VARENNE Georges

Par Michel Cordillot

Né le 4 septembre 1896 à Saint-Fargeau (Yonne), mort vers le 15 septembre 1942 à Auschwitz-Birkenau (Pologne) ; instituteur ; communiste ; syndicaliste ; résistant.

Fils d’un instituteur, Georges Varenne sortit de l’École normale en 1915 et fut aussitôt mobilisé. Gazé devant Verdun, cinq fois blessé, il fut démobilisé en 1918 avec le grade de lieutenant. Très marqué par la guerre, il adhéra à l’Association républicaine des anciens combattants. Il avait refusé la Légion d’honneur qui lui avait été proposée.

Il adhéra au parti socialiste SFIO après sa démobilisation en 1919 ; il fut membre de la section de Nuits-sous-Ravières, puis secrétaire de la section de Saint-Fargeau (Yonne). Au moment du congrès de Tours, Georges Varenne suivit la majorité et rejoignit le Parti communiste avec l’ensemble des membres de sa section. Il resta secrétaire de la cellule ainsi formée. En 1925, il fut muté à Irancy, où il créa une cellule communiste dont il fut le secrétaire pendant quatre ans. Il fut ensuite secrétaire de la section d’Auxerre campagne, élu membre du bureau départemental, puis du bureau régional Yonne-Côte-d’Or.

Il se maria le 20 septembre 1919 à Brienon-sur-Armançon (Yonne) avec une institutrice, fille de cultivateurs. Veuf, il se remaria le 11 septembre 1924 à Saint-Fargeau avec une employée des postes. Il était père de trois enfants.

Instituteur, il exerça à Nuits-sous-Ravière, à Saint-Fargeau, puis à Irancy avant d’être finalement nommé en 1938 directeur d’école à Laroche-Saint-Cydroine (Yonne). Il avait été déplacé d’office à la suite des grèves de mai 1920, puis de nouveau inquiété en 1923 pour ses idées communistes.

Georges Varenne et ses frères, Robert Varenne (né en 1892, mort en 1927 des suites de ses blessures de guerre) et André Varenne militèrent au Syndicat national des instituteurs, tout en adhérant à la Fédération unitaire de l’Enseignement (sept adhérents à ses débuts). L’un d’entre eux avait été en 1920 secrétaire du syndicat de l’Enseignement CGT de l’Yonne. Toutefois, vers 1929, Georges Varenne et André Varenne furent en mesure de créer une section CGTU de l’Enseignement. En 1932, Georges Varenne était secrétaire du Cartel unitaire des Services publics de l’Yonne. De 1931 à 1934, il assuma en outre les fonctions de gérant du Bulletin du syndicat de l’enseignement laïque de l’Yonne. Professionnellement, Georges Varenne fut un ardent propagandiste des méthodes Freinet ; il fut aussi le fondateur dans son département de la Mutuelle d’assurance automobile des instituteurs de France (MAAIF).

Profondément pacifiste, Georges Varenne milita au sein du mouvement Amsterdam-Pleyel ; la guerre d’Espagne allait le persuader que le recours à la force serait inévitable contre le fascisme.

L’avènement du Front populaire l’amena à donner une part plus importante à ses activités politiques. En 1936, il était secrétaire du comité de Front populaire d’Irancy. Lors de la conférence régionale communiste où se constitua, en octobre 1936, la région communiste de l’Yonne, il présenta le rapport d’organisation et fut désigné pour faire partie du bureau régional du PC. Il se présenta également au conseil général dans le canton de Vermenton en 1937. En mars 1938, il était le secrétaire de la section communiste d’Auxerre-Campagne. Il fut, avec son frère André Varenne, l’un des principaux organisateurs de la grève du 30 novembre 1938 dans l’Yonne. L’inspecteur d’Académie, le 28 novembre 1940 notait qu’alors « son influence s’est exercée pour entraîner dans la grève tout le personnel enseignant de la commune ». Il précisait aussi qu’il était un « très bon enseignant ». Cette action devait servir de prétexte au préfet Bourgeois pour le révoquer le 10 décembre 1940.

Le 27 août 1939, Georges Varenne représentait la direction régionale communiste lors d’une réunion de militants locaux convoqués à Joigny pour examiner la situation résultant de la signature du Pacte germano-soviétique. Au terme des débats, il avertit les camarades présents que le parti risquait d’être mis hors la loi et leur demanda de constituer des stocks de papier et de prendre leurs dispositions pour fonctionner dans la clandestinité.

Mobilisé le 2 septembre 1939 comme lieutenant de réserve, Georges Varenne parvint lors de la débâcle à faire passer sa compagnie en zone libre où il fut démobilisé le 27 juillet 1940. Ses lettres et divers témoignages laissent penser qu’il se démarqua implicitement de la ligne défendue par le PCF durant cette période. De retour à Laroche, il reprit son poste de directeur d’école jusqu’à sa révocation, gagnant ensuite sa vie comme agent d’assurances. Contacté dès août 1940 par René Roulot*, il participa activement, à compter du mois d’octobre, à la réorganisation clandestine du PCF dans l’Yonne. Arrêté le 21 juin 1941 par la police allemande, il fut interné successivement à Troyes, Auxerre, puis au camp de Compiègne. Là, il occupa d’importantes responsabilités au sein du triangle de direction du parti (avec Georges Cogniot*). Désigné initialement pour figurer au nombre des partants lors de l’évasion du 22 juin 1942, Georges Varenne décida finalement de laisser sa place à un autre camarade. Redoutait-il d’une part d’exposer sa famille à des représailles et doutait-il d’autre part de l’opportunité de la lutte armée ? Quoiqu’il en fût, il fit partie des déportés du convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz, dont il fut le responsable politique, et mourut d’épuisement au camp de Birkenau, sans doute victime de l’épidémie de typhus.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article133751, notice VARENNE Georges par Michel Cordillot, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 28 décembre 2015.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Arch. Nat., F1a/3655, F7/13130. — Archives du Komintern RGASPI (Moscou), Fonds 495 270 1958 autobiographie de G. Varenne : ; 495 270 8353 : 517 1 1896. — Arch. du syndicat unitaire de l’Enseignement du Cher. — Bulletin du SNI de l’Yonne. — Le Travailleur, 23 avril 1920, 1932-1937. — Arch. familiales et témoignages de R. Bailly et R. Loffroy. — Claudine Cardon-Hamet, Les « 45 000 », mille otages pour Auschwitz. Le convoi du 6 1942, Paris, Graphein, 1997. — Notes de Jacques Girault.

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