THIVRIER Isidore [THIVRIER Joseph, Isidore]

Par Justinien Raymond

Né le 5 octobre 1874 à Commentry (Allier), mort le 5 mai 1944 au camp du Natzwiller-Struthof (Bas-Rhin) ; commerçant en vins puis industriel ; militant et élu socialiste de l’Allier ; député ; résistant.

Isidore Thivrier
Isidore Thivrier

Isidore Thivrier était le troisième fils du « député en blouse » Christophe Thivrier*. L’aîné, Alphonse Thivrier, maire de Commentry, mourut en 1936. Le second, Léon Thivrier*, conseiller général et député de 1902 à 1919, mourut fin 1920. Isidore, le cadet qui poursuivit le combat de son père et de ses aînés devait connaître un destin tragique.

A la mort de son père, Isidore Thivrier allait avoir vingt et un ans. Alors que son frère Léon poursuivait, à Paris, ses études de médecine, la charge de la famille reposa sur l’aide qu’avec son frère Alphonse, il pouvait apporter à sa mère dans le commerce de vins qu’avait créé, avant d’être député, son père. La maison « Veuve Thivrier et ses fils » demeura active et réputée pendant de nombreuses années.

Au cours de la Première Guerre mondiale, Isidore Thivrier put reprendre l’exploitation des mines de Bézenet-Montvicq, abandonnées par les anciens concessionnaires et qui devinrent un refuge pour les militants ouvriers chassés de leur emploi après les dures grèves de 1920. La situation confortée allait-elle ranger du côté des « possédants » et des conservateurs de l’ordre social le fils du député révolutionnaire de Commentry, du premier maire socialiste du monde ? Il n’en fut rien. Isidore Thivrier demeura fidèle aux traditions familiales, servit son parti par sa générosité et son action militante. Le 14 décembre 1919, il remplaça au siège de conseiller général de Commentry son frère Léon, malade, en battant M. Martenot, fils de l’ancien maître de forges et député que son père avait jadis combattu. Un an après, survint la scission. Isidore Thivrier resta à la SFIO et fut l’un des reconstructeurs de la Fédération de l’Allier.

Aux élections législatives du 11 mai 1924, Isidore Thivrier fut élu député de l’Allier sur la liste d’action socialiste par 45 565 voix. En 1928, avec le retour au scrutin d’arrondissement, il choisit la 1re circonscription de Montluçon, celle qu’avaient représentée son père et son frère. Il vint en tête avec 6 162 voix. Le candidat de droite Mage en obtint 4 389 et bénéficia, pour le second tour, du désistement du réactionnaire Fervel, camouflé en socialiste indépendant (1 059 suffrages). Le communiste Louis Venuat* maintint sa candidature, mais passa de 4 283 à 3 548 voix. Dreux, de la « défense des contribuables » avait obtenu 686 voix. Au second tour, Isidore Thivrier battit Mage par 7 913 voix contre 5 207. Il avait déjà été réélu au conseil général en 1925. Il le fut encore en 1931 et en 1937, et en octobre 1928, il était devenu vice-président du conseil général de l’Allier. A la Chambre des députés, il siégeait aux commissions des Mines et de l’Agriculture. En 1932, il fut réélu au premier tour de scrutin par 9 912 voix sur 19 398 inscrits, contre Jean-Baptiste Aucouturier*, communiste (3 152) et un communiste dissident (925). L’année suivante et pour trois ans, Isidore Thivrier présida le conseil général de l’Allier. Aux élections législatives de 1936, Thivrier conserva son siège de justesse par 7 103 voix sur 19 544 inscrits, contre 7 013 au communiste Pierre Valignat*. Les 20 et 27 décembre 1936, à la mort de son frère aîné, il fut élu conseiller municipal et maire de Commentry. De 1937 à 1939, il assura le secrétariat de la Fédération socialiste de l’Allier. Il était alors membre suppléant de la CAP (motion Blum). Le 10 juillet 1940, devant l’Assemblée nationale de Vichy, Isidore Thivrier refusa la délégation de pouvoir au maréchal Pétain.

