SOUQUIÈRE André, Jean, Louis

Par Marc Giovaninetti, Claude Willard

Né le 25 juillet 1908 à Paris (IIe arr.), mort le 2 juillet 1999 à Versailles (Yvelines) ; ébéniste ; militant communiste de Paris ; résistant ; déporté à Buchenwald ; membre du comité fédéral PCF de Paris-Ville (à partir de 1937), secrétaire de la fédération de la Seine (1949-1953), secrétaire de Maurice Thorez (1946-1948), membre du comité central du PCF (1956-1976) ;secrétaire national puis général du Mouvement de la Paix (1954-1974) ; sénateur (1949-1952).

André Souquière
André Souquière

André Souquière était originaire d’une famille de paysans pauvres du Cantal. Né au domicile de ses parents, rue d’Aboukir, son père était frotteur et cireur de parquets, sa mère passementière. 
Après le certificat d’études, André Souquière entra en apprentissage et devint artisan ébéniste. En 1934, il remplit un bulletin d’adhésion au PCF qui resta sans réponse, mais au début de 1935, au cours d’une réunion publique, son adhésion devint effective. Il se retrouva vite secrétaire de cellule et membre du secrétariat de section du IIe arrondissement. En 1937, il fut élu secrétaire de la section et membre du comité fédéral de Paris-Ville. En décembre 1937, il fut pour la première fois délégué à un congrès du PCF, le IXe à Arles. Il suivit ensuite, en même temps qu’Auguste Lecœur, l’école centrale de six mois à Arcueil, fin 1938-début 1939. Durant les trois mois qui précédèrent la guerre, il fut permanent à la section d’éducation, sous la responsabilité d’Étienne Fajon, avec Hubert Ruffe, le directeur des écoles du parti.

Mobilisé en septembre 1939 comme mitrailleur de défense antiaérienne, il fit de la propagande communiste dans l’armée. Prisonnier, il combattit l’idéologie pétainiste dans le stalag X B, et réussit à s’évader le 17 février 1943. 

Désigné comme responsable du parti communiste clandestin dans le Loiret à la place d’Albert Rigal qui devait se faire opérer, puis interrégional (Cher, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Loiret, Nièvre) après l’arrestation de l’historien Jean Guillon en novembre 1943, André Souquière fut arrêté le 30 avril 1944. Après avoir été torturé par la Gestapo, il fut déporté dans le dernier convoi vers Buchenwald. Il rentra à Paris le 29 avril 1945. Pour ses faits de résistant, André Souquière fut médaillé de la Résistance, titulaire de la Croix de guerre avec palmes. Il obtint plus tard le grade d’officier de la Légion d’honneur.

Reprenant ses activités militantes, André Souquière devint secrétaire à la propagande de la fédération de Paris-ville. En 1946, quand fut créée la grande fédération de la Seine confiée à Raymond Guyot, il fut, au bureau fédéral, chargé des problèmes de l’éducation. Il ne devait plus quitter avant longtemps l’instance fédérale parisienne.

De la fin 1946 à la fin 1948, Maurice Thorez le choisit comme secrétaire, en remplacement de Marcel Servin élu député. D’après Souquière, ce furent les deux plus belles années de sa vie militante. Il accompagna notamment Thorez lors de son voyage en URSS pour le 30e anniversaire de la révolution d’Octobre.

En novembre 1948, André Souquière devint sénateur de la Seine. Placé en huitième position sur la liste conduite par Georges Marrane, il fut élu au bénéfice de la plus forte moyenne parmi les vingt sénateurs du département parisien. Aux élections suivantes, en mai 1952, il ne se représenta pas.

En février 1949, à la IIIe conférence fédérale de la Seine réunie au palais de la Mutualité, il accéda au secrétariat fédéral. Jusqu’à la « décentralisation » de novembre 1953 qui scinda la fédération en quatre, il en resta le numéro deux effectif derrière Raymond Guyot, d’abord chargé de l’organisation, puis, la dernière année, relégué en troisième position, de l’éducation, la paix et la laïcité. Quand la fédération ne fut plus restreinte qu’à Paris-ville, il rétrograda au bureau, non pas en marque de désaveu, mais parce que ses responsabilités essentielles l’accaparaient désormais ailleurs, au Mouvement de la paix. À son poste de secrétaire, il eut notamment à essuyer une rude polémique, par voie de presse, avec Auguste Lecœur, alors secrétaire à l’organisation du parti, qui reprochait en 1950 à la fédération son déclin, surtout parmi les ouvriers.

Comme représentant du PCF au conseil du Comité de la Paix de la Seine et comme deuxième secrétaire de la fédération, André Souquière dirigea, au même titre qu’André Karman, le numéro trois, une des principales colonnes de la très violente manifestation anti-Ridgway, lors de la venue à Paris du général américain placé à la tête de l’OTAN, qui mit Paris à feu et à sang le soir du 28 mai 1952. Ce fut Karman qui fit les frais des conséquences fâcheuses de l’épreuve de force avec la police, relégué un an plus tard, Guyot et Souquière restant épargnés. Mais ce dernier dut plonger pendant un an dans une semi-clandestinité.

À partir de 1953, André Souquière travailla un temps au secteur éducation avec Georges Cogniot, puis, avec les débuts de la guerre d’Algérie, il devint un des secrétaires nationaux du Mouvement de la Paix. Il devait le rester jusqu’en 1974. À ce titre, il assista notamment à l’assemblée mondiale d’Helsinki en juin 1955, et à de très nombreuses autres conférences internationales, telles que la « rencontre des quinze partis communistes d’Europe sur la reconstruction de l’impérialisme allemand » à Berlin-Est en 1958 ou le « congrès des Peuples pour la Sécurité européenne » à Bruxelles en 1972. Il participa à plusieurs missions au Viêt-Nam (décembre 1968-janvier 1969, janvier 1973) et en Algérie. Cette importante fonction lui ouvrit plusieurs fois les portes des réunions du bureau politique ou du secrétariat de son parti.

Après avoir été membre de la commission centrale de contrôle financier depuis avril 1950 au XIIe congrès du PCF à Gennevilliers, André Souquière fut élu membre suppléant du comité central au XIVe congrès, au Havre, en juillet 1956. Titularisé au congrès suivant à Ivry en juin 1959, il resta membre de l’instance jusqu’en 1976, au XXIIe congrès. Dès 1950, il intervenait régulièrement lors des séances, sur des sujets d’abord très divers, mais presque exclusivement sur le Mouvement de la paix à compter de 1955. À la réunion du 4 juillet 1957 à Ivry, il présenta le deuxième rapport de la session, après celui d’ouverture de Maurice Thorez.

À la faveur de la mise à l’écart de Laurent Casanova, André Souquière devint le principal représentant du PCF au Mouvement de la paix, et son secrétaire général. Pourtant, il avait bien failli faire partie de la charrette qui emporta, début 1961, en même temps que l’éminent membre du bureau politique, d’autres personnalités importantes du parti comme Marcel Servin et Maurice Kriegel-Valrimont, ce dernier également très actif au Mouvement de la paix. Souquière, après s’être exprimé en leur faveur à la réunion du CC de novembre 1959, passait pour favorable à leurs options rénovatrices, et donc partisan des inflexions qu’ils étaient accusés de vouloir apporter à la politique et aux pratiques du parti. Au CC de janvier 1961, sous le prétexte des positions et de l’action du Mouvement de la paix dans le contexte de la guerre d’Algérie, il figurait parmi la demi-douzaine de mis en accusation. Il préféra se fendre d’une autocritique qui essayait néanmoins de ménager Casanova. Mais il dut se répéter d’une façon beaucoup plus humiliante à la conférence fédérale de Paris au mois de mai, quand la mise à l’écart des chefs de file de cette opposition larvée fut entérinée. Ce reniement lui permit d’être conforté dans ses responsabilités à la tête du Mouvement que contrôlait jusque-là Casanova, et d’être reconduit au CC au congrès de mai 1961 à Saint-Denis.

Le Mouvement de la paix, en déclin, continuait à représenter un enjeu important pour le PCF, et son principal représentant à sa tête, malgré son savoir-faire, ne pouvait esquiver certaines frictions avec les personnalités non communistes de sa direction, telles Emmanuel d’Astier ou « Mme Yves Farge », qui se réglaient par des échanges de courriers ou aux réunions hebdomadaires du bureau au siège du 35 rue de Clichy. En revanche, lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968, communistes et progressistes français du Mouvement se retrouvèrent d’accord pour critiquer l’attitude du Conseil mondial de la paix, qui, complètement aligné sur l’URSS, préférait éluder la question. Souquière, évidemment d’accord avec la « désapprobation » prononcée par son parti, eut alors à gérer les réactions furieuses des uns et des autres, celles par exemple de l’écrivain Vercors*. À l’heure de la retraite, en 1974, il laissa la place à un autre militant communiste, non membre du CC, signe du déclin irrémédiable de l’organisation pacifiste, Michel Langignon.

Depuis les années 1960, André Souquière participait régulièrement aux réunions de la commission de politique extérieure du CC (« la Polex »), en tant que responsable du Mouvement de la paix, quand elle était encore dirigée par Raymond Guyot. Après 1974, il continua à travailler à la « section internationale », plus spécialement chargé du secteur « Italie » par son responsable Jean Kanapa. À ce titre, il accomplit plusieurs missions dans ce pays et accompagna Enrico Berlinguer lors de ses deux voyages en France.

Annie Kriegel, qui l’avait côtoyé à la fédération de la Seine, traçait un portrait en demi-teinte de ce cadre intermédiaire modèle, habile au maniement en douceur de la « langue de bois » : « André Souquière […] avait la distinction naturelle […], l’affabilité de l’ébéniste d’art qu’il était […]. De taille souple et bien prise, un brin coquet malgré la simplicité de sa mise, […], l’expérience qu’il avait […] acquise explique que sa carrière militante, française et internationale, fut assez égale, scandée par des changements d’affectation qui ne modifiaient guère une trajectoire convenue. »

D’un premier mariage contracté avec Angèle Burger en février 1943, André Souquière eut trois enfants. Le couple se défit, et André Souquière se mit en ménage, sans se remarier, avec Yvonne Dumont, une autre haute personnalité du militantisme communiste parisien, sénatrice, membre du bureau fédéral de la Seine, responsable au Mouvement de la Paix. Le couple, très en vue dans la sociabilité communiste parisienne et apprécié pour les qualités humaines et militantes de ses deux composantes, eut une fille, Michelle, née en 1953.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article131559, notice SOUQUIÈRE André, Jean, Louis par Marc Giovaninetti, Claude Willard, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 1er septembre 2015.

Par Marc Giovaninetti, Claude Willard

André Souquière
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SOURCES : Arch. du CN du PCF. — Arch. du PCF (aux arch. dép. de Seine-Saint-Denis), fonds Paul Laurent, boîte 1 ; fonds R. Guyot, 283 J 34, 36, 37, 38, 40, 76, 81 ; enregistrements sonores des sessions du CC. ― Arch. de la Préfecture de Police, G7 53.112 ; BA 2284, 2291. ― Arch. nat. 19820605/20/84/10. ― Réunions du Comité central du PCF 1921-1977. État des fonds et des instruments de recherche, tomes 2, 3, 4, Fondation Gabriel Péri et Département de Seine-Saint-Denis, 2009-2010. ― L’Humanité, 15, 16, 22, 23, 24 mars 1950 ; Cahiers du communisme, août 1950 ; France nouvelle, n° 254, 28 octobre 1950, n° 269, 10 février 1951. ― Nombreux autres articles d’André Souquière dans ces journaux et revues, par ex. Cahiers du Communisme, n° 2, février 1952, France nouvelle, n° 281, 5 mai 1951, n° 429, 6 mars 1954, n° 472, 1er janvier 1955, L’Humanité-Dimanche n° 194, 17 nov. 1968. ― Jean-Pierre Bernard, Paris rouge 1944-1964. Les communistes français dans la capitale, Ed. Champ Vallon, 1991. ― Michel Pigenet, Au cœur de l’activisme communiste des années de Guerre froide, « la manifestation Ridgway », Le Harmattan, 1992. ― Gérard Streiff, Jean Kanapa, 1921-1978. Une singulière histoire du PCF, L’Harmattan, 2001. ― Paul Noirot, La Mémoire ouverte, Stock, 1976. ― Philippe Robrieux, Notre Génération communiste, 1953-1968, Robert Laffont, 1977. ― Victor Leduc, Les Tribulations d’un idéologue, Syros, 1985. ― Annie Kriegel, Ce que j’ai cru comprendre, Robert Laffont, 1991. ― Site du sénat français. ― Interviews d’André Souquière par Claude Willard en 1983 et 1997. ― État civil.

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