon lors de son décès.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article131109, notice SEUX Léon par Roger Martin, Jean Belin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 8 septembre 2021.

Par Roger Martin, Jean Belin

Portrait de Léon Seux
Portrait de Léon Seux
source : 1909-1959 : 50 années d’action des travailleurs de la Loire, brochure éditée par l’UD-CGT de la Loire, 1960.

SOURCES : Arch. Dép. Vosges, 8 M 74, 13 M 70. — Le Courrier des Vosges, 1919-1924. — Le Réveil ouvrier, 1920-1922. —L’Action socialiste ouvrière et paysanne, 1924-1925. — L’Idée libre, 1961. — Arch. Dép. Côte-d’Or, 10 M 97. — Notes de Louis Botella. — État civil en ligne cote FRAD063_6E113_00305, vue 84. — Annie Moulin-Bourret, Guerre et industrie. Clermont-Ferrand (1912-1922) : la victoire du pneu, Clermont-Ferrand, Publications de l’Institut d’études du Massif central, 1997, 769 p — Compléments par Eric Panthou. — Arch. IHS CGT Côte-d’Or, témoignage de Gabriel Lejard. — Le Progrès de la Côte-d’Or, éditions des 17 février, 30 juillet et 6 septembre 1943. — Arch. Municipales de Dijon, correspondances entre la Bourse du travail et la mairie, série SG 23 E-F, rapports de police. — L’Avenir de la Côte-d’Or, éditions de novembre 1944. — Le Télégramme des Vosges, édition du 27 novembre 1930. — Informations et documents fournis par son petit fils, Philippe Seux, en janvier 2017.

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