En janvier 1941, le gouvernement de Vichy inscrivit Isidore Thivrier, à son insu, sur la liste des membres du Conseil national qu’il créait. Voulait-il faire montre de « libéralisme » en nommant un opposant à Vichy ? Ne voulait-il pas plutôt faire pièce à un autre élu de l’Allier, opposant à Vichy, Marx Dormoy* ? Isidore Thivrier se rendit à une séance de la commission d’information générale devant laquelle il déclara : « Notre constitution républicaine n’a pas connu que la défaite ; elle a fait jadis la France victorieuse, elle a créé l’Empire français, elle nous avait rendu les deux chères provinces d’Alsace et de Lorraine. Elle avait fait de la France une terre d’asile et de liberté. Elle a ouvert le champ du savoir pour nos enfants, sans distinction d’origine ni de caste. Elle a relevé la condition ouvrière et paysanne. Il ne faut donc pas accuser la démocratie et ses »promesses menteuses » de tous les désastres nationaux, publics ou privés. » Isidore Thivrier concluait en réclamant l’ouverture des camps de concentration et le rétablissement des municipalités élues. Puis il démissionna de ce qui était si évidemment un Parlement croupion en tentant, en vain, d’entraîner quelques-uns de ses collègues.

Demeuré à la tête de la mairie de Commentry où il maintint ostensiblement le buste de la République et une fresque représentant le « député en blouse », il y reçut le maréchal Pétain le 1er mai 1941. A son hôte qui lui demandait qui représentait la fresque, Isidore Thivrier répondit : « C’est mon père, le premier maire socialiste du monde. Son portrait rappelle à tous les Commentryens sa foi qui sera toujours respectée par son fils. » Mais, en ces temps troublés, la courte présence de Thivrier au Conseil national et la visite du maréchal Pétain à Commentry donnèrent lieu à de pénibles équivoques. Si le gouvernement de Vichy avait voulu jeter le trouble dans l’opinion d’un département d’opposition, il avait réussi. Mais cela dura peu. Quand, au début de 1943, le gouvernement de Vichy déclara que les conseil municipaux maintenus en place étaient considérés comme ayant adhéré à l’ordre nouveau, Isidore Thivrier appela, le 27 février, son conseil à protester, ce qu’il fit, et la protestation fut affichée et diffusée. Le lendemain, il adressa au préfet de l’Allier sa démission de maire. « Aujourd’hui, écrivit-il, si j’ai bien compris le communiqué, rester signifie approuver une politique. Or, les deux actes de ma vie politique depuis la Révolution nationale, sont deux actes d’opposition puisque j’ai été des 80 parlementaires qui ont voté contre les pleins pouvoirs et que j’ai démissionné du Conseil national où la volonté d’un homme m’avait porté malgré moi... Je tiens à vous rappeler, poursuivait-il, que la ville de Commentry a été la première municipalité socialiste du monde. Elle garde, peint sur ses murs, le portrait de son maire, l’homme en blouse, qui est resté dans la légende sociale et qui continue à vivre dans le cœur du dernier de ses fils. C’est pour rester fidèle à cette mémoire que je suis demeuré au milieu des miens, à un poste lourd et difficile, pendant une période où les plus solides popularités ne peuvent que décliner, uniquement afin d’atténuer, pour ceux qui avaient confiance en moi, les douleurs de l’heure présente. Mais ce serait trahir le souvenir de mon père que de rester après avoir renié sa pensée. »

Le 4 mars 1943, Isidore Thivrier confirmait sa démission. Mais le gouvernement qui, à l’évidence poursuivait un but politique, attendit encore trois mois pour prononcer la dissolution du conseil municipal. Libéré de ses tâches municipales, Thivrier donna tout son temps à l’action clandestine. Il entra dans le réseau « Marco-Polo ». Sa propriété de Montassiégé devint un centre de rencontres, de liaisons et d’émissions. Un indicateur de police s’étant introduit dans le groupe, Thivrier fut arrêté par la police allemande, en gare de Vierzon, le 12 octobre 1943. Emprisonné à Bourges pendant quatre mois et demi, condamné à vingt ans de réclusion pour espionnage au profit des alliés par le tribunal allemand d’Orléans, il fut emprisonné à Fresnes et Compiègne, avant d’être déporté au camp du Struthof le 14 avril 1944. Sa conduite, aux dires d’un compagnon de misère y fut exemplaire jusqu’au jour de sa mort.

Cette mort était encore inconnue lorsque le Parti socialiste en son congrès de rénovation tenu à Paris (novembre 1944), maintint Isidore Thivrier au sein de la SFIO. Le 24 avril 1945, le jury d’honneur présidé par René Cassin, lui réserva sa première décision en le relevant de l’inéligibilité prévue par l’ordonnance du 2 avril 1944. En 1947, la médaille de la Résistance lui fut décernée à titre posthume.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article132498, notice THIVRIER Isidore [THIVRIER Joseph, Isidore] par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 22 juin 2020.

Par Justinien Raymond

Isidore Thivrier
Isidore Thivrier

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — J. Jolly, Dict. parl. — C.r. du congrès extraordinaire du PS à Paris (novembre 1944). — G. Rougeron, Isidore Thivrier, Montluçon, 1954. — Arch. Secrétariat AC et victimes de guerre.

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