THOMAS Jean-Marie

Par Pierre Goujon et Gilles Morin

Né le 22 janvier 1895 à Saint-Genès-du-Retz (Puy-de-Dôme), mort le 28 février 1967 à Cuisery (Saône-et-Loire) ; professeur ; député socialiste de Saône-et-Loire (1946-1948).

Jean-Marie Thomas
Jean-Marie Thomas

Fils d’un cultivateur qui s’installa à Gannat (Allier), Jean-Marie Thomas débuta dans l’enseignement comme instituteur. Pendant la guerre, sergent, il fut blessé. Toujours mobilisé, il se maria le 23 juin 1919 à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) avec Marie, Marguerite Gravier, originaire de Gannat, sans profession, fille d’un employé des chemins de fer. Il termina ses études et fut nommé professeur de lettres et d’histoire à l’école technique Diderot à Paris puis à l’école professionnelle de Châlon en 1920. Il fut secrétaire de l’Union des syndicats ouvriers de Saône-et-Loire de 1921 à 1923 et fut alors remplacé par Marius Mourlevat*. Par la suite, il se consacra à la section socialiste de Châlon dont il fut secrétaire ; malgré cela il fut suspecté en 1923 d’être affilié à l’Union anarchiste parce qu’abonné au Libertaire. Il fit campagne contre le bloc national sans être candidat, en 1924. L’année suivante, son opposition à la guerre du Rif lui attira quelques ennuis avec l’administration. Cette même année pourtant il fut élu, le 17 mai, premier adjoint au maire socialiste de Châlon, Potonnier*, et commença ainsi une carrière politique de notable socialiste facilitée par les fortes positions acquises par la SFIO dans la région châlonnaise.

D’abord conseiller général de Châlon-Sud en 1925, Jean-Marie Thomas devint, à partir de 1928, le député inamovible de la 2e circonscription de Châlon. En 1928, il obtint 5 248 voix au premier tour et fut élu au second tour (8 315 voix sur 14 433 votants). Il fut ensuite réélu au premier tour en 1932 (7 845 voix sur 17 335 inscrits) et 1936 (7 541 voix sur 17 258 inscrits). C’est dire qu’une forte influence personnelle vint s’ajouter à l’attraction traditionnelle de la SFIO. Mais le socialisme de J.-M. Thomas, comme celui des autres personnalités du parti à Châlon (voir Georges Nouelle*) eut un visage des plus modérés ; par exemple en 1938 Thomas prit position en faveur des accords de Munich et soutint au congrès de la Fédération de Saône-et-Loire la motion Paul Faure qui condamnait les armements et les pactes. Il fut un parlementaire très actif, membre de diverses commissions, travaux publics, hygiène, agriculture, finances, Algérie, colonies et protectorats. Réformiste, il centra son action sur trois catégories, les victimes de guerre, obtenant l’élargissement des ayant-droits, les instituteurs pour lesquels il put faire améliorer la carrière et les agriculteurs, dont il réussit à faire agrandir le nombre des bénéficiaires des assurances sociales. Il travailla aussi activement à l’assainissement du marché du vin. De 1937 à 1940, il fut rapporteur du budget des pensions pour les anciens combattants.

Parti avec d’autres parlementaires sur le Massilia, Jean-Marie Thomas arriva à Casablanca le 24 juin 1940 et ne prit donc pas part au vote des pouvoirs constituants au maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Ayant repris ses fonctions de professeur adjoint de l’enseignement technique, il était surveillé par les autorités de Vichy et par les nazis. Il subit deux perquisitions de la Gestapo. Jugé « passif » durant l’Occupation par les résistants, il participa aux combats de la Libération de Paris. Aussi le comité départemental de Libération émit-il un avis « très réservé » sur son cas.

Jean-Marie Thomas participa au congrès de la Fédération SFIO de Saône-et-Loire, le 5 novembre 1944. Il y prit la défense de Paul Faure et Georges Nouelle*. Majoritaires au congrès fédéral (avec 851 mandats contre 337), Thomas et Théo-Bretin* qui représentaient les « paulfauristes » ne furent pas admis à la conférence nationale des fédérations socialistes reconstituées des 9 au 12 novembre qui décida leur exclusion. Il fut cité sur des affiches et des documents comme membre de la CAP du « vieux parti socialiste » mais il refusa de suivre Paul Faure et Théo Bretin au PSD, particulièrement influent dans ce bastion paulfauriste, et continua à proclamer son attachement à la SFIO. Il écrivit à Daniel Mayer*, le 27 février 1946 pour expliquer son attitude pendant l’Occupation qu’il jugeait « nette et sans équivoque ».Il demanda sa réintégration dès mars 1946, avec le soutien de la direction fédérale de Saône-et-Loire. Le congrès fédéral demanda unanimement l’annulation de la décision de novembre 1944, le 25 août 1946.

De décembre 1946 à novembre 1948, Jean-Marie Thomas fut conseiller de la République. La liste socialiste qu’il conduisait n’eut aucun élu au renouvellement du Conseil en novembre 1948. Il siégea à l’Assemblée de l’Union française, choisi par le groupe socialiste de l’Assemblée nationale le 1er mars 1950 et réélu de même le 12 juillet 1952. Le 14 octobre 1952, il est nommé secrétaire de cette Assemblée dont il fait partie jusqu’à sa dissolution en 1958. Le 9 octobre 1954, au sein de la commission de la défense, il est l’un des minoritaires qui se prononcent pour la ratification de la Communauté européenne de défense. Il divorça en 1954.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article132552, notice THOMAS Jean-Marie par Pierre Goujon et Gilles Morin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 22 septembre 2015.

Par Pierre Goujon et Gilles Morin

Jean-Marie Thomas
Jean-Marie Thomas

SOURCES : Arch. Nat. F7/13014, F17 27335 — Arch. Dép. Saône-et-Loire, série M, 41 M. — Arch. Ass. Nat.— Arch. de l’OURS — Jean JollyDictionnaire des Parlementaires français, 1889-1940, Paris, PUF, 1960-1977. — La Dépêche socialiste. — L’Union républicaine. — Notes de Jacques Girault.

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