THORENT Louis, Jacques

Par André Balent

Né le 27 décembre 1884 à Sahorre (Pyrénées-Orientales), mort le 23 août 1951 à Sahorre ; mineur ; secrétaire du syndicat CGT des mineurs de Sahorre ; membre du conseil national de la Fédération des travailleurs du sous-sol (CGT) ; maire socialiste de Sahorre (1923-1941 et 1946-1951) ; conseiller général ; Résistant (AS).

Né dans une famille de sept enfants — son père Michel Thorent, cordonnier à Sahorre avait trente-et-un ans en 1884 et sa mère, Catherine Alazet avait vingt-sept ans —, Louis Thorent entra à la mine dès l’âge de quatorze ans et assista aux efforts d’organisation syndicale puis politique des mineurs de Sahorre où existaient, avant 1914, un syndicat CGT, une section socialiste et une coopérative ouvrière de consommation (voir Augustin Santgerma). Sans doute participa-t-il à la grande grève des mineurs du Conflent, en 1906, qui dura plusieurs mois et s’acheva par une victoire éclatante sur les Compagnies. Nous ignorons cependant si, avant 1914, il était un militant actif de la CGT et du Parti socialiste. Il se maria le 10 mai 1911 à Py (Pyrénées-Orientales) avec Claire, Marie Gout. Mobilisé fin juillet 1914, Louis Thorent fut nommé caporal le 18 juin 1915 puis détaché aux mines de Sahorre le 28 août 1915. Rentré au dépôt le 18 mai 1916, il fut, à compter du 12 juin 1917, affecté aux mines d’Albi (Tarn). Démobilisé, il revint à Sahorre où, bientôt, il devint le leader des mineurs.

En 1919-1920, il était responsable de l’important syndicat CGT des mineurs de Sahorre. Élu au comité de l’Union départementale des syndicats CGT des Pyrénées-Orientales par le congrès du 5 septembre 1920, il fut, en novembre de la même année, un des signataires de l’appel : « Pour le respect des droits syndicaux. » Dans les années 1920 et 1930, Louis Thorent demeura secrétaire du syndicat des mineurs de Sahorre même lorsqu’il eut quitté la mine pour s’installer comme marchand d’étoffes ambulant. Lorsqu’il fut réélu à la commission administrative de l’UD-CGT des Pyrénées-Orientales par le congrès du 30 septembre 1923, celle-ci groupait vingt-quatre syndicats. Il siégea également au conseil national de la Fédération des travailleurs du sous-sol.

Pendant de nombreuses années, Louis Thorent fut secrétaire de la section socialiste SFIO de Sahorre. Le congrès fédéral de la SFIO des Pyrénées-Orientales du 24 juin 1924 l’élut à la CAF où il siégea pendant de nombreuses années. Élu maire de Sahorre en 1923, il fut réélu en 1925, 1929 et 1935. Élu conseiller général du canton d’Olette lors du renouvellement partiel du 19 juillet 1925, il avait obtenu 616 voix au second tour sur 1 275 inscrits. Au scrutin du 18 octobre 1931, il fut élu dès le premier tour avec 584 suffrages sur 1 242 inscrits (voir Michel Rius) et réélu le 10 octobre 1937.

À partir des années 1935-1936, Louis Thorent réussit à endiguer, à Sahorre, la progression du Parti communiste qui devenait hégémonique dans les autres villages miniers du Conflent notamment à Escaro et à Corneilla-de-Conflent (voir Pierre Comes). La rivalité entre le Parti socialiste et le Parti communiste parmi les mineurs conflentais eut des incidences dans la CGT réunifiée. Entre 1936 et 1939, les mineurs de Sahorre qui suivaient Louis Thorent et les mineurs d’Escaro, dont le leader syndical était le communiste Paul Galindo, s’opposèrent. Ce fut notamment le cas lors de la grève du 30 novembre 1938, Louis Thorent étant hostile à la participation des mineurs de Sahorre à ce mouvement. En mars 1940, il fut maintenu à son poste de délégué du personnel malgré l’opposition des mineurs communistes dont le parti avait été dissous.

Sous l’Occupation, Louis Thorent fut dénoncé au préfet vichyssois comme étant hostile à la Révolution nationale. Les maréchalistes de Sahorre l’accusèrent de "freiner par tous les moyens la création de la section de la Légion dans la commune". et de dénigrer "systématiquement le gouvernement du Maréchal". Après qu’il eut été révoqué de son mandat de maire, une délégation spéciale prit en mains l’administration de la commune de Sahorre. Cette délégation spéciale fit examiner sa gestion municipale par un inspecteur de police spéciale qui ne put rien trouver permettant d’inculper Louis Thorent. Il participa pourtant à la Résistance. Il était en contact étroit avec ses enfants, notamment avec son fils Michel, membre du mouvement « Combat » puis des MUR. Lui-même faisait partie de l’AS. Il fut l’un des adjoints de Jean-Baptiste Durand alias "Roch" responsable départemental du Service des atterrissages et parachutage. Il participa au repérage des terrains susceptibles de recevoir des parachutages

À la Libération, une partie des lettres qui dénonçaient Louis Thorent fut communiquée à ce dernier par Marcel Clos, un socialiste, sous-préfet de Prades. Si Louis Thorent n’avait pas été inquiété au moment de l’Occupation, ce fut sans doute grâce à l’intervention discrète d’employés de la sous-préfecture de Prades qui interceptèrent au moment opportun cette correspondance.

Louis Thorent redevint maire de Sahorre en 1945 et le demeura jusqu’à sa mort. Au renouvellement général des conseils généraux de septembre 1945, il fut battu dans le canton d’Olette par le communiste François Vidal dès le premier tour de scrutin.

Jusqu’à sa mort, Louis Thorent demeura membre du Parti socialiste SFIO.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article132608, notice THORENT Louis, Jacques par André Balent, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 22 mai 2019.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet, liasse 177. — Arch. com. Sahorre, état civil. — Le Cri catalan, 1920-1926. — Roger Bernis, Les Pyrénées-Orientales sous la IVe République, Th., Montpellier, 1971. — Horace Chauvet, La Politique roussillonnaise de 1870 à nos jours, Perpignan, 1934. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résitance catalane, II b, De la Résistance à l’occupation, Prades, 1998, p.473, p. 616. — Rens. de M. Loup, maire de Sahorre (1983). — Archives familiales. — Témoignages de Paul Galindo* et André Peyre* recueilis à Escaro (1974).

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