TROISGROS Simone née FLECK Simone

Par Joceline Chabot

Née le 27 novembre 1904 à Paris (Xe arr.), morte le 8 février 1993 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ; employée dans la métallurgie ; militante des syndicats chrétiens puis secrétaire adjointe de la CFTC puis de la CFDT ; conseillère municipale MRP de 1945 à 1948.

Simone Troisgros, entre Henri Krasucki  et Georges Séguy, lors d’une manifestation
Simone Troisgros, entre Henri Krasucki et Georges Séguy, lors d’une manifestation

Fille de Félix François Fleck, plombier, et de Clémence Louise Saintier, journalière, Simone Fleck, fille unique, perdit son père à l’âge de trois ans. Quelques années plus tard, sa mère se remaria et la famille déménagea à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) où son beau-père travailla comme jardinier dans une grande propriété et sa mère comme concierge. Elle fréquenta l’école libre et obtint le Certificat d’études primaires. Les inégalités sociales de cette ville, encore très aristocratique, frappèrent fortement Simone Fleck qui, dès lors, chercha le meilleur moyen de promouvoir une plus grande justice sociale. En 1918, elle fut placée en apprentissage comme couturière. Un an plus tard, elle quitta la couture pour un emploi chez un transporteur puis, en 1920, entra dans un atelier de métallurgie comme magasinière et ensuite comme acheteuse.

Sa rencontre, en 1919, avec Suzanne Martin, une des dirigeantes de la Fédération française des Unions des syndicats professionnels féminins — plus connue sous le nom de la Fédération du boulevard des Capucines —, avait déterminé son engagement militant. Munie de sa carte CFTC, Simone Fleck se présenta à la section féminine de Saint-Germain-en-Laye. A l’instar de nombreuses militantes de la fédération, Simone Fleck suivit pendant trois ans les cours du « 4e dimanche » à l’École normale sociale (ENS), rue du Docteur-Blanche à Paris (XVIe arr.). Sous la direction d’Andrée Butillard* et Aimée Novo, l’ENS dispensait des cours de formation axés sur l’encyclique Rerum Novarum, ainsi qu’un enseignement pratique portant sur la législation du travail. Simone Fleck y fit l’apprentissage de la prise de parole en public et pendant plusieurs années allait être propagandiste auprès des jeunes ouvrières, notamment celles de la haute couture parisienne où les syndicats féminins avaient déjà réalisé une percée.

Elle fut également membre de l’Union féminine civique et sociale, fondée par Andrée Butillard, et fit alors de la propagande en faveur du vote des femmes. En 1920, elle participa activement à l’élection de Maria Bardot* au conseil des prud’hommes. Dans l’entreprise métallurgique où elle travaillait, elle lutta pour obtenir de meilleures conditions de travail et aussi des vacances payées.

Préoccupée en effet par la question des loisirs, Simone Fleck adhéra au mouvement scout en 1924 où elle fut guide puis cheftaine. Ce fut lors d’une fête scoute qu’elle rencontra son futur époux, Bernard Troisgros, également syndiqué à la CFTC. Marié le 28 juin 1927 à Saint-Germain-en-Laye, le couple s’installa à Saint-Denis (Seine). Simone Troisgros adhéra à la section locale des syndicats féminins dont elle devint la secrétaire. En 1935, elle eut un fils.

1936 marqua un tournant dans l’action militante de Simone Troisgros. Depuis plusieurs années, les sections syndicales féminine et masculine de Saint-Denis travaillaient en étroite association car, contrairement à de nombreuses militantes des syndicats féminins, Simone Troisgros se montrait favorable à une plus grande collaboration avec les syndicats masculins. Suite aux grèves de mai-juin, l’union des deux sections de Saint-Denis devint effective et elle fut élue secrétaire générale. Dès lors, la section commune disposa d’un local à la Bourse du Travail. De 1936 à 1939, elle s’engagea intensément dans l’action syndicale : elle milita aux commissions jeunesse, théâtre et culture, témoignant ainsi de son intérêt pour la question des loisirs en milieu populaire.

En 1939, avec la guerre, la section lui confia les documents dont elle disposait. Selon son témoignage, engagée dans la Résistance à Saint-Denis, Simone Troisgros tenta d’empêcher les travailleurs de se laisser entraîner par la campagne en faveur de la Charte du Travail. Au lendemain de la Libération, le MRP lui demanda de se présenter aux élections municipales à Saint-Denis. Élue en 1945, elle retrouva son siège à l’issue du scrutin de 1947 mais démissionna en 1948 étant surchargée de travail. Pendant plusieurs années, elle cessa toute activité politique et ce ne fut qu’en 1974 qu’elle adhéra au Parti socialiste.

En 1944, la CFTC ayant décidé de dissoudre les organisations féminines et de les incorporer aux syndicats masculins, Simone Troisgros devint alors permanente régionale. Suite à la défection de nombreuses militantes au lendemain de 1944, elle dut travailler à réorganiser les bases d’une action auprès des travailleuses et institua alors les commissions féminines s’intéressant tout particulièrement à la question de formation. A la demande de Maurice Bouladoux* et en raison de son expérience de syndicalisation des travailleurs et travailleuses, elle remplaça en 1948 Marie-Louise Danguy* au secrétariat de la commission confédérale féminine et fut nommée, au début de 1949, secrétaire générale adjointe de la CFTC poste qu’elle occupa ensuite à la CFDT jusqu’à sa retraite à la fin de 1969. En 1949, elle fut déléguée à la commission de formation de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC) qui devint ensuite la Confédération mondiale du travail (CMT). Jusqu’en 1970, elle fut présidente du Conseil international des travailleuses de la CMT. De 1950 à 1952, elle fit partie du Bureau international du travail (BIT) et fut de ceux qui rédigèrent la motion de la convention n° 100 sur l’égalité des salaires. De 1962 à 1968, Simone Troisgros représenta la CFTC puis la CFDT au Conseil économique et social. En 1970, elle accepta à la demande de la CMT d’être sa représentante à l’UNESCO. Elle fit partie du comité permanent des ONG jusqu’à sa démission en 1985.

Tout au long de ces années, Simone Troisgros ne cessa de s’intéresser à la question des loisirs, elle fut durant vingt-cinq ans secrétaire générale de l’OCCAJ et, à ce titre, participa en 1956 à la fondation du bureau international du tourisme social dont le siège est à Bruxelles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article133177, notice TROISGROS Simone née FLECK Simone par Joceline Chabot, version mise en ligne le 2 novembre 2016, dernière modification le 2 novembre 2016.

Par Joceline Chabot

Simone Troisgros, entre Henri Krasucki  et Georges Séguy, lors d’une manifestation
Simone Troisgros, entre Henri Krasucki et Georges Séguy, lors d’une manifestation

SOURCES : Arch. personnelles Gaston Tessier. — Bilans, n° 404, 25 février 1954. — Témoignage de l’intéressée. — État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément