TILLOY Eugène, Jules

Par J. Raymond et Gilles Pichavant

Né à Rouen le 9 octobre 1878 à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 8 octobre 1961 à La-Neuville-Chant-d’Oisel (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; professeur à l’école professionnelle, instituteur ; Socialiste SFIO ; Député, conseiller général et maire de Sotteville.

Eugène TILLOY dans <em>Les Fédérations socialistes II</em> d’Hubert-Rouger,
Eugène TILLOY dans Les Fédérations socialistes II d’Hubert-Rouger,

Fils naturel non reconnu, fils de Juliette Tilloy, modiste, Eugène Tilloy fut élevé par l’instituteur de Notre-Dame de Franqueville (Seine-Inférieure). En 1878, il habitait chez sa mère, à Elbeuf. En 1879 il fut ajourné du service militaire pour raisons de santé, mais il fut finalement intégré 14 novembre 1900. Libéré en septembre 1901, il fut passé dans la réserve. En 1902, il fut nommé instituteur au Havre et habita rue Casimir Delavigne. En septembre 1904, il fut nommé à Rouen. Malade du cœur, il fut réformé le 27 août 1909.

Militant de la fédération socialiste de Seine-Inférieure au lendemain de l’unité de 1905, il en devint le trésorier en 1906. De 1908 à 1912, il fut rédacteur en chef du journal Le Semeur, créé à Rouen en 1906 par Ernest Poisson. Il fut avant tout le propagandiste socialiste, l’éveilleur d’idées, multipliant dans les villes, les bourgs et les villages causeries éducatives et conférences publiques. Esprit positif et clair, il se fit connaitre et apprécier au delà de la banlieue ouvrière de Rouen, dans les secteurs ruraux assez imperméable aux idées d’avant-garde, ce qui lui pemit par la suite de remporter maints succès électoraux.

Aux élections législatives de 1906, il n’obtint que 414 voix dans la 1re circonscription de Rouen, mais, en 1907, il fut le premier élu socialiste au conseil d’arrondissement dans le canton de Sotteville (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) : il recueillit 1552 et 2005 suffrages aux deux tours de scrutin. En juillet 1910, il fut élu conseiller général au premier tour, avec 1970 voix, étant le seul élu socialiste de l’assemblée départementale.

En 1908, il avait été élu conseiller municipal de Sotteville sur la liste socialiste et nommé premier adjoint au maire. Mis en demeure par le gouvernement d’opter entre les fonctions d’instituteur et celles d’adjoint au maire, il demeura instituteur. En 1910, aux élections législatives, dans la 2e circonscription de Rouen, Tilloy, avec 4880 voix, devança le candidat radical, mais le marquis de Pomereu, royaliste, l’emporta au second tour. En 1914, dans la même circonscription, il retrouva 4890 voix. En mai 1912 il fut tête de liste de la liste socialiste aux élections municipales de à Sotteville. Elle triompha avec une moyenne de 2000 suffrages, contre 1200 à une liste de coalition de modérés et de radicaux, et devint maire de la ville. Il fut un des fondateurs de l’Amicale des instituteurs de Seine-Inférieure, tout en étant coopérateur actif à la « Solidarité sottevillaise ».

Tilloy représenta la fédération socialiste de Seine-Inférieure et celle de l’Eure aux congrès nationaux du PSU-SFIO de 1909 (Saint-Étienne, de 1911 (Saint-Quentin), de 1912 (Lyon) et de 1914 (Amiens). Pendant la guerre, il prit une attitude conforme à la majorité du parti. Au congrès tenu à Paris en décembre 1916, il portait 21 mandats favorables à la politique de défense nationale, tandis que son camarade Gustave Courage en portait 10 des minoritaires.

Comme conseiller général et maire de Sotteville, membre d’un parti participant au gouvernement d’Union nationale, il fut fortement sollicité comme médiateur lors des grandes grèves de juin 1917, qui eurent lieu dans la région rouennaise, dans la confection, la filature et le tissage. Ces grèves avaient été déclenchées dans la foulée des grèves parisiennes dites "des midinettes". Le préfet comptabilisa plus de 22 000 grévistes dans 110 entreprises pendant trois semaines, quasi-exclusivement des femmes. Les grèves furent marquées par de nombreuses manifestations et meetings, notamment à Sotteville. En juin et en septembre, Tilloy présida ces meetings, notamment ceux du Bois de la Garenne à Sotteville. S’il favorisa la solution des conflits, tout en incitant les ouvrières à organiser leurs syndicats, il se fabriqua de solides inimitiés au sein du parti socialiste et dans le mouvement syndical, en défendant le choix gouvernemental de n’accorder la semaine anglaise qu’aux femmes de la confection, et d’en reporter son application à la fin de la guerre pour les autres corporations, ainsi qu’en combattant vigoureusement l’idée d’une nouvelle grève générale au 1er octobre 1917. La majorité de la fédération socialiste bascula à la minorité dans cette période, et lors du congrès national de novembre, Tilloy ne porta plus que 10 mandats contre 21 à Courage qui devint secrétaire de la fédération départementale en mars 1918.

En 1919, il fut réélu conseiller général par 2 714 voix, conserva la mairie de Sotteville après un plein succès de sa liste et, s’il fut battu aux élections législatives dans le cadre d’un scrutin de liste départemental, il recueillit 42 770 voix sur 142 913 votants, devançant de plus de 1 000 voix son colistier le plus favorisé, Poisson (41 739), alors qu’il occupait le dixième rang des onze candidats présentés par ordre alphabétique. Aux élections sénatoriales de janvier 1920, en tête de la liste des cinq candidats socialistes, il obtint 87 suffrages, tandis que 76, 72, 68 et 67 allèrent à ses compagnons.

En janvier 1921, Tilloy opta pour le maintien du parti socialiste, refusant le choix fait par la majorité du congrès de Tours. Il fut l’élément moteur de la reconstruction de la fédération socialiste, les majoritaires ayant transformé l’ancienne fédération en fédération du nouveau parti communiste. En 1924, il fut élu député socialiste SFIO au scrutin de liste. Le 22 avril 1928, lors du 1er tour des élections législatives dans la 2e circonscription de Rouen, il obtint 5 673 voix, mais fut devancé par Maurice Gautier, candidat communiste, lui aussi député sortant, qui en obtint 6 292. Maurice Gautier l’avait largement devancé sur le canton de Sotteville, y réunissant 3795 voix contre 2422. Tilloy se désista en sa faveur. Mais le 29 avril 1928, M. Gautier fut battu au 2e tour par l’industriel Edmond Blondel, avec 9 736 voix contre 11 398 ; Bien qu’il ne fut plus candidat, 211 voix se portèrent sur son nom. Toujours maire de Sotteville, il ne retrouva que 3 315 voix aux législatives de 1932 et se retira en faveur du candidat radical.

Arrêté en juin 1944, à la suite de difficultés avec les communistes, il se trouva écarté de la vie politique par le Comité de Libération.

Eugène Tilloy s’était marié le 15 février 1904 à Rouen avec Anne-Julie Jacky. Il mourut le 8 octobre 1961 à La-Neuville-Chant-d’Oisel (Seine-Inférieure, Seine-Maritime)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article132688, notice TILLOY Eugène, Jules par J. Raymond et Gilles Pichavant, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 3 janvier 2016.

Par J. Raymond et Gilles Pichavant

Eugène TILLOY dans <em>Les Fédérations socialistes II</em> d’Hubert-Rouger,
Eugène TILLOY dans Les Fédérations socialistes II d’Hubert-Rouger,

ŒUVRE : E. Tilloy collabora au Semeur, de 1908 à la disparition de cet hebdomadaire rouennais en 1912.

SOURCES : Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., p. 607 à 614, passim. — L’Humanité, 9 juin 1912. — G. Pailhès, Rouen et sa région pendant la guerre, 1939-1945, Rouen, 1948, in-8°, 312 p. — Arch. Dép. de Seine-Maritime, cotes 10M 351 et 352, registre matricule 1R3038. — Journal de Rouen, 10 juin 1917 — Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960. — État civil.

ICONOGRAPHIE : L’Humanité, 9 juin 1912. — Hubert-Rouger, op. cit., p. 607.

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