SOUBIELLE Alfred, Paul, Jean

Par André Balent

Né le 30 mars 1876 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mort le 5 février 1942 à Perpignan ; employé de commerce (courtier en vins) à Perpignan ; journaliste ; militant socialiste (POF, PSF, socialiste unifié, SFIO après 1920) ; secrétaire de la fédération socialiste des Pyrénées-Orientales ; conseiller municipal de Perpignan (1919-1925).

Alfred Soubielle en 1913
Alfred Soubielle en 1913
Extrait du Socialiste des Pyrénées-Orientales, 1er août 1913. Reproduction André Balent

Alfred Soubielle était le fils de Pierre, Antoine, Auguste, employé des contributions indirectes [il termina sa carrière comme préposé chef à l’octroi de Perpignan] né le 22 février 1829 à Espousouille (commune de Fontrabiouse-Espousouille, commune montagnarde du Capcir, à l’ouest des Pyrénées-Orientales) et d’une institutrice, Mathilde Renaudin âgée de vingt-huit ans en 1876. Il se maria à Perpignan le 18 février 1903 avec Louise Doumens. Celle-ci, fille d’Étienne Doumens et de Marie-Anne Espinas, était domiciliée chez sa mère, veuve, à Perpignan où elle était née le 17 juillet 1875. Le couple eut une fille, Jeanne née au domicile de ses parents, 3, rue de la Cloche-d’Or au centre-ville de Perpignan, le 12 janvier 1904, mère de Jean Carrière.

Alfred Soubielle suivit des études secondaires au collège de Perpignan. Dès la classe de rhétorique, en 1894, il collaborait déjà occasionnellement au Républicain des Pyrénées-Orientales, l’hebdomadaire des "républicains avancés" des Pyrénées-Orientales, ainsi qu’à d’autres périodiques perpignanais comme La Tribune libre ou La Vie libre. Il adhéra bientôt à la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales fondée en 1895 qui s’affilia au POF à la fin de 1896. En 1896, il la représenta au congrès socialiste de Lézignan (Aude). La même année, il participa à la campagne électorale des socialistes aux élections municipales de Perpignan. En 1898-1899, pour des raisons professionnelles, Soubielle vécut à Barcelone. En contact avec des socialistes de la capitale catalane, il faillit, à deux reprises, être emprisonné au fort de Montjuic. Avant de se rendre à Barcelone, il résida un moment à Paris où il commença des études supérieures qu’il interrompit bientôt (il semblerait qu’il n’ait pas obtenu le baccalauréat dans sa totalité : sa fiche du registre matricule indique que son degré d’instruction était du niveau 3, correspondant à celui de l’enseignement primaire). Il adhéra au groupe des Étudiants collectivistes de la capitale qu’il fréquenta en même temps que deux autres Catalans connus au collège de Perpignan, Barthélemy Lledos, et, surtout, François Batllo, de deux ans son cadet, dont il demeura très proche : tous trois étaient originaires de la Cerdagne ou du Capcir, les deux hautes vallées de l’ouest du département. Convoqué au conseil de révision de Perpignan en 1898, il fut déclaré "bon pour le service" mais ajourné "pour faiblesse". Convoqué à nouveau en 1899, il intégra les rangs du 12e RI, unité stationnée à Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales. Il fut réformé n° 2 pour bronchite chronique par la commission de réforme de Perpignan réunie le 6 août 1903.

Courtier en vins à Perpignan et publiciste — il avait de réels talents d’écriture —, il collabora d’abord au quotidien radical La République des Pyrénées-Orientales, fondé le 26 octobre 1902 par Simon Violet, industriel à Thuir. Il quitta ce journal en 1904. Il collabora également, après avoir été libéré de ses obligations militaires à La France du Sud-Ouest. Il fut également un rédacteur de la revue culturelle perpignanaise La Clavellina. Il adhéra ensuite au groupe réformiste « l’Union socialiste des Pyrénées-Orientales, PSF ». Le 3 juin 1905, il participa à la réunion de fusion des deux groupes socialistes perpignanais (PSF et PS de F.) et fut élu délégué du groupe unifié au congrès départemental d’unification à Estagel (11 juin 1905). Collaborateur régulier de l’hebdomadaire de la fédération, Le Socialiste des Pyrénées-Orientales dont il fut le rédacteur en chef à partir de 1911, il fit partie de la commission exécutive fédérale à l’issue du congrès de Maury (1er avril 1907) et fut reconduit à celui de Rivesaltes (7 avril 1912). Il fut délégué des Pyrénées-Orientales au conseil national de la SFIO en 1913. Il fut candidat du Parti socialiste dans le canton de Prats-de-Mollo lors du renouvellement partiel du conseil général du 3 août 1913. Le parti espérait conquérir ce siège dans cette partie du Haut Vallespir où son implantation était en progrès, surtout parmi les travailleurs de l’industrie textile et sandalière. Mais Alfred Soubielle était handicapé pour n’avoir aucune attache dans cette partie du département. Il affrontait Joseph Sans, conseiller général sortant, radical-socialiste, patron de la principale usine textile et sandalière de Saint-Laurent-de-Cerdans, maire de cette commune. Battu dès le premier tour, Soubielle put écrire à propos de sa campagne et des résultats qu’il obtint : "En cinq jours par une ardente campagne de réunions publiques, en proclamant partout et devant tous le grand principe de la lutte des classes, j’ai fait trembler le plus grand seigneur bourgeois du canton" (Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, 8 août 1913). Candidat de dernière minute, son score fut très honorable. Il obtint 521 voix, contre 639 à Sans, le docteur Arsène Guisset, de Prats-de-Mollo ayant obtenu 95 voix dans cette commune sans s’être présenté. Soubielle fut nettement majoritaire à Prats-de-Mollo (292 voix contre 12 à Sans) et au Tech et l’emporta d’une voix sur son adversaire à Lamanère.

