STANKO Jehanne

Née le 6 février 1876 à Épernay (Marne) ; Ouvrière à Paris, institutrice, puis téléphoniste à Paris ; militante du Syndicat national des agents (SNA) de la fédération postale CGT, et de la Ligue syndicaliste.

Jehanne Stanko était Dame employée des PTT, au central Roquette, à Paris. Militante de la section téléphonique du syndicat des agents des PTT elle fut déléguée au congrès de la fédération postale en 1921, et se fit remarquer comme militante de l’égalité homme-femme et ses accents féministes. Le 18 juin 1921, elle intervint dans la 1ère séance, pour protester contre l’absence de femme dans la commission sur les traitements. Elle refusait l’indemnité à la femme au foyer, qu’elle déclarait “esclave de l’homme”. “La femme doit aller à l’usine ou à l’atelier, pour s’émanciper” déclara-t-elle.

Elle publia en juin et juillet 1923 une série d’articles dans Le Peuple, quotidien de la CGT, pour y expliquer les conditions de travail “de ces humbles petites fonctionnaires, si méconnues : les téléphonistes” (9 juin 1923). Elle prit la parole, à la même période, lors d’un meeting syndical à destination des téléphonistes (La Lanterne, 3 juillet 1923). En octobre 1923, elle fut élue — sur la liste de la minorité favorable au Front unique — au Conseil du Syndicat national des agents des PTT.

Militante de terrain, proche de ses collègues, le 5 juin 1923, lors d’une réunion de compte rendu du congrès national, aux Dames-employées du central Gutenberg, organisée à l’annexe de la Bourse du Travail rue Bouloi à Paris, elle dénonça la multiplication des "services mixtes" (c’est à dire de journée), qui étaient imposés comme mesures disciplinaire bien que les hauts fonctionnaires affectaient de les considérer comme très ordinaires, alors que le personnel, notamment féminin, préférait les services de "brigade", qui permettaient d’avoir la matinée ou l’après-midi de libre. Elle accusait les hauts fonctionnaires de désorganiser le service. Le 12 novembre suivant, elle prenait la parole sur le même thème dans un meeting organisé par la section téléphonique du syndicat des agents des PTT (confédéré), salle des sociétés savantes, avec Mlle Dharcourt*, Mlle Chazel*, Mme Cazenave*, et M. Bourget.

En janvier 1924, elle fonda le Journal des Téléphones, et en prit la direction, avec un comité de rédaction composé de Mlles D’Harcourt, Nicolas, Chazel, et Mme Martinoti, toutes des militantes du SNA. Le sous-titre était : « À travail équivalent ou égal, salaire égal », et dont l’objet annoncé était d’être un « journal d’information de défense professionnelle et féminine ». En mai 1927, ce journal devint le Journal des Dames des PTT qu’elle continua à diriger.

En août 1925, interrogée par la Révolution prolétarienne sur la scission syndicale, elle déclara : “La scission est déplorable. On doit y mettre fin. Elle est due à l’ingérence de la politique dans les syndicats.[...] Je crois que l’ensemble des travailleurs désire ardemment l’unité et que les obstacles [...] sont l’œuvre de mauvais bergers qui n’ont obéi qu’à leur intérêt personnel." Elle ajouta : "Je crois que les victimes les plus directement atteintes par la scission, ce sont les femmes, attachées à la CGT et livrées aux directives des syndicats réformistes. A cause d’un esprit matérialiste et catégoriste, qui s’avère dépourvu d’idéal et de solidarité entre les deux sexes, les travailleuses sont frappées dans leurs revendications particulières", et de citer l’exemple des PTT.

En juin 1925, au cours du congrès du syndicat des agents, Mme Stanko mena l’offensive contre le changement d’orientation proposé par le syndicat, en matière de revendications pour les dames-employées. Il proposait l’assimilation de celles-ci aux institutrices, alors que la revendication syndicale avait été jusque là « à travail égal, salaire égal ! », les dames employées revendiquant leur assimilation aux commis. Elle ne gagna pas et cela provoqua une crise dans le syndicat, et la constitution d’une “Ligue des dames des PTT” et de plusieurs associations catégorielles d’agents dans les PTT.

Son positionnement minoritaire au sein du syndicat confédéré des agents des PTT, ajouté à sa détermination à défendre coûte que coûte des revendications abandonnées par le syndicat conduisirent à sa mise à l’écart du conseil syndical.

Le 31 août 1925, lors du conseil national de la fédération postale, un délégué du Nord accusa Mme Stanko, en son absence, d’avoir fait distribuer un tract au personnel féminin de la région Nord, pour les inciter à se retirer du syndicat et à former un groupement dissident ; de plus elle aurait donné des conseils défaitistes en cas de grève. Le 3 septembre, au conseil syndical suivant, le secrétaire administratif Desplanques* aurait repris l’accusation, provoquant son indignation. Une commission d’enquête fut décidée.

Le 10 septembre, au CS suivant, une lettre de Martin, le délégué du Nord, détruisait le premier chef d’accusation. L’auteur du tract incriminé étant une dame employée de la région du Nord. Mais sur la 2e accusation, Martin fit des réserves. Une commission d’enquête fut désignée. Deux mois passèrent. Le 3 novembre Mme Stanko écrivit au Conseil syndical qu’elle se voyait dans l’obligation de ne pas assister aux séances tant qu’elle n’aurait pas été lavée de l’accusation lancée contre elle. Le 20 novembre Combes* lui écrivait que la commission “n’ayant relevé aucun fait précis, le Conseil a estimé qu’il n’y avait pas lieu de retenir les accusations”. L’affaire s’embourba autour de l’expression “aucun fait précis” que Mme Stanko considéra comme laissant place à des soupçons injurieux.

Dans le même temps, elle publiait un article dans le Journal du Téléphone, repris, en décembre 1925, dans l’Action féministe, dans lequel elle dénonçait la proposition faite par des militants de la Fédération postale confédérée d’assimilation des dames employées des PTT aux institutrices, revendication qu’elles n’avaient jamais soutenu, d’autant que celles-ci bénéficiaient d’indemnités auxquelles elles ne pouvaient prétendre. Pour Mme Stanko il fallait obtenir l’égalité de salaire avec les hommes, “à travail égal, salaire égal”, principe affirmé pour la première fois en 1911, lors du congrès national de l’Association Générale des Agents, qui se transforma en Syndicat national des agent, affilié à la CGT, fédération postale, en 1919. Après le congrès de l’AG, en 1911, l’égalité entre les dames-employées et les commis avait été obtenue, mais jamais appliquée, dans la commission mixte auprès de la Chambre, à la demande de Mme Thomas, déléguée des Dames. Au congrès de Lille de la CGT, en 1914, le principe à travail égal salaire égal avait été acté. Le problème était donc politique.

Finalement, le 16 janvier 1926, elle fut exclue du Conseil syndical des agents. Ayant fait appel de cette décision devant la Fédération postale, elle reçu une lettre de Digat* secrétaire général : "Ma chère camarade, la Commission exécutive a examiné votre demande dans les séances du 12 et 17 février 1926. Après avoir pris connaissance du dossier transmis par le syndicat des agents, le Bureau de la fédération a été autorisé à vous faire connaitre qu’aucun fait ne peut être retenu à votre encontre au sujet des griefs articulés au Conseil national du 31 août 1925. Nous souhaitons que vous puissiez vous déclariez satisfaite de notre déclaration, et nous tenons à vous affirmer l’expression de la sympathie de la Fédération".

Tout en restant syndiquée au syndicat des Agents, elle milita à la “Ligue des dames des PTT”, constituée en mars 1927 par des militantes de diverses origines syndicales avec comme première revendication : "l’égalité homme-femme". Le 4 mai 1927, un premier meeting parisien, organisé par cette ligue, condamna les carences du syndicat national des agents des PTT. Le 31 août suivant, un second meeting de dames employées fut convoqué, salle des Horticulteurs, où parlèrent, pour les confédérés : Charlotte Bonnin, Mmes Blossier*, Noyon*, Jeanne Stanko, et, pour les unitaires : Adèle Lecocq*.

Parallèlement, elle intégra en février 1926 le noyau de La Révolution prolétarienne, puis devint en juillet avec R. Ménard et Pierre Tauzin, secrétaire adjointe de la Ligue syndicaliste (voir Maurice Chambelland).

En 1931, Jehanne Stanko fonda le groupe des Dames des PTT pour l’égalité des traitements.

Jehane Stanko était née Colinet, le 6 février 1876 à Épernay (Marne). Ouvrière à Paris, à la fin des années 1890, peut-être dans l’imprimerie, métiers de son père et de ses oncles, celle-ci se maria le 6 décembre 1902 à Paris (11e), avec Michel Stanko, ébéniste, de nationalité hongroise. À la naissance de sa fille Micheline, née le 4 mai 1904 à Paris (11e), elle était institutrice. Au décès de celle-ci, le 19 octobre 1918, vraisemblablement de la grippe espagnole, elle était employée des postes, son mari étant devenu dessinateur. Celui-ci mourut le 31 décembre 1918, dans doute aussi de la grippe espagnole. Elle se remaria le 10 septembre 1931 avec Jean Frédéric Hallereau, retraité des chemins de fer. A cette époque elle était toujours employée des postes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article131637, notice STANKO Jehanne, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 15 juin 2022.

SOURCES : La Révolution prolétarienne, août 1925, février 1926, juillet 1926, mars 1927, avril 1927, mai 1928, décembre 1928. — Le Cri, 21 janvier 1931. — L’Humanité, 14 octobre 1923, 13 novembre 1923, 12 juin 1925. — Le Peuple, 19 juin 1921, 6 juin 1923, 9 juin 1923L’Action féministe, décembre 1925. — Georges Frischmann, Histoire de la Fédération CGT des PTT, Éditions sociales, 1969, p272-273 ; réédité en 2011 par l’IHS-CGT-FAPT. — Madeleine Vignes, Le Journal des Dames, 1994. — État civil de Paris. — Notes de Julien Chuzeville, et Gilles Pichavant.

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