TREAT Ida dite Francès ou Francis

Par Annie Burger

Née le 4 mars 1889 à Joliette (Illinois, États-Unis), morte le 26 mars 1978 à Poughkeepsie (état de New York) ; professeur de langue et de civilisation française, paléontologue ; grand reporter à Vu, écrivain.

Issue d’une famille protestante aisée, établie aux États-Unis depuis le XVIIe siècle, fille d’un ingénieur qui vendait ses inventions aux grandes entreprises métallurgiques, Ida Treat qui fit des études à Western Réserve, vint à Paris en 1912 et soutint, à la Sorbonne, un doctorat de Lettres en français sur un gentilhomme vénitien du XVIIIe siècle. Durant ce premier séjour parisien, elle se lia avec la famille de Chirico chez qui elle habitait.

Ida Treat revint en France en 1919, pour y passer une année sabbatique. En cherchant à faire la connaissance de Raymond Lefebvre* chez Méla Muter* à Neuilly, elle rencontra Paul Vaillant-Couturier*. Le couple se constitua très vite et Ida Treat décida de rester en France. Elle collabora alors régulièrement jusqu’en 1924 à la revue Clarté et fréquenta les militants du Comité de la IIIe Internationale. Cependant elle ne donna jamais son adhésion au Parti communiste.

Lorsqu’à l’été 1921 Paul Vaillant-Couturier fit partie de la délégation française au IIIe congrès de l’I.C., Ida Treat l’accompagna et à son retour publia une série d’articles, dans Clarté, sur la vie culturelle en Russie bolchevique. A l’automne 1922, malade, elle passa plusieurs mois en Allemagne, à Berlin et en Forêt noire. Elle rassembla alors la documentation dont se servit Vaillant-Couturier pour écrire sa brochure Trois mois de misère en Allemagne. Le 31 octobre 1923, après avoir fait annuler son premier mariage, elle épousa Paul Vaillant-Couturier à Bobigny. Elle reprit des études, désirant obtenir un doctorat de sciences, et suivit, à partir de 1923, des cours à l’Institut de paléontologie humaine et au Museum d’histoire naturelle. Elle soutint son doctorat sur les fossiles du permien marin de Madagascar en 1927. Ayant accompli ses travaux pratiques de géologie avec le père Teilhard de Chardin, elle se lia d’amitié et correspondit avec lui tout au long de sa vie. En 1924-1926, elle entreprit trois campagnes de fouilles en Ariège et exhuma un squelette azilien (conservé à Boston). Jusqu’en 1929, l’Humanité lui ouvrit les colonnes de sa page culturelle dans laquelle elle rendit compte des recherches menées par les paléontologues du monde entier. En septembre de cette année, sa collaboration fut suspendue en même temps que celle de Vaillant-Couturier.

Pour des raisons financières — son mari étant condamné à de fortes amendes — Ida Treat fit deux tournées de conférence aux États-Unis aux printemps 1929 et 1930. A la demande de Vaillant-Couturier, elle contacta la maison d’édition Lippincott qui édita The French boy (titre anglais de Enfance). Entre-temps, ayant choisi de s’orienter vers le journalisme, elle rencontra Henri de Monfreid grâce à Teilhard de Chardin et partit en Mer rouge ; elle donna un récit de ce voyage dans Vu (avril 1931), repris en anglais dans le National geographic. Ida Treat qui parlait couramment l’anglais, le français, l’allemand et peut être — avec moins de compétence — le russe, avait traduit avec Vaillant-Couturier les Lettres du Front et de la geôle de Karl Liebknecht, parues en 1924 aux Éditions de l’Humanité. En 1934, ils cosigneront la traduction du Lénine de D. S. Mirsky.

A l’automne 1931, elle alla retrouver Paul Vaillant-Couturier en URSS et l’accompagna en Sibérie où ils virent un camp rassemblant des « koulaks ». Pendant ce séjour, elle fut — le couple vivant très librement — la maîtresse du dirigeant communiste allemand Hermann Remmele.

En 1933, Ida Treat collabora régulièrement au magazine Vu pour le compte duquel elle fit une enquête en Allemagne. Après un voyage en Chine d’octobre 1933 à janvier 1934 au cours duquel elle retrouva Teilhard de Chardin à Pékin et fit la connaissance d’Edgar Snow et de sa femme, elle réalisa, en 1934, un numéro spécial consacré à ce pays. Après son retour, Vaillant-Couturier et elle entamèrent leur séparation, en février 1934, le divorce datant officiellement du 10 juin 1937. L’été 1934, elle partit en reportage dans le Pacifique, à Tahiti. Elle fit la connaissance d’un jeune officier de marine, André Bergeret, qu’elle devait épouser en 1939.

Pendant la guerre et l’Occupation, Ida Treat vécut retirée dans sa maison de Bretagne, à Bréhat, située non loin de celle des Cachin et achetée en 1927 à la famille Sadoul dont elle était intime.

A la Libération, elle choisit de retourner aux États-Unis et fut professeur au Vassar College à Poughkeepsie jusqu’à sa retraite en 1960. Elle publia quelques souvenirs dans le New Yorker puis en fit un livre intitulé : In Paris it was spring.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article133045, notice TREAT Ida dite Francès ou Francis par Annie Burger, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 9 février 2021.

Par Annie Burger

ŒUVRE : A rock of France, trad. J. Wurmlinger sous le titre Une île dans la tourmente de la guerre : une Américaine à Bréhat, C. Corlet, 1997.

SOURCES : Journaux et revues citées. — Fonds Bergeret (Vassar College). — Bibliothèque marxiste de Paris. — Wurmlinger Jacqueline éd. Ida retrouvée regroupant différents articles publiés par Ida Treat.

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