TOURLY Robert, Siméon

Par Nicolas Offenstadt

Né le 18 février 1888 à Saint-Leu d’Esserent (Oise), mort le 23 décembre 1966 à Montmorency (Val-d’Oise) ; journaliste ; militant socialiste, communiste puis pacifiste.

Robert Tourly naquit dans une famille catholique de sept enfants, d’un père instituteur puis agriculteur. Il étudia au lycée de Beauvais, obtint son baccalauréat puis entra en rhétorique supérieure à Lille où il eut comme condisciple Roger Salengro*. Il était alors déjà gagné, selon son expression, aux « théories subversives ». En 1911, Tourly adhéra à la SFIO. Il milita dans l’Oise et collabora au Prolétaire de l’Oise (fondé en 1912). L’année suivante, il entra dans la Franc-maçonnerie. Tourly débuta comme journaliste professionnel à La Démocratie de l’Aisne dont il devint rédacteur en chef en 1913. La guerre interrompit ses activités. Mobilisé le 2 août 1914, il fut fait prisonnier le mois suivant.

Démobilisé en juillet 1919, Robert Tourly reprit son métier de journaliste et entra comme rédacteur en chef au Franc-parleur de l’Oise, organe de la SFIO. Il fut également membre de la commission administrative de la Fédération socialiste (1919) et de celle de l’Union départementale CGT (1920). En 1919, Tourly fut élu conseiller municipal de Saint-Leu d’Esserent et le resta jusqu’en 1925.

Ses convictions le portaient alors vers le communisme. Élu délégué au congrès de Strasbourg (février 1920), il ne semble pas s’y être rendu. Délégué au congrès de Tours, il plaida pour l’adhésion à la IIIe Internationale et appartint à la SFIC dès sa création. En janvier 1921 il fut appelé comme rédacteur à l’Humanité. Lors du congrès de Paris (octobre 1922), il fut élu au Comité directeur du parti, comme représentant de la tendance du Centre. Il fut nommé quelques jours après secrétaire de rédaction du journal. Mais Robert Tourly se rapprocha vite de ceux qui menaient l’opposition à la ligne de l’Internationale et notamment de Victor Méric. Il fut écarté de la rédaction de l’Humanité en décembre 1922. Il signa le manifeste du Comité de résistance communiste aux décisions imposées par le IVe congrès de l’IC. Tous les signataires furent exclus du parti en janvier 1923. Ceux-ci et notamment Tourly, Victor Méric*, son frère Aimé Méric*, Georges Pioch*, Henri Torrès*, Bernard Lecache*, Charles Lussy* ainsi que Louis-Oscar Frossard* fondèrent le Parti communiste unitaire qui devint le Parti socialiste-communiste. Tourly fut nommé secrétaire de rédaction de leur organe l’Égalité. Mais l’organisation s’étiola progressivement et Tourly, comme Méric et Pioch, abandonna le militantisme de parti.

Robert Tourly continua sa carrière de journaliste engagé et devint ainsi rédacteur en chef de Paris-Soir (1924) puis du Soir (1926-1932) journaux de gauche grand public où se retrouvèrent bon nombre des dissidents de 1923 : V. et A. Méric, Lussy, H. Torrès (Paris-Soir), L.-O. Frossard, C. Lussy, V. Méric, G. Pioch, Gabriel Reuillard* (Le Soir). Parallèlement Robert Tourly participa aux activités des anciens combattants pacifistes et fut rédacteur en chef du périodique le Combattant.

Pour lui, comme pour Victor Méric, dont il fut l’ami intime, le pacifisme s’imposa progressivement comme la préoccupation majeure. Ce dernier créa son journal pacifiste intégral, La Patrie humaine, en 1931. Il confia bientôt le poste de rédacteur en chef à Tourly qui en fit, jusqu’à la guerre, son activité principale. Tourly appartint aussi à la Ligue internationale des combattants de la paix que Méric avait fondée la même année. Organe du pacifisme intégral, La Patrie humaine resta le journal de la LICP jusqu’en 1933, date à laquelle Méric, soutenu par Tourly et Roger Monclin*, administrateur du journal, s’éloigna de la Ligue qu’il avait créée pour des raisons à la fois personnelles, organisationnelles et doctrinales. La Patrie humaine apparaissait alors comme le journal d’un pacifisme anarchisant qui ne convenait pas à tous les membres de la Ligue. Après la mort de Méric, fin 1933, Robert Tourly en devint le directeur, la soutenant régulièrement de ses fonds personnels. La rupture fut consommée en 1934 avec la LICP qui créa son propre journal. Malgré l’affaiblissement qui en résulta, la Patrie humaine connut quelque succès, publiant des textes de Jean Giono*. Soutenue discrètement par Roger Martin du Gard, elle tirait en 1938 à 10 000 exemplaires. Une réconciliation éphémère eut lieu avec la LICP dont elle redevint l’organe (novembre 1936-août 1937). Tout au long des années trente, le journal de Tourly et Monclin fut un des lieux essentiels d’expression du pacifisme intégral, tandis que les Amis de la Patrie humaine servait de structure de soutien.

Tourly défendit également ses idées par le livre et notamment par des récits de voyage qui appuyaient par l’exemple l’argumentaire pacifiste. En septembre 1939, il signa le tract « Paix immédiate » rédigé par Louis Lecoin*, ce qui lui valut d’être poursuivi en justice avec les cosignataires. A la différence de nombre d’entre eux, il ne renia pas sa signature.

Sous l’Occupation, Robert Tourly devint secrétaire de rédaction du Matin, journal de Bunau-Varilla devenu pro-nazi, mais il affirma ne pas y avoir écrit une ligne. Il fut, d’ailleurs, licencié fin 1942. Il entra au Secours national, en 1943, par l’intermédiaire de son ami Henri Sirolle*, et occupa le poste de chef de division à l’Entr’aide d’hiver. En 1944, il fut l’objet de perquisitions pour « menées communistes » sans que les sources précisent à quoi correspondait l’accusation.

Après la guerre, Robert Tourly continua son métier de journaliste : rédacteur à L’Aurore, il y fut également cruciverbiste. Il ne renia pas son pacifisme intégral, écrivant dans la revue de Lecoin Défense de l’homme et soutenant sa campagne pour la reconnaissance de l’objection de conscience.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article132914, notice TOURLY Robert, Siméon par Nicolas Offenstadt, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 18 avril 2020.

Par Nicolas Offenstadt

ŒUVRE : Les Reflets, Poèmes, Lausanne, Armand Lapie, 1918. — Berlin-Varsovie-Dantzig, le conflit de demain, André Delpeuch, 1928. — Maroc, Éd. du Tambourin, 1930. — Derrière les brumes de la Vistule, Éd. de la Nouvelle revue critique, 1931. — A travers la Russie Nouvelle, vol. 1 : De Moscou au Caucase ; vol. 2 : Du Caucase à Moscou, Éd. Sirius, 1932. — Hitler, (en collaboration avec Zino Lvosky ; préf. de P. Mac Orlan), Éd. du Siècle, 1932.

SOURCES : Arch. Robert Tourly, Madame Colette Tourly-Laignoux, Montmorency. — B.M.P., Mfm n° 30. — Archives de Jules Humbert-Droz, Origines et débuts des Partis communistes des pays latins, 1919-1923, Dordrecht, 1970. — Le Franc-parleur de l’Oise, 1919-1922, passim. — L’Humanité, 18 janvier 1923. — La Patrie humaine et le Barrage, passim. — Le Combattant (le mutilé parisien-le mutilé alpin), novembre-décembre 1966. — Liberté, 1er février 1967. — L. Lecoin, Le Cours d’une vie, édité par l’auteur, 1965. — N. Offenstadt, Victor Méric, de la guerre sociale au pacifisme intégral, DEA, IEP. de Paris, 1990. — N. Offenstadt, Histoire de la Ligue internationale des combattants de la paix, M.M., Paris I, 1991. — Entretien avec Colette Tourly-Laignoux et son fils J.-F. Laignoux. — Rens. mairie de Saint-Leu-d’Esserent. — Notes de J.-P. Besse et de Jacques Girault.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément