TRIHOREAU Régine, Charlotte née Dailly

Par Gérard Boëldieu Jacques Girault

Née le 31 mars 1905 à Mayet (Sarthe), morte le 1 juin 1993 à Martel (Lot) ; institutrice dans la Sarthe ; militante du SNI ; résistante ; militante socialiste, puis communiste.

Ses parents, « enfants naturels non reconnus de père », étaient d’anciens pupilles de l’Assistance publique de la Seine. Mariés le 9 juin 1900 à Écommoy (Sarthe), ils eurent une fille et un garçon. Son père, Henri Dailly, né le 5 septembre 1875 à Paris (XVIIe arr.), au fil de ses résidences successives, occupa divers emplois tels garçon-meunier puis domestique à Écommoy, journalier à Mayet, manœuvre, ouvrier de scierie ailleurs. Mobilisé le 7 août 1914, il mourut dans les combats de la guerre en 1918 : « porté disparu dans la nuit du 15 au 16 octobre 1918 à la Maison-Bleue près de Laon dans l’Aisne » (fiche matricule militaire). Sa mère, Virginie Masson, née le 17 octobre 1878 à Paris (Ve arr), fut tour à tour couturière, ouvrière, domestique. Régine Dailly, pupille de la nation par jugement du tribunal civil de La Flèche du 22 février 1921, entra à l’École normale d’institutrices du Mans. Son frère, Pierre Dailly, né le 17 décembre 1907 à Écommoy, normalien au Mans de 1923 à 1926, appartint à la même promotion qu’André Trihoreau, son futur beau-frère.

Au sortir de l’école normale, en 1925, Régine Dailly, titulaire du brevet supérieur, après un bref stage à Coudrecieux, fut nommée à Courdemanche. Rapidement titularisée, elle y exerça pendant trois ans. Nommée en 1928 à Grandchamp, elle y resta un an. En octobre 1929 elle rejoignit La Chapelle-Saint-Rémy (canton de Tuffé) en même temps qu’André Trihoreau de retour du service militaire. Ils se marièrent religieusement le 7 novembre 1929 à Valennes, commune natale de celui-ci. De 1929 jusqu’à sa retraite en 1960, Régine Trihoreau exerça en tant qu’adjointe dans trois écoles dirigées par son mari, instituteur socialiste puis communiste à partir de 1945 : jusqu’en 1953 à La Chapelle-Saint-Rémy, de 1953 à 1956 à La Chartre, chef-lieu de canton (école à trois classes), de 1956 à 1960 à Arnage, au sud du Mans (école à six classes), où elle devint un temps directrice d’un cours postscolaire agricole. Athées tous les deux, ils adoptèrent un orphelin.

Elle se syndiqua à partir de 1926. A partir de 1936, membre du Parti socialiste SFIO jusqu’en 1939, elle était la responsable départementale des femmes socialistes.

Pendant la guerre, à La Chapelle-Saint-Rémy, elle fut en contact avec des communistes résistants à la fin de 1942. Elle aida son mari engagé dans la Résistance et en 1944 participa au ravitaillement du groupe du Mouvement de Libération nationale de Connerré. Une rédactrice de l’Humanité la contacta et elle participa à la diffusion de tracts clandestins et de journaux. Selon Robert Jarry, elle recevait des journaux illégaux, les dactylographiait et les diffusait.

Au Syndicat national des instituteurs, membre de la FEN-CGT puis de la tendance unitaire après la scission, elle fit partie du bureau départemental de la section du SNI de la Sarthe de 1946 à 1957. Elle siégea à la Commission administrative paritaire départementale : élue comme titulaire en octobre 1948, suppléante en avril 1952 puis novembre 1954. De même au Conseil départemental de l’enseignement primaire, elle fut élue comme titulaire en décembre 1948, réélue en décembre 1951 et janvier 1954. À la rentrée scolaire de 1957, elle demanda à être libérée de toutes ses fonctions syndicales.

Elle adhéra au Parti communiste français le 1er mars 1945 à Tuffé. Secrétaire-adjointe de la cellule communiste, membre du comité de la section communiste de Tuffé, elle était la responsable de l’éducation. Dite “conseillère d’études“, en décembre 1951, dans le cadre de “l’année d’étude individuelle“ impulsée par la fédération sarthoise, elle réunit chez elle jusqu’à sept militants et sympathisants d’origines diverses (trois paysans, deux ouvriers, deux institutrices) pour lire, commenter et discuter des textes émanant du PCF. Elle entra au comité de la fédération communiste en 1946, reconduite jusque dans les années 1950.

À deux reprises elle fut présentée par son parti dans la Sarthe lors d’élections au Conseil de la République : en troisième (dernière) position en 1948, seule candidate à l’occasion d’un renouvellement partiel en mai 1952. À l’élection législative de 1951 elle figura en troisième position sur la liste communiste comptant cinq noms. Elle fut candidate, battue au premier tour, au Conseil général dans le canton de La Suze, proche d’Arnage, en avril 1958.

A partir de 1946, elle était membre du comité départemental de l’Union des femmes françaises, puis entra au bureau et au secrétariat, responsabilité qu’elle exerçait toujours en 1958. En 1962, elle en était présidente. Elle fut déléguée au congrès de Marseille d’avril 1949. À la Chapelle-Saint-Rémy, elle implanta un Comité UFF qui organisa un “arbre de Noël“ en 1948. En janvier 1950, au Mans, elle organisa une soirée récréative pour 350 enfants de chômeurs. Fin 1952, elle participa, dans les cantons de Connerré et de Vibraye, à la préparation des “assises des femmes paysannes“ qui se tinrent à Saint-Denis. Le 6 mars 1962, lors de la séance cinématographique organisée au Mans par le comité départemental de l’UFF dans le cadre de la journée internationale des femmes, elle prononça une courte allocution avant la projection du film d’Allemagne de l’Est, Lissy.

Elle militait aussi dans les “Amies de la paix“. Entre 1956 et 1962, contre la guerre d’Algérie, elle participa activement aux campagnes de pétitions du Mouvement de la paix.

Le couple Trihoreau figura parmi les fondateurs du groupe folklorique “La Gouline sarthoise“, né à l’ENI en 1950.

Retraitée elle s’installa avec son mari à Martel (Lot). Ils revinrent dans la Sarthe puis retournèrent dans le Lot. Elle décéda cinq jours après son mari.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article133139, notice TRIHOREAU Régine, Charlotte née Dailly par Gérard Boëldieu Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 3 janvier 2017.

Par Gérard Boëldieu Jacques Girault

SOURCES : Arch. dép. Sarthe : acte de mariage de Henri Dailly et Virginie Masson à Écommoy ; fiche matricule militaire de Henry Dailly (1895) ; listes nominatives d’Écommoy, de Mayet, de Valennes, de La Chapelle-Saint-Rémy de 1906 à 1936 ; 660 W 125 Afrique du Nord 1954-1957 (Rapports des Renseignements généraux) ; archives du Mouvement de la paix déposées par Henry Lelièvre*. — Arch. Paris : actes de naissance de Henri Dailly et de Virginie Masson. — Arch. mun. de Mayet. —Arch. mun. du Mans : Ø 1112 Rapports journaliers du commissaire central au maire (voir rapports de 1962). — Archives du comité national du PCF. — Bulletin départemental (Sarthe) de l’Enseignement primaire. — L’Instituteur Syndicaliste, organe de la section sarthoise du SNI. — Presse quotidienne locale. — La République sociale de l’Ouest, 4 avril 1937, 4 et 5 mars 1938, 27 mai 1938. — Les organes successifs de la fédération sarthoise du PCF : L’Aurore sarthoise de février 1946 à mai 1953 (avec brève autobiographie dans le numéro des 21-27 septembre 1951), Les Nouvelles de la Sarthe, 23 ◊mars 1958 — R. Jarry, Les Communistes au cœur de la lutte des travailleurs sarthois, 1920-1970, Le Mans, 1970, 2 vol., t. 1, p. 132.

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