Alfred Soubielle fut initié, après 1903, à la loge perpignanaise L’Athénée social du Grand Orient de France dont les membres passèrent, après sa dissolution à la loge Saint-Jean des Arts et de la Régularité (Grande Loge de France), la plus ancienne de Perpignan : à Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales, il n’y eut plus, avant la Libération, de loge affiliée au Grand Orient. Alfred Soubielle adhérait au syndicat confédéré des employés de commerce de Perpignan et faisait souvent publiquement état de cette affiliation dans la propagande du parti, s’assimilant volontiers à un "prolétaire".

Partisan de la tendance animée par Jean Payra et Lucien Deslinières lors de la crise de la fédération en octobre 1909, il soutint Jean Payra contre Lucien Deslinières au congrès de Saint-Paul-de-Fenouillet (11 janvier 1914) qui traita du problème des alliances électorales du Parti socialiste.

Favorable à l’Union sacrée, Soubielle, réformé, fut, le 9 septembre 1914, "sur sa demande", reconnu apte au service armé par le conseil de révision de Perpignan. Le 7 décembre 1914, il fut incorporé au 126e RI territorial créé à Perpignan peu après le début de la Première Guerre mondiale, et devint caporal quelques jours plus tard, le 16 décembre. Il intégra le 16 mars 1915 ensuite le 12e bataillon de tirailleurs sénégalais (BTS), avant d’être muté au 7e régiment mixte d’infanterie coloniale (12 mai 1915) formé à partir de plusieurs BTS. Cette unité avait été dépêchée, le 2 mai 1915, à Galipoli, (Dardanelles, Empire ottoman). Le 1er mars 1916, Alfred Soubielle fut incorporé au 16e BTS, puis, le 23 mars suivant, au 73e BTS. Le 1er mai 1916, il fut promu sergent et, le 18 juillet 1916, sergent fourrier. À une date indéterminée, il intégra le 24e RIC, une unité "perpignanaise" (Voir Puig François). Il fut promu sergent major le 1er mars 1918. Il fut classé au service auxiliaire pour "dyspepsie gastro-intestinale". Il fut démobilisé le 10 février 1919.

De retour à Perpignan après sa démobilisation, Soubielle participa à la campagne en faveur de la libération d’André Marty, un enfant de Perpignan, mutin de la mer Noire. Dans Le Cri catalan du 19 juin 1919, il en parlait avec émotion et emphase : "L’officier de marine qui a refusé de faire tirer sur un régiment français et qui a fait arborer le drapeau rouge sur le grand mât, cet officier de marine est un Catalan, un Perpignanais. Si la loi fait assassiner ce petit officier catalan, nous sommes ici des centaines prêts à mourir devant les lebels (et ce n’est pas du battage)".

Il fut délégué à la propagande de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales à partir du 6 juillet 1919. Il entra au conseil municipal de Perpignan le 30 novembre 1919 avec la liste socialiste et syndicaliste de Jean Payra et siégea jusqu’en 1925. Il fut aussi candidat dans le canton de Perpignan-ouest lors du renouvellement des conseils généraux de décembre 1919. Avec son camarade Grabillou, candidat dans le même canton au conseil d’arrondissement de Perpignan, Soubielle, fidèle à l’alliance avec les radicaux que défendait son ami Payra, se présentait comme un candidat républicain, passant sous silence son affiliation au parti socialiste. Élu à la CAF et délégué (il y représentait les "reconstructeurs" détenteurs de 17 mandats alors que Joseph Puig, détenteur de deux mandats était le délégué des partisans de la Troisième Internationale). Au congrès SFIO de Strasbourg (février 1920), il fut élu au conseil national du parti. Il se présenta aux élections sénatoriales du 11 janvier 1920. Il obtint 74 voix sur 486 inscrits alors que son colistier, Joseph Soubielle en obtenait 97. Dans le même temps, Soubielle s’imposa comme l’un des principaux rédacteurs du Cri catalan, soutenant la politique de son ami Jean Payra. Il n’hésitait pas à user d’accents populistes, en cultivant volontiers un lyrisme catalanisant. Alfred Soubielle fut aussi l’un des piliers du "comité Jaurès" créé par Jean Payra afin d’ériger à Perpignan un monument (buste réalisé par le sculpteur catalan Gustave Violet que connaissait bien Alfred Soubielle) en l’honneur de l’ancien député du Tarn assassiné en 1914 dont la première pierre fut posée en grande pompe le 1er mai 1920 et l’inauguration solennelle le 31 août 1921 (après le congrès de Tours, mais avec la participation du nouveau Parti communiste).

À cette époque, Alfred Soubielle était un des leaders locaux de la tendance des « Reconstructeurs ». Nettement défavorable au bolchevisme dès la fin de 1919, il se déclara hostile à l’adhésion à la IIIe Internationale en novembre 1920. Lors du débat de préparation du congrès de Tours, il anima aux côtés de Batllo et de Payra le courant opposé à l’adhésion a la Troisième Internationale qui ne représentait plus qu’une minorité des "reconstructeurs" locaux. Après le congrès de Tours, il demeura à la « vieille maison ». Le 9 janvier 1921, la CAF de la SFIO « maintenue » l’élut secrétaire fédéral à la place de Jean Payra. Il assista au conseil national du Parti socialiste SFIO du 23 février 1921.

Candidat dans le canton de Mont-Louis — qui englobait le Capcir, d’où était originaire sa famille paternelle — le 14 mai 1922, Soubielle obtint 451 voix sur 1 358 inscrits. En 1923, il était toujours secrétaire de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales et fut réélu à la CAF le 24 mai 1924 devenant secrétaire fédéral adjoint le 9 août 1925. Il conserva ces responsabilités jusqu’en 1928 au moins.

Soubielle fut à nouveau candidat dans le canton de Mont-Louis lors du renouvellement des conseils généraux du 14 octobre 1928. Il recueillit 228 suffrages sur 1 365 inscrits. Élu membre de la commission fédérale des conflits le 2 juin 1929, il fut délégué des Pyrénées-Orientales au congrès national de la SFIO de Nancy (9-12 juin 1929). Il fut à nouveau délégué par la fédération de son département aux congrès nationaux suivants de la SFIO : Bordeaux (8-11 juin 1930), Paris (30-31 mai et 1er juin 1936), Marseille (10-13 juin 1937), Royan
(4-8 juin 1938).

En 1934, fidèle « lieutenant » de Jean Payra, il s’occupait, au plan départemental, du comité de presse, chargé de la diffusion du Populaire. Aux obsèques de Jean Payra, le 31 mai 1937 lors de l’inhumation au cimetière Saint-Martin de Perpignan, il fut chargé par la famille du défunt d’adresser, en son nom, les remerciements à ceux qui assistèrent à la cérémonie.

À la fin de sa vie, il habitait aux HBM (Habitations bon marché) Saint-Jacques, immeubles sociaux perpignanais, achevés en 1933 alors que Jean Payra était le premier adjoint de Victor Dalbiez, maire radical. Ses obsèques civiles eurent lieu le 6 février 1942 à Perpignan.

Son petit-fils, Jean Carrière fut un militant d’extrême-gauche, adhérent du SNES, au sein duquel il fut l’un des animateurs des Amis de l’École émancipée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article131482, notice SOUBIELLE Alfred, Paul, Jean par André Balent, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 2 août 2020.

Par André Balent

Alfred Soubielle en 1913
Alfred Soubielle en 1913
Extrait du Socialiste des Pyrénées-Orientales, 1er août 1913. Reproduction André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, série M non classée, liasse 177 ; 3 M 333, élections cantonales du 3 août 1913 ; 1 R 428, registre matricule des Pyrénées-Orientales (1896), f° 164. — Arch. com Perpignan, état civil, acte de naissance d’Alfred Soubielle ; 2 E 2/113, acte de mariage entre Alfred Soubielle et Louise Doumens. — Arch. com. Fontrabiouse-Espousouille, acte de naissance de Pierre Soubielle). — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, 1905-1914. — Le Cri catalan, 1919-1930. — L’Indépendant, 4 août 1913, 30 mai 1937, 6 février 1942. — André Balent & Michel Cadé, Histoire du Parti socialiste dans les Pyrénées-Orientales de sa fondation (1895) au congrès de Tours (1920), n° hors-série de Conflent, Prades, 1982. — André Balent, "La fondation de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales (1895)", Massana, 25, Argelès-sur-Mer, 1975, pp. 62-86. — André Balent, "L’unité socialiste (1905) dans les Pyrénées-Orientales, la confirmation de l’hégémonie guesdiste", Le Midi Rouge, bulletin de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon, 6, Montpellier, 2005, pp. 18-23. — André Balent, "Autour de l’inauguration du monument Jaurès de Perpignan, œuvre de Gustave Violet", Le Midi Rouge, bulletin de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon, 24, 2014, pp. 3-14. — Michel Cadé, Le parti des campagnes rouges. Histoire du Parti communiste dans les Pyrénées-Orientales (1920-1939), Marcevol, Éditions du Chiendent, 1988. — Horace Chauvet, La Politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan, 1934. — Patricia Ramon-Baldie, Jacques Mongay, Deux siècles de maçonnerie en Roussillon (1744-1945), Saint-Estève, Les Presses littéraires, 2003, 296 p. [p.211].

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