VALENTIN Charles, Louis, Auguste

Par Yves Le Maner

Né le 9 janvier 1881 à Gravelines (Nord), mort le 22 septembre 1939 à Lille (Nord) ; avocat ; militant socialiste ; maire de Dunkerque (1925-1939) ; conseiller général, député du Nord (1936-1939).

Charles Valentin
Charles Valentin

La famille de Charles Valentin figurait parmi les notables de la petite ville de Gravelines. Sa mère était issue d’une vieille famille bourgeoise du Nord, quant à son père, originaire du sud de la France, il était clerc de notaire et poussa son fils à entreprendre des études juridiques. Charles Valentin devint avocat.

Très tôt intéressé par la politique, il se démarqua progressivement de son milieu d’origine et devint, à la veille de la Première Guerre mondiale, président de la section dunkerquoise de la Ligue des droits de l’Homme. Candidat républicain-socialiste aux élections législatives de 1910, il subit un sévère échec qui l’incita à se rapprocher de l’électorat ouvrier et adhéra au Parti socialiste SFIO. Sous sa nouvelle étiquette, il enleva le siège de conseiller général de Gravelines lors des cantonales de 1913.

Au lendemain de la guerre, Charles Valentin fut nommé président de la section socialiste de Dunkerque. En 1919 il perdit son siège au conseil général. Très modéré sur le plan idéologique, il s’opposa vivement à l’adhésion à la IIIe Internationale et lorsqu’il présida, le 17 novembre 1921, la réunion de la section d’arrondissement de Dunkerque, il eut la satisfaction de voir 31 voix s’exprimer pour le maintien au sein du Parti socialiste SFIO, contre 14 seulement en faveur du Parti communiste. Lors du congrès de la Fédération socialiste du Nord qui eut lieu quelques semaines plus tard, il put annoncer que toutes les sections dunkerquoises étaient restées fidèles au « vieux parti ». Nommé secrétaire du comité d’arrondissement de la SFIO, il entra à ce titre à la commission administrative fédérale où il devait siéger jusqu’à sa mort.

L’action politique de Charles Valentin s’exprima essentiellement dans le domaine électoral. Tête de liste à l’occasion des municipales de 1925, il fut élu maire de Dunkerque, les socialistes ayant emporté la majorité des sièges au conseil municipal ; il conserva ce poste jusqu’à sa mort, faisant surtout porter ses efforts sur la modernisation du port. Après la perte de son siège de conseiller général de Gravelines en 1919, il essaya à plusieurs reprises de réintégrer l’assemblée départementale mais dut attendre 1934 pour être réélu, cette fois dans le canton de Dunkerque-Ouest. Ses tentatives aux élections législatives furent également nombreuses avant de parvenir à un succès. Candidat malheureux au scrutin de liste en 1924, il échoua encore lors des élections générales de 1928 dans la 1re circonscription de Dunkerque, ne recueillant que 10 332 voix au 2e tour sur 29 504 inscrits. Quelques mois plus tard, le décès du titulaire, le conservateur Coquelle, amena une élection partielle le 4 novembre 1928, à l’issue de laquelle Charles Valentin ne fut devancé que de quelques dizaines de voix par Maurice Vincent ; le maintien du candidat communiste, Gustave Barra*, avait facilité la victoire de ce dernier. Malgré une nouvelle défaite, dans des circonstances identiques, en 1932, Charles Valentin ne se découragea pas, et, profitant de la tactique électorale du Rassemblement populaire qui avait déjà permis son succès au conseil général en 1934, il fut élu en 1936 député de la 2e circonscription de Dunkerque au second tour avec 15 142 voix contre 12 392 au sortant sur 33 838 inscrits. A l’Assemblée nationale, il appartint aux commissions de la marine marchande et de la marine militaire.

Malgré ce succès, Charles Valentin fut l’objet de multiples attaques émanant de tous les horizons politiques, y compris de son propre parti. En effet, cet avocat brillant et raffiné, poète à ses heures, appartenait à un monde bien différent de celui des ouvriers des docks qui constituaient l’essentiel de son électorat. Mis en accusation par de jeunes militants qui lui reprochaient sa faible activité militante, il décida de se démettre de ses fonctions de secrétaire du comité socialiste de l’arrondissement, au début de 1938. Il mourut accidentellement à Lille à l’âge de 58 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article133440, notice VALENTIN Charles, Louis, Auguste par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 3 août 2015.

Par Yves Le Maner

Charles Valentin
Charles Valentin

SOURCES : Arch. Nat. F7/13038. — Arch. Dép. Nord, M 35/8 ; 37/75, 84, 90B, 94 ; 154/104 et 154/291. — M. Tibier, MM, Lille III, 1975, op. cit.Dictionnaire des parlementaires français, 1889-1940, sous la direction de Jean Jolly, Paris, PUF, 1960-1972.

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