TASSO Henri

Par Antoine Olivesi

Né le 8 octobre 1882 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; mort le 12 février 1944 à Allauch (Bouches-du-Rhône). Employé puis petit industriel. Conseiller général socialiste de Marseille (1910-1925, 1937), conseiller municipal (1919-1925, 1935-1940) ; maire de Marseille de (1935-1939) ; député des Bouches-du-Rhône (1924-1938) puis sénateur ; sous-secrétaire d’État à la Marine marchande (1936-1938).

Henri Tasso
Henri Tasso

Les parents d’Henri Tasso étaient d’origine italienne. Son père, né à Salerne, avait fait partie de la première vague importante d’émigration transalpine pour Marseille, probablement vers la fin du Second Empire ou au début de la IIIe République. Journalier à Marseille, il s’était marié, avait eu au moins quatre enfants. Mais ayant quitté Marseille pour Dijon, le jeune Henri fut élevé par sa tante. Son frère Antoine, de huit ans son aîné, qui devint plus tard cordonnier, milita avant lui dans les rangs socialistes et guida ses premiers pas politiques. On l’appela par la suite Tasso aîné pour le distinguer d’Henri.

Après des études primaires, Henri Tasso travailla comme apprenti grillageur dans un atelier de son quartier, puis, deux ans plus tard, entra comme employé de commerce à la société des Oléonaphtes, entreprise d’huiles minérales dirigée par Eugène Baron* et son fils Charles Baron*, dont il acquit très vite la confiance et l’amitié.

Au tournant du siècle, Antoine et Henri furent mêlés à la vie politique locale. Henri Tasso commença à militer à la fin du XIXe siècle dans les cercles socialistes marseillais des quartiers du Vieux-Port : groupes de l’Aube révolutionnaire, de l’Indépendance socialiste, de la Jeunesse révolutionnaire internationaliste. Parmi les militants de ces trois groupes « dreyfusards, anticléricaux et antimilitaristes », se trouvait en particulier l’anarchiste Théodore Jean. Secrétaire de l’Aube révolutionnaire, Tasso, qui avait été en 1898, l’un des fondateurs de la Jeunesse socialiste du troisième canton au temps de l’affaire Dreyfus, fut délégué auprès du comité d’entente et d’action socialiste créé pour réaliser « l’unité socialiste et la révolution sociale ». Secrétaire de la JS du 3e canton, il fit partie en juillet 1901 du comité J.-A. Bozouls, candidat socialiste au conseil général.

En 1902, Tasso soutint M. Carnaud, ancien guesdiste et député sortant de la 1re circonscription, celle du Vieux-Marseille puis appuya Flaissières* dans les luttes municipales en 1900, 1902 et 1904. Il collabora à l’éphémère Rappel marseillais, journal républicain et socialiste ou encore au quotidien socialiste la Soirée (1904-1907), et surtout à l’organe de Flaissières la Journée, entre 1902 et 1906. En 1902, Tasso avait adhéré au Parti socialiste français de Jaurès. Membre du comité Saravelli* en juillet 1904, Tasso, lorsque l’unité fut réalisée en 1905, adhéra au Parti socialiste (SFIO).

Les rivalités entre socialistes persistaient et Tasso dut manœuvrer avec prudence et habileté ; lorsque Saravelli fut élu conseiller général du troisième canton en juillet 1907 et libéra son siège de conseiller d’arrondissement, Tasso se présenta à l’élection partielle de novembre avec le soutien du congrès du Parti socialiste (SFIO). Mais dès le lendemain, un autre candidat SFIO, Auguste Bouchet, ancien président du comité Saravelli se manifesta, fort du soutien de ce dernier. Tasso reçut l’appui d’une partie des inscrits maritimes et des dockers de son canton. À l’issue du premier tour, Bouchet arriva en tête ; Tasso se désista pour Bouchet qui fut élu de justesse. Ces divisions, qui avaient failli provoquer la victoire de la droite, se perpétuèrent l’année suivante aux élections municipales. Au congrès du Parti socialiste (Marseille, 16 février 1908), Tasso, mandaté par la 3e section, fut désigné sur une liste conduite par E. Baron tandis qu’une autre liste de socialistes indépendants était soutenue par Carnaud et par Saravelli. Tasso n’obtint que 2 938 voix sur 21 000 inscrits au premier tour et la droite l’emporta dans ce secteur.

Le 19 juin 1908, il se maria. En juillet 1910, Henri Tasso, alors comptable, fut élu au conseil d’arrondissement du 3e canton, obtenant son premier mandat. En 1911, il devint président du conseil d’arrondissement. Devenu en 1914 fondé de pouvoirs de Baron à la société des Oléonaphtes, secrétaire de la 1re section SFIO, il demeurait dans la ligne jaurésiste du parti. Il fut délégué aux congrès nationaux SFIO de Toulouse et de Saint-Quentin. Tasso étendit également son influence en fondant les groupements des Amis de l’instruction laïque des 1er et 3e cantons, qu’il présida, et en adhérant au groupe libre penseur Voltaire ainsi qu’à la Ligue des droits de l’Homme.

Mobilisé en 1914 dans l’artillerie lourde, il se battit à Verdun où il gagna ses galons de sous-lieutenant, fut cité trois fois et décoré de la Croix de guerre, puis, ultérieurement, de la Légion d’honneur à titre militaire (en 1932). L’année 1919 fut, pour lui, importante à plusieurs titres : Charles Baron lui céda son entreprise et il devint ainsi patron, petit industriel établi à son compte, important et raffinant des huiles minérales et de graissage, des huiles lourdes pour les voitures et les navires. Entreprise à vrai dire modeste qui fonctionnait avec un contremaître et trois ou quatre employés.

Le 30 novembre 1919, Henri Tasso fut élu conseiller municipal sur la liste conduite par Flaissières. Le 14 décembre suivant, il fut élu conseiller général du 1er canton, avec 2 181 suffrages sur 7 715 inscrits. Tasso ne fut pas partisan de l’adhésion à la IIIe internationale. Vice-président du conseil général en 1921 et en 1922, élu huitième adjoint au maire, il fut délégué au canal de Marseille et aux tramways, ayant à traiter des problèmes difficiles d’approvisionnement en eau et de communications entre les banlieues éloignées. Il abandonna assez rapidement la gestion des affaires locales. En 1925, il ne se présenta pas aux élections municipales et renonça à son siège de conseiller général afin d’éviter, disait-il, le cumul des mandats. En effet, aux élections législatives de 1924, il avait été élu député de la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône sur la liste du Cartel des gauches conduite par Fernand Bouisson, liste à dominante SFIO, avec 53 478 voix sur 136 085 inscrits.

Au Palais-Bourbon, Henri Tasso fut favorable au gouvernement d’Édouard Herriot. Il intervint au congrès fédéral extraordinaire SFIO (Marseille, 28 juin 1925) pour faire rejeter une motion condamnant les opérations contre Abd-el-Krim. En 1928, dans la 1re circonscription qui était taillée sur mesure pour lui, Tasso, déjà vice-président de la commission du commerce et de l’industrie et de celle de la marine marchande à la Chambre, fut plébiscité avec 70,6 % des voix par rapport aux inscrits. Outre les suffrages populaires, il avait acquis la sympathie d’une partie de la bourgeoisie commerçante marseillaise. Lors des élections municipales de mai 1929, Henri Tasso présenta sa propre liste, la rupture entre Flaissières et la SFIO étant consommée. Flaissières conclut alors une alliance avec Simon Sabiani*. Le 5 mai, la liste Flaissières arriva en tête (27,5 % des inscrits) contre 26 782 suffrages (19,8 %) pour la liste Tasso qui avait recueilli personnellement 31 621 voix contre avec 43 815 à Flaissières. La SFIO dut se désister en faveur de ce dernier par discipline républicaine. Après la mort de Flaissières, survenue le 26 mars 1931, Tasso, prudent et avisé, se garda bien de se présenter et laissa Rémy Roux se faire battre par Eugène Pierre qu’appuyait Sabiani pratiquement maître du pouvoir municipal.

Les élections législatives de 1932 confirmèrent la position de Tasso qui fut réélu député (74,6 % des inscrits). Peu favorable au pacte d’unité d’action conclu en 1934 avec le PC, il fut l’objet d’attaques de Rouge-Midi qui lui reprochait, en particulier, ses votes en faveur de crédits supplémentaires pour le budget de la guerre. Rapporteur sur les pensions de la marine marchande, de la loi du 1er janvier 1930 sur la Caisse de prévoyance, du nouveau statut concernant la navigation côtière, etc, Henri Tasso rapporta également sur la loi relative à la prime aux produits coloniaux transportés sous pavillon français, sur l’aide à l’armement, sur la réorganisation des grands services publics maritimes. D’une façon générale, il défendit les intérêts des marins, des pêcheurs, des plaisanciers, des travailleurs des chantiers de réparation navale et de toutes les industries marines.

Au titre de la commission du commerce, il présenta des rapports très précis sur la réglementation des banques, la propriété commerciale, la révision des baux, l’égalité fiscale pour les petits commerçants, le crédit au commerce, et un rapport très documenté sur les zones franches maritimes qui recueillit l’adhésion totale des milieux du commerce marseillais. Dans ce dernier domaine, il intervint à la Chambre au cours de la discussion des lois sur le blé. Sur le plan social, il fut rapporteur de la loi autorisant le cumul des pensions de guerre et celles de la Marine et de nombreux textes favorables aux mutilés du travail.

Henri Tasso, parlementaire efficace et socialiste modéré, sut conserver, par ses manières simples le contact avec les masses populaires tout en forçant l’estime d’une partie des milieux d’affaires marseillais et atteindre l’apogée de sa carrière entre 1935 et 1938. Le 19 mai 1935, il fut élu maire de Marseille et, le 25 octobre 1938, devint sénateur des Bouches-du-Rhône. Entre ces deux dates, il siégea dans les trois gouvernements du Front populaire. Élu maire grâce à l’alliance PC-SFIO, avec plus de 45 % des voix des inscrits, Henri Tasso, dans son discours du 19 mai, affirma la victoire de « la démocratie socialiste », mais aussi son souci de réaliser « un programme ayant pour but unique la prospérité de Marseille », devant plus de 20 000 personnes. Depuis le succès de Flaissières en 1892, aucune élection municipale n’avait suscité autant d’enthousiasme à Marseille.

L’année suivante, Tasso retrouva dans son fief ses pourcentages habituels : 72,4 % par rapport aux inscrits mais une poussée communiste s’était fait sentir dans certaines circonscriptions (voir Antoine Kristos*). Lors de la constitution du gouvernement Léon Blum, Tasso fut désigné sous-secrétaire d’État à la Marine marchande, portefeuille qu’il conserva ensuite dans le cabinet Chautemps et dans le deuxième ministère Blum. Il préconisa, en particulier, la construction d’une flotte de cargos. En tant que maire et ministre, il fut sollicité pour régler de nombreux conflits et d’une manière générale il intervint dans un sens modérateur comme en témoigne le conflit opposant l’armateur J. Fraissinet au syndicat des dockers au sujet de six dockers accusés d’être Croix de feu et briseurs de grèves. Il dut intervenir en avril-mai 1937, dans une grève des brasseries avec occupation qui affecta 800 ouvriers, puis dans celle des ouvriers boulangers, du 23 au 30 décembre 1937. Dans ce contexte, Tasso, absorbé par des tâches multiples, ne put se consacrer entièrement à son plan de redressement des affaires municipales. Héritant d’une situation communale difficile et d’un déficit budgétaire chronique, Tasso devait choisir entre une politique financière rigoureuse et le maintien des avantages acquis, particulièrement en matière d’emplois municipaux. Il entra en conflit avec des élus socialistes soutenus par le secrétaire général du syndicat CGT des municipaux, Noël Carrega, et le premier adjoint délégué aux finances, Raymond Vidal, lorsque ce dernier proposa de faire des économies, dans ce domaine. À la fin de l’année 1937, la situation financière devenait préoccupante et le déficit de la Compagnie générale des tramways était de plusieurs millions. L’administration financière de la ville de Marseille devait faire l’objet d’une double inspection de la part des services administratifs et de l’inspection générale des finances. Dès son arrivée à la mairie, Tasso avait sollicité ces inspections pour faire les comptes de la gestion sabianiste.

Le 20 février 1938, une nouvelle crise éclata à propos du budget et de la politique municipale en général. Ferri-Pisani* attaqua vivement Tasso, incriminant « sa politique personnelle » et sa mollesse à l’égard des communistes. Tasso fut sur le point d’être mis en minorité et n’obtint finalement qu’une motion de confiance très mitigée.

L’œuvre de la municipalité Tasso qui n’exerça réellement le pouvoir, en fait, que pendant trois ans et demi environ, peut se résumer ainsi : ouverture de squares et de jardins pour enfants (Parc Chanot), création d’une école de natation et du stade-vélodrome, organisation de colonies de vacances, nouveaux groupes scolaires, reconstruction de la Halle Delacroix, achèvement de la nouvelle Bourse du Travail ; sur le plan culturel, transformation de l’école de médecine en faculté, ouverture du musée Cantini, organisation d’un pavillon de Marseille et de la Provence à l’Exposition internationale de 1937 à Paris. Tasso lui-même écrivit en avril 1937 un article sur « Marseille et l’urbanisme », traçant de grands projets d’embellissement de la ville, mais il manqua à Marseille les ressources financières nécessaires.

Pour les élections cantonales de l’automne 1937, Tasso décida de postuler au siège de conseiller général du 11e canton, pour empêcher l’élection d’un communiste. La SFIO fut accusée de fraude à la fois par la droite et les communistes. Au premier tour, des incidents éclatèrent lors du dépouillement, la proclamation des résultats fut retardée, et Tasso, mis en ballottage, fut élu au second tour (54,2 % des inscrits). Le 23 octobre 1938, il était élu sénateur et voyait, comme il l’avait souhaité, sa situation politique se renforcer. Mais Canavelli et Ferri-Pisani démissionnaient de leurs fonctions d’adjoints.

Le 28 octobre se produisit l’incendie des Nouvelles Galeries qui entraîna la mort de soixante-treize personnes, en présence des congressistes du Parti radical. É. Daladier, A. Sarraut et É. Herriot, purent constater l’incapacité des services de la ville à l’enrayer. Marseille-Matin (29 octobre) réclama la démission de Tasso et, le surlendemain, sa révocation immédiate. Le 31 octobre, à la demande de la minorité du conseil municipal, une réunion du conseil municipal, privée, consultative et plénière se tint à l’hôtel de ville. Tasso énuméra les mesures prises pour la prévention des incendies depuis 1935. Désormais, jusqu’en avril 1939, ce fut une polémique ininterrompue. Après les obsèques des victimes le 14 novembre, cérémonie au cours de laquelle Sarraut fit le procès général du régime communal, la minorité municipale démissionna en bloc espérant provoquer une démission générale.

La municipalité dut faire face aux attaques incessantes de l’opposition qui exploitait les « affaires » : ainsi le docteur Franchi*, conseiller municipal et adjoint de Tasso, fut arrêté et incarcéré pendant une semaine à la prison Chave, sur la foi d’un seul témoignage fort douteux. Mais ce fut surtout pendant la campagne pour les élections municipales partielles des 5 et 12 février 1939, dans les 3e et 4e sections, que l’opposition se déchaîna, soit dans la presse (Marseille-Matin et Marseille libre, organe du PPF), soit dans les réunions publiques : attaques contre « une administration incohérente, la gabegie, l’incurie des marxistes », contre « les cramponnés de la mairie » (Marseille-Matin,1er février et 2 février 1939), Sabiani dénonçant le 22 janvier « le socialisme alimentaire et combinard », le déficit de 180 millions, « la fausse idéologie marxiste qui conduit la France à la ruine et à la guerre », « les socialistes fourriers du communisme », etc. Tasso et le Petit Provençal soutinrent évidemment les listes socialistes, dénonçant « l’exploitation des cadavres des Nouvelles Galeries », « l’opération politique menée contre la démocratie républicaine », pour instaurer en France, à l’heure où les franquistes triomphaient en Espagne, « les procédés et les mœurs qui sont en honneur chez certains États totalitaires », illustrés, à Marseille par les méthodes fascistes des sabianistes. Les listes de droite furent réélues dans ces deux sections qui, en 1935, leur avaient déjà été favorables.

Le conflit rebondit cependant le mois suivant, lorsque, par décret-loi du 20 mars 1939, Marseille fut mise en tutelle et dotée d’un administrateur extraordinaire délégué pour six ans. Un long rapport dénonçait, entre autres, l’effectif pléthorique du personnel municipal marseillais, évalué à 7 603 employés et ouvriers (non compris ceux de l’hospice et du bureau de bienfaisance) et où 77 repris de justice, au moins, avaient été recensés. Le rapport insistait également sur le déficit qui avait doublé en quatre ans. La ville de Marseille n’avait émis qu’un seul emprunt de 90 millions et vivait en sollicitant des avances de l’État. Le rapport concluait sur une indispensable politique d’économie pour sauver les finances de la ville. Mais l’assainissement de ces dernières était subordonné à la réforme de l’administration municipale.

Protestant contre le décret, la gauche proposa dès le 23 mars la démission collective des élus en signe de protestation contre l’envoi d’un « Stadthalter » et la perte des libertés municipales, ce que la minorité, bien entendu, refusa. Tasso fit paraître dans le Petit Provençal du 21 avril une lettre ouverte au président du Conseil, critiquant à la fois la forme et le fond du décret, à partir du rapport d’enquête effectué à Marseille par Louvel et Wuillaume et qui n’avait pas été communiqué à l’assemblée communale. L’administrateur Surleau fut fraîchement accueilli le 28 avril 1939, à l’hôtel de ville où Henri Tasso fut élu président du conseil municipal. Il semble, si l’on se réfère au témoignage de M. Génébrier, chef du cabinet de Daladier à cette époque, que Tasso se soit fort bien accommodé de cette situation. Cependant, après le discours radiodiffusé de Paul Reynaud, le 29 juillet, et les décrets-lois frappant la ville de Marseille (plusieurs centaines de travailleurs licenciés), les élus et les syndicats protestèrent à la fois contre le principe des décrets-lois et leur application néfaste, sous prétexte d’économies. Tasso, lui, fit adopter à l’unanimité une résolution où il demandait que le conseil municipal soit consulté — et non tenu à l’écart systématiquement — sur toutes les mesures à prendre. Le conseil entier soutint les revendications des municipaux et des hospitaliers.

Mais cette unité prit un autre caractère après le Pacte germano-soviétique. Le 28 août 1939, en effet, le groupe socialiste du conseil municipal vota à l’unanimité l’ordre du jour suivant : « Considérant que la trahison de la Russie soviétique venant renforcer la menace allemande, lui fait un devoir de se refuser à participer à toute manifestation organisée par le PC. » Cet ordre du jour fit suite à celui adopté par l’ensemble du conseil municipal, et dont Tasso se réjouit, évoquant « la récente unanimité dans les questions de solidarité humaine » et « l’union patriotique indispensable dans la plus grande ville de France », et de la « collaboration sans réserve à l’administration » des élus communaux.

Désormais, Tasso ne gouverna plus réellement Marseille. Au sein de son parti même il se heurta à des rivalités. Il fit partie des sénateurs qui votèrent, en juillet 1940, la délégation des pouvoirs au maréchal Pétain. Dès le 20 septembre, le conseil municipal de Marseille fut suspendu et remplacé par une délégation spéciale. Henri Tasso se retira de la vie politique. En 1941, un drame familial le frappa durement : sa fille, son gendre et son petit-fils se noyèrent en mer au cours d’une violente tempête.

Henri Tasso mourut dans sa villa d’Allauch. Le Petit Provençal consacra le 14 février puis le 16, une colonne et demie à sa nécrologie et au compte rendu de ses obsèques. Si le nom de la SFIO n’apparaît pas dans ces articles, l’expression « idéal socialiste » était employée à propos de la carrière. Une foule immense assista aux funérailles et des manifestations de sympathie, émanant de syndicats ou de délégations de marins, pêcheurs, petits boutiquiers et magasiniers, conseillers prud’hommes aussi bien que la Chambre de commerce, par la voie d’Émile Régis, rendirent hommage à sa mémoire.

Après la guerre, un groupement des amis d’Henri Tasso fut constitué, témoignant des nombreuses sympathies qu’il avait, personnellement, su se concilier. De nos jours, dans les quartiers reconstruits du Vieux-Port, il existe une rue « Henri-Tasso » et un monument, sculpté en 1951 par Oscar Eichaker, érigé place de Lenche.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article132049, notice TASSO Henri par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 2 août 2015.

Par Antoine Olivesi

Henri Tasso
Henri Tasso

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M2/19 ; II M3/55, 56, 57, 59, 60, 61 et 62 ; III M/29, 33, 36, 48, 53 ; IV M/14 et 15 ; V M2/224, 225, 245 et 255, 276, 283, 289, 290 ; M 6/3400, 10793, 10843 et 11379. — Arch. Com. Marseille. — Le Petit Provençal, 1907- 16 février 1944 (nécrologie). — Le Petit Marseillais, 2 novembre 1907, 13 mai 1935, 2 février 1939. — Marseille-Matin, octobre 1937. — Le Sémaphore, 27 avril 1932. — Rouge-Midi, 26 mai, 24 novembre, 15 et 22 décembre 1934. — Massalia, octobre 1929. — Le Bavard. — Marseille, octobre 1936 (biographie et photo) et numéros suivants. — Indicateur marseillais, 1914. — Bulletin municipal officiel, mai 1935-septembre 1940. — Album des personnalités de Marseille (photo). — A. Olivesi, « Les anciens maires de Marseille : Henri Tasso (1882-1944) », Marseille, n° 100, 1975 ; « L’itinéraire politique d’Henri Tasso », Conférences de l’Institut historique de Provence, janvier-février 1992. — B. Bouisson, L’Anticléricalisme à Marseille, op. cit. — M. Boudet et M. Varlin, Les élections de 1924 à Marseille, op. cit. — M. d’Agostino, L’Implantation socialiste à Marseille, op. cit. — M. Tournier, Les Grèves dans les Bouches-du-Rhône, op. cit. — Rens. de A. Brégante et H. Coste, Jacqueline Lalouette, Madame Digout et Marguerite Longnon.

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