SOUBIELLE Sébastien, François, Bonaventure

Par André Balent

Né le 5 janvier 1901 à Espousouille (Pyrénées-Orientales), mort le 4 décembre 1974 à Formiguères (Pyrénées-Orientales) ; agriculteur ; militant socialiste (SFIO, PSOP), puis communiste et à nouveau SFIO ; conseiller municipal (1929-1935), maire (1935-1941 ; 1944-1959) de Fontrabiouse-Espousouille ; premier adjoint (1959-1963) ; interné par Vichy ; résistant (agent de réseaux de passages vers l’Espagne et de renseignements : Akak (OSS) et Travaux ruraux).

Sébastien Soubielle naquit à Espousouille, un hameau section de la commune montagnarde de Fontrabiouse, dans le Capcir, haute vallée de l’ouest des Pyrénées-Orientales. Son père, Gabriel, Michel, Alexis, issu d’une famille d’Espousouille était né à Vias (Hérault), le 24 juillet 1870 où son père Michel (né et mort à Espousouille : 5 mai 1830 - 5 mai 1898) était à ce moment-là préposé des Douanes. Il revint ensuite s’installer dan son village natal. Il était un cultivateur spécialisé dans les activités agro-pastorales comme tous les agriculteurs capcinois. La mère de Sébastien Soubielle, Marie Bataille, était issue d’une famille de cultivateurs propriétaires ; elle était née le 20 juillet 1874 à Sansa (Pyrénées-Orientales) dans la vallée montagnarde voisine des Garrotxes, en Conflent, lieu de résidence de ses parents. Michel Soubielle et Marie Bataille s’étaient mariés à Fontrabiouse le 8 janvier 1900.

Sébastien Soubielle suivit des études après le certificat d’études primaires à l’EPS de Prades (Pyrénées-Orientales). Après son service militaire, il se fixa dans la commune voisine, Formiguères, où sa femme fit prit en main l’exploitation agricole pendant la Seconde Guerre mondiale quand son mari fut assigné à résidence par Vichy. Celle-ci, Jeanne Chinaud (née et morte à Formiguères, 6 mars 1905-14 octobre 1994 ; fille de Jean-Paul Chinaud — âgé de trente-neuf ans en 1905 instituteur à Réal, commune voisine de Formiguères — et d’Henriette, Marguerite Merlat âgée de trente-trois ans en 1905) avait commencé puis abandonné des études de médecine. Elle était institutrice. Le couple eut deux enfants : un fils, Pierre, Sébastien, Jean, né à Formiguères le 7 août 1930) qui fit une carrière d’instituteur, et une fille. Après son mariage, il résida plutôt à Formiguères, tout en demeurant inscrit sur les listes électorales de Fontrabiouse.

Soubielle fut un des animateurs du Parti socialiste SFIO en Capcir. En novembre 1928, il contribua à fonder la section socialiste SFIO de Formiguères et du Capcir. Il en fut le premier secrétaire. Le congrès cantonal de Mont-Louis de la SFIO (août 1934) le désigna comme candidat aux élections cantonales. Le 8 octobre 1934, à la suite d’Alfred Soubielle dont le père était aussi originaire d’Espousouille et qui fut candidat en mai 1922 et octobre 1928, il défendait les couleurs de la SFIO dans le canton de Mont-Louis groupait toutes les communes capcinoises, des communes du Conflent et une commune de Cerdagne (Bolquère). Il était opposé au docteur Maurice Sevène bien implanté à Mont-Louis, élu en 1928 sous l’étiquette de républicain de gauche (droite modérée). En 1934, Sevène se présentait avec l’investiture du parti radical-socialiste. Fernand Bousquet était le candidat des républicains de gauche. Sébastien Soubielle l’emporta dans six des quinze communes du canton, (dont Fontrabiouse où il était électeur, mais pas Formiguères où il résidait) : au premier tour (7 octobre) il recueillit 308 voix contre 563 à Sevène et 26 à Bousquet.

Élu conseiller municipal de Fontrabiouse-Espousouille en mai 1929, il appartenait à une municipalité socialiste SFIO homogène : Jacques Delcasso était maire et Emmanuel Bataille adjoint. D’emblée, Sébastien Soubielle, du fait de ses talents d’expression, tant à l’oral qu’à l’écrit, devint un membre influent du conseil municipal. D’emblée désigné secrétaire de séance, la tenue des registres municipaux révèle la netteté de sa pensée, exprimée, dans le registre des délibérations dans un langage clair et précis. Ainsi la délibération au contenu très ferme qu’il proposa au vote de l’assemblée municipale le 26 novembre 1933 était un long texte analysant les litiges qui opposaient la commune à l’administration des Eaux-et- Forêts en ce qui concerne l’attribution de coupes affouagères et de coupes extraordinaires ventes de bois destinées à alimenter les budgets municipaux dans la forêt sectionnaire du Bac de Campllong. Le 19 juillet 1934, dans un rapport soumis au conseil municipal, il défendit avec vigueur les intérêts de la commune et son maire dans un nouveau litige avec les eaux-et-Forêts relative au marquage de bétail ovin en dépaissance dans les forêts domaniales. La gestion municipale de la commune composée de deux sections aux intérêts parfois contradictoires entraîna des divisions dans un conseil municipal pourtant politiquement homogène. En effet la section d’Espousouille dominait celle de Fontrabiouse pourtant chef-lieu. Le conseil municipal fut donc dissous par décret ministériel du 17 octobre 1933 et de nouvelles élections municipales eurent lieu le 26 novembre. La nouvelle assemblée ne comprenait plus que quatre adhérents de la SFIO (deux d’Espousouille dont Sébastien Soubielle et deux de Fontrabiouse). À l’issue de ce scrutin, Jacques Delcasso fut réélu maire. Mais, aux côtés de Pierre Bataille, premier adjoint, fut élu un "adjoint spécial" de la section de Fontrabiouse, le socialiste encarté Pierre Bernole. Soubielle sembre être à l’origine de cette solution susceptible d’atténuer les dissensions entre les deux sections communales. Le même conseil du 26 novembre 1933 désigna Soubielle comme pâtre du troupeau communal de bovins pour l’été 1934. Cette désignation montre l’implication personnelle de Soubielle dans le bon déroulement de la vie agro-pastorale communale, même, si après son mariage, il vivait plutôt dans la commune voisine, le bourg de Formiguères.

Soubielle fut élu maire de la commune le 19 mai 1935 à l’unanimité des votants (Dominique Soubielle d’Espousouille était premier adjoint et Pierre Barnole adjoint spécial de Fontrabiouse). Maire ouvert à la modernité en matière agricole, il fit voter le 6 novembre 1937, une délibération entérinant l’adhésion de la commune à un syndicat intercommunal capcinois destinée à utiliser une subvention départementale de 12 000 Fr. attribuée pour l’achat d’une moissonneuse-batteuse collective.

Dans la SFIO des Pyrénées-Orientales, il prit parti pour la gauche socialiste qui se reconnaissait dans les positions défendues par Joseph Rous , député de la circonscription de Prades, pendant la crise qui secoua la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales entre 1935 et 1937. Si l’on en croit Marcel Mayneris, secrétaire fédéral administratif de la SFIO, il manoeuvra afin de renforcer les positions de Joseph Rous au sein de la fédération en créant des sections fictives en Capcir, neuf, à la fin de 1935, dans quatre communes capcinoises et cinq hameaux, ainsi que le révéla une enquête menée in situ par Isidore Forgas et Pascal Bernole originaire du Capcir mais domicilié à Perpignan (rapport de Marcel Mayneris à Albert Jamin, secrétaire de la commission nationale des conflits, 25 janvier 1936). Il était aussi en contact avec son neveu, Jean Rous et ne fut pas insensible aux idées trostskistes. Il recevait en 1937-1938 La Vérité, organe du POI et le journal des Jeunesses communistes internationalistes. Jean Rous qui était en contact avec lui pensait que, avec Fernand Cortale, il était l’un des deux pivertistes des Pyrénées-Orientales susceptibles d’adhérer au trostskisme. Le congrès fédéral extraordinaire de la SFIO des Pyrénées-Orientales des 28 et 29 octobre 1935, l’élut délégué au conseil national de Limoges où il ne put se rendre. Il adhéra au PSOP en 1938-1939. Voir aussi : Chinaud, Girbaut, Picheyre Valentin.

Sébastien Soubielle fut mobilisé en 1939 et fut blessé. Démobilisé en 1940, il participa activement à la Résistance et fut interné du 28 août 1941 au 17 janvier 1942.

Il fut relevé de ses fonctions de maire de Fontrabiouse en février 1941. En effet, dans le cadre d’une enquête administrative, un rédacteur de la sous-préfecture de Prades, dans un courrier au préfet du département, tout en reconnaissant que la mauvaise réputation de Sébastien Soubielle pouvait provenir de la haine et de la rivalité entre les habitants des deux sections de Fontrabiouse et d’Espousouille signalait que , bien que SFIO, Soubielle était "au fond du cœur purement communiste", qu’il avait été avant sa révocation "un très mauvais administrateur, partial à l’excès, rancunier, haineux, inférieur à sa tâche, négligent, semant la haine et la discorde". Son éducation primaire supérieure lui aurait "permis de dominer aisément les populations du Capcir, populations rustiques et incultes". Il ajoutait qu’il avait "arboré le drapeau rouge sur sa maison" et "fait de la propagande révolutionnaire" car il possédait "une machine à polycopier qu’il [utilisait] pour tirer des tracts" et "faire de la propagande communiste". Il était "protégé par le député M. Rous et par les dirigeants de la Société de transport de force qui ont construit le barrage de Puyvalador" (avant la guerre) dont il est le chef". Parmi d’ autres griefs, le fonctionnaire de Prades reprochait à Soubielle de faire " de la propagande pour le régime défunt" et sa "réputation de "sorcier"". En conclusion, il conseillait " de l ’écarter, de le révoquer, de l’interner dans un camp de concentration et de le poursuivre en justice". Antoine Cayrol compagnon de résistance de Soubielle a, au contraire de ce fonctionnaire de Vichy, mis plus tard en valeur sa probité, son abnégation et son civisme, ainsi que ceux de sa femme.

De retour d’internement, Soubielle et sa femme intégrèrent le réseau "Akak" de l’OSS qui faisait passer hommes et informations en Espagne (Barcelone) de puis la haute vallée de l’Aude (Quérigut, Ariège), via le Capcir et la Cerdagne (Pyrénées-Orientales). Il "travaillait" simultanément avec le réseau des Travaux ruraux (antenne de Perpignan) et les hommes de Josep Mas i Tió. Il fut en contact, entre autres, avec Antoine Cayrol et Victor Kapler, tous deux de Saillagouse, André Parent, de La Cabanasse. Son auberge de Formiguères abrita nombre de fugitifs convoyés vers la frontière espagnole depuis la haute vallée de l’Aude. Ils s’y cachaient ou y faisaient étape tout au long de l’itinéraire qui, à travers les Pyrénées, devait les conduire jusqu’à Barcelone.
Le 4 août 1944, Soubielle fut averti par Jacques Pujol (de Prades) membre d’une mission alliée ("mission Puente") l’ayant parachuté avec deux autres agents et deux tonnes de matériel à plus de 2300 mètres d’altitude dans la commune de Sansa (le plus haut parachutage en Europe sous occupation nazie pendant la Seconde Guerre mondiale). Il amena Mas i Tió accompagné de quelques-uns de ses hommes rejoints bientôt par quelques jeunes Perpignanais qui travaillaient sur un chantier à Sauto afin d’échapper au STO. Il contribua ainsi à la la protection de la mission et à la sauvegarde de l’important matériel destiné aux maquis du département.

Il adhéra au PCF en 1944. L’influence de Josep Mas i Tió, militant communiste du PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne, parti communiste catalan fondé en 1936) et celle de Victor Kapler et André Parent, autres communistes dont il était devenu l’ami, explique son adhésion au PCF dès la libération, ainsi que celle d’Antoine Cayrol. Il se détacha cependant du PCF et finit par adhérer à nouveau à la SFIO.

Sébastien Soubielle fut nommé par le préfet — qui par ailleurs mettait en place une commission municipale dont les six membres (dont Soubielle) étaient proposés par le CDL — maire de Fontrabiouse-Espousouille le 16 septembre 1944. Résistant notoire du Capcir, il faisait sans doute partie d’un CLL dont nous n’avons pas retrouvé la trace et dont les membres étaient sans doute mes mêmes que ceux de la commission municipale.
Sébastien Soubielle fut réélu maire de Fontrabiouse-Espousouille le 19 mai 1945, le 21 octobre 1947, et le 10 mai 1953. e 22 mars 1959, il fut élu premier adjoint, Jules Bousquet accédant alors aux fonctions de maire. Le 1er décembre 1963, une nouvelle municipalité dont Soubielle ne faisait plus partie avait été mise en place après de nouvelles élections. Entre temps, une délégation spéciale présidée par le maire avait remplacé le conseil municipal élu en 1959. En mars 1965, Soubielle ne figurait plus parmi les élus municipaux. Il obtint le titre de "maire honoraire".

Soubielle fut candidat dans le canton de Mont-Louis (scrutin cantonal du 4 juin 1961) sous l’étiquette de "Défense paysanne". Il recueillit 236 voix (François Rouquet, PCF, 491 ; Vincent Chicheil, UNR, 343 ; Charles Bourrat, conseiller général sortant, SFIO, 338 ; René Chauvet, PSU, 77). Chicheil l’emporta au second tour contre Rouquet.

Soubielle mourut à Formiguères. Son enterrement y eut lieu le 5 décembre 1974.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article131484, notice SOUBIELLE Sébastien, François, Bonaventure par André Balent, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 10 mai 2016.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3 M 342, élections cantonales des 7 et 14 octobre 1934 ; 13 J, fonds Camille Fourquet. — Arch. dép. Hérault, état civil de Vias. — Arch. com. Fontrabiouse-Espousouille, état civil et registre des délibérations du conseil municipal. — Arch. com. Formiguères, état civil. — Archives André Balent, archives de la SFIO, 1935-1936, rapport d’Albert Jamin cité dans la notice. —Le Cri catalan, 4 janvier 1929. — L’Avant-Garde, août 1934, juin 1936. — Front populaire, 4-5 octobre 1935. —L’Indépendant,8 octobre 1934, 5 décembre 1974, 10 décembre 1974. — André Balent, "Del Ripollès a la Cerdanya, guerres i revolució : Josep Mas i Tió (1897-1946), miiltant i guerriller", Annals del centre d’estudis comarcals del Ripollès, Ripoll, 2005, pp. 81-98 + notes dans un tiré à part, 2006, pp. 98-98 f]. — André Balent, "Josep Mas i Tió (1897-1946) i les xarxes transfrontereres del Ripollès à la Cerdanya (1934-1946)", in Òscar Jané & Queralt Solé (éd.), Observar les fronteres, veure el món, Catarroja,2011, pp. 271-286. — Jordi Pere Cerdà [pseudonyme littéraire d’Antoine Cayrol, Finestrals d’un capvespre, Perpignan, Trabucaire, 2009, 247 p. [plus particulièrement les pp. 125-126]. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II b, ... De la Résistance à la Libération, Prades, Terra Nostra, 1998, pp. 620, 626. — Jean Larriieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronique des années noires, pp. 85, 324, 326. — Entretiens avec Marie Bigorre, Mont-Louis, 15 juillet 1974 ; Pierre Soubielle, fils de Sébastien Soubielle, Caldégas, 22 février 1999 ; Antoine Cayrol, Saillagouse, 1er septembre 2011, 12 juillet 2004 ; Josep Mas i Mas, fils de Josep Mas i Tió, Sant Pere de Torelló, 21 août 2004. — Renseignements oraux communiqués par Pierre Chevalier, 22 octobre 2014.

ICONOGRAPHIE : Gual et Larrieu, 1998, op. cit., p. 626.

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