SORTON Pierre, Moïse, Frédéric

Par Jean-Pierre Besse, Didier Bigorgne

Né le 18 février 1914 à Frestoy-Vaux (Oise), mort tragiquement le 6 juillet 1946 à Olizy (Ardennes) ; instituteur, puis apiculteur ; militant des Jeunesses socialistes dans l’Oise ; résistant et secrétaire du Parti socialiste SFIO dans les Ardennes.

Fils d’un instituteur, Pierre Sorton, instituteur lui-même, enseigna à partir de 1935 à Nogent-sur-Oise. Il participa activement à la création de la Fédération départementale des Jeunesses socialistes dont il assura le secrétariat au moment du Front populaire. À l’issue du congrès fédéral de Creil, en avril 1936, il fut délégué au conseil national avec Badet de Noyon et devint peu après membre du Comité national mixte des Jeunesses socialistes. Il organisa pour Pâques 1937 le congrès national des Jeunes gardes qui se tint à Creil. Son nom disparut de la presse socialiste départementale à partir du mois de septembre de cette année et la convocation du congrès fédéral d’octobre 1937 fut signée par le secrétaire adjoint Maurice Thomas. Lors de ce congrès, le député-maire de Creil, Jean Biondi, fit une mise au « point sur la situation fédérale relevée par la commission ; situation délicate par la suite de la très mauvaise gestion de l’ancien secrétaire fédéral ». À l’unanimité, le congrès prononça l’exclusion du « citoyen Sorton, ancien secrétaire fédéral ».

Il est très difficile de savoir ce que devint ensuite Pierre Sorton. Il figure sur la liste des militants communistes dressés par la préfecture de l’Oise en 1941-1942 mais rien ne permet de le confirmer. Certaines personnes déclarent qu’il fut tué pendant la guerre par des résistants : un bulletin de l’Amicale des anciens élèves de l’École normale de Beauvais le fait figurer dans la liste des instituteurs victimes du nazisme Marié une première fois le 21 août 1933 à Beauvais, père d’une fille née en 1934 à Beauvais, Pierre Sorton divorça en septembre 1940 avant de se remarier le 11 mars 1941 à Ancy-le-Franc (Yonne). Une lettre de sa seconde épouse, datée du 16 avril 1992 dit : « En janvier 1942, nous sommes venus habiter Senuc (Ardennes). Pour gagner notre vie, il faisait des corrections de sciences physiques à l’École universelle. Nous avons très vite organisé un réseau de Résistance très actif et plus tard un maquis. A plusieurs reprises nous avons été dénoncés et cela tient du miracle si nous n’avons pas été déportés ou fusillés. En juillet 1946, il a organisé à Vouziers une réunion où les anciens collaborateurs pourraient exposer leurs revendications : il n’est jamais arrivé à cette réunion, il a été tué dans un bois à dix kilomètres de là sans que l’on ait pu reconstituer son emploi du temps. »

En 1941 et 1942 il était dans ferme à Ancy le Franc (Yonne ) où il connut sa second épouse.¨Puis, Pierre Sorton exploita une scierie à Senuc, tout en exerçant le métier d’apiculteur. Il organisa un noyau de résistance et devint chef de secteur du Vouzinois pour l’Armée secrète des Ardennes en juillet 1944. Nommé vice-président du Comité départemental de Libération des Ardennes, au titre du Parti socialiste SFIO, il réclama des sanctions exemplaires contre les collaborateurs et dénonça les indulgences du préfet qui fut remplacé le 23 octobre 1944.

Pierre Sorton joua un rôle important dans la reconstitution du Parti socialiste des Ardennes. Le 4 octobre 1944, il fut nommé membre de la commission administrative fédérale provisoire. Le congrès départemental du 5 novembre suivant lui confia de nouvelles responsabilités : élu à la commission exécutive, il entra au comité directeur qui le désigna secrétaire à la propagande. Enfin, il fut délégué au congrès national du Parti socialiste SFIO qui se tint du 9 au 12 novembre 1944 à Paris. En mai 1945, Pierre Sorton devint secrétaire permanent du Mouvement de Libération nationale pour la région de Laon. Il fonda ensuite la fédération des Ardennes du MLN dont il occupa le poste de secrétaire général jusqu’à sa mort.

Personnage "illuminé" et ambigu, discrédité auprès de certains militants, Pierre Sorton fut exclu du Parti socialiste SFIO lors du congrès départemental qui se déroula le 5 août 1945. Il fur remplacé au CDL par Marceau Vignon. Aux élections des 23 et 30 septembre 1945 pour le Conseil général, Pierre Sorton fut candidat avec l’étiquette « gaulliste socialiste indépendant résistant » dans le canton d’Omont. Il échoua au premier tour en obtenant 272 voix sur 1697 inscrits et 1344 votants.

Pierre Sorton eut une fin de vie tragique. Il accumula les ennuis financiers et connut des problèmes familiaux. Il mourut dans des conditions mystérieuses, assassiné ou suicidé dans les bois d’Olizy. Ses obsèques furent célébrées le 17 juillet 1946 à Senuc, en présence de nombreuses personnalités de la Résistance.

Il avait eu deux filles de son premier mariage née en 1934 et née 1935 à Beauvais et une née en 1942 lors de son deuxième mariage.

Il fut enterré dans l’Oise.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article131462, notice SORTON Pierre, Moïse, Frédéric par Jean-Pierre Besse, Didier Bigorgne, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 10 janvier 2021.

Par Jean-Pierre Besse, Didier Bigorgne

SOURCES : Arch. Nat. F7/13039. — Arch. Dép. Oise, 33W 8 250. — Arch. Dép. Ardennes 3M 7. — Le Cri populaire de l’Oise, 1935-1939 (en particulier le 21 novembre 1937). — Le Réveil Ardennais, octobre 1944 à août 1945. — L’Ardenne Nouvelle, 13 juillet 1946. — Lettre de Madame Pierre Sorton, 16 avril 1992. — Notes de Michele Poitou, janvier 2021. — Souvenirs de vieux militants.

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