VERNEIGES Paul, René

Par Jean-Yves Boursier

Né le 24 avril 1912 à Orléans (Loiret), mort le 23 juillet 1995 à Gap (Hautes-Alpes) ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant socialiste puis communiste.

Paul Verneiges
Paul Verneiges

Fils d’un cheminot à la compagnie du Paris-Orléans, révoqué à la suite de la grève de 1920, Paul Verneiges fut précocement attiré par les idées socialistes et antimilitaristes. Élève à l’École normale d’instituteurs d’Orléans, il en fut exclu en même temps que treize autres normaliens de différentes EN, pour refus de s’inscrire à la préparation militaire supérieure. Il poursuivit ses études à l’école primaire supérieure de Sens.

Jeune instituteur à Noyers (Yonne), Paul Verneiges adhéra au Parti socialiste SFIO en 1932 et se rangea dans la tendance « Action socialiste » animée par Jules Mallarte et Louis Alleaume qui préconisaient l’entrée des militants socialistes dans les comités de lutte contre le fascisme et la guerre, lancés lors du congrès d’Amsterdam. Paul Verneiges y adhéra et prit contact avec l’instituteur communiste Louis Aubry qui s’employait à les développer dans l’Yonne. Il participa au congrès de la salle Pleyel (1933), délégué par le Syndicat de l’enseignement CGTU de l’Yonne. Avec Aubry, il constitua plusieurs comités dans l’Auxerrois et le vignoble.
Paul Verneiges se maria le 8 mars 1932 à Nogent-sur-Vernisson (Loiret) avec Eugénie, Elisa Simon, sœur de Robert Simon, institutrice.

En 1935, à son retour du service militaire, les différentes sections socialistes lui refusèrent leurs cartes, conformément à la décision du congrès de Mulhouse (juin 1935) d’interdire aux militants socialistes de participer aux organisations « crypto-communistes ». Nommé dans le Senonais avec son épouse, il reporta son activité vers le syndicalisme, resta au comité Amsterdam-Pleyel puis adhéra au Parti communiste en 1936 qui l’accepta non sans réticences. A la même période, Louis Aubry quitta le PC en raison de son désaccord avec le pacte Laval-Staline (mai 1935) et critiqua la politique du Comité national du mouvement Amsterdam-Pleyel que défendait Verneiges.

A la rentrée de 1938, Paul Verneiges et son épouse demandèrent leur mutation dans l’Avallonnais mais se heurtèrent à l’opposition du préfet qui, entendant ménager Pierre-Étienne Flandin dont la région était le fief, refusa de signer leur affectation à Montigny, dans le Morvan. Il était, à la fin des années 1930, membre du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs. Il informait Julien Racamond, dirigeant national de la CGT, le 21 octobre 1938, que lors de la réunion du conseil syndical, le 28 septembre, un télégramme avait été envoyé aux parlementaires du département « Vous adjure de ne voter la guerre sous aucun prétexte » et que Pierre-Étienne Flandin, sénateur, avait remercié la section pour « son sympathique encouragement ». Le ministre de l’Instruction publique, Jean Zay, dut intervenir mais les amis de Flandin firent signer une pétition contre le couple qui participa à la grève du 30 novembre 1938 et fut suspendu sans traitement pendant dix jours.

Tous deux militaient à la cellule communiste de Saint-Léger-Vauban. Paul Verneiges entra au printemps 1