TURREL Aimé, Armand, Louis

Par Maurice Moissonnier

Né le 14 septembre 1904 à Saint-Trivier-de-Courtes (Ain), mort le 10 mai 1974 à Bron (Rhône) ; militant syndicaliste et communiste, combattant des Brigades internationales ; résistant.

Fils d’un facteur de première classe au PLM et d’une tisseuse en soie, Aimé Turrel, après ses études primaires, travailla épisodiquement avant de trouver, à dix-sept ans, un emploi stable. Il exerça de nombreux métiers : garçon de buvette au buffet de la gare de Vénissieux, décolleteur à l’usine Berliet, aide électricien à la Société des produits chimiques Coignet à Lyon, magasinier aux Constructions électriques de France, magasinier au matériel électrique SW à Villeurbanne et, à partir de septembre 1934, cantonnier à la voirie vicinale de la mairie de Vénissieux.

A dix-huit ans, Aimé Turrel donna son adhésion aux Jeunesses communistes et entra à la CGTU lorsqu’il fut embauché à l’usine Berliet en 1926. Il milita en outre à la Jeunesse sportive et gymnique du travail (FSGT). Il ne fréquenta pas, semble-t-il, d’école du Parti communiste et acquit une formation dans la pratique et par la lecture de brochures éditées par les Éditions sociales internationales (ESI).

Aimé Turrel faisait preuve d’un courage physique qui frôlait la témérité. Ainsi, le 18 août 1934, alors qu’il était secrétaire d’une des cellules communistes de Vénissieux, il se rendit presque seul au stade « Laurent-Gérin » pour y dénoncer la présence à une fête qui s’y déroulait des cosaques blancs djiguites. Violemment pris à partie par des adversaires politiques, il fut blessé. Le 20 août suivant, alors que, chômeur, il se rendait au pointage, il fut arrêté sous l’inculpation de coups et blessures. Le maire socialiste de Vénissieux intervint pour le faire relâcher, mais Turrel fut condamné en correctionnelle à quinze jours de prison. A la même époque, il fut, sans succès, candidat du Parti communiste aux élections cantonales du 7 octobre 1934 dans le canton d’Heyrieux (Isère), voisin de Vénissieux.

A la fin de juillet 1936, avec son ami Marius Brunand*, Aimé Turrel rejoignit les républicains espagnols. C’était une décision individuelle, mais prise avec l’assentiment de la fédération régionale du PC.

A Figueras, ces deux volontaires furent récupérés par un recruteur du POUM et se retrouvèrent à Barcelone au siège de ce parti installé à l’hôtel Falcon. Le 10 août, tous deux se portèrent candidats pour le front d’Aragon, mais la colonne ainsi formée fut arrêtée près de Caspe par les forces de la CNT-FAI qui incorporèrent les deux lyonnais. Ils aboutirent dans le groupe de Louis Berthomieu formé d’anarchistes français en tant qu’élément autonome de la colonne Durruti. La compagne de ce dernier, Émilienne Morin*, une française, leur prêta son appui, ce qui leur permit d’entrer dans l’entourage direct du leader anarchiste.

Blessé au cours d’opérations, Aimé Turrel séjourna de septembre à novembre 1936 à l’« hôpital du peuple », calle de Provenza 388, contrôlé par la CNT. En février 1937, on le retrouve, toujours avec Brunand, dans les rangs de la batterie internationale « Anna-Pauker » qui opère sous les ordres de Gaston Carré*, sur le front du Jarama en liaison avec trois brigades espagnoles. Turrel est alors lieutenant d’artillerie. Du printemps à la fin septembre 1938, il participa à la bataille de l’Ebre, avant son retour en France, en octobre, à la suite du retrait des Brigades internationales.

Aimé Turrel reprit à Lyon ses activités militantes. A la veille de la guerre, le 26 août 1939, il fit partie du groupe de cinq militants qui distribuèrent à la sortie des usines Berliet un tract interdit du comité régional du PCF défendant le bien fondé du Pacte germano-soviétique sous le titre « Vive la paix ». Il fut poursuivi et condamné pour acte défaitiste.

Mobilisé, il fut affecté au camp de Luitel-Roybon (Isère) à la 5e compagnie de travailleurs, formée d’éléments soumis à la surveillance.

Aimé Turrel participa à la Résistance, puis, après la guerre, occupa à Lyon (Guillotière) une fonction de manœuvre routier aux Ponts et Chaussées.

Il mourut d’un cancer à la gorge. Au début de sa maladie, il avait transcrit sur un carnet qu’il portait sur lui ses dernières volontés : « Je veux être enterré sans cérémonie, sans discours, je ne veux qu’un cercueil en sapin et un drapeau. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article133297, notice TURREL Aimé, Armand, Louis par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 21 janvier 2022.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : Arch. AVER. — Arch. Dép. Rhône, 4 M 244. — J. Delperrié de Bayac, Les Brigades internationales, Fayard 1968. — La Voix du peuple, 25 août 1924, octobre 1934 et année 1938. — Documents familiaux transmis par Joëlle Turrel, nièce du militant.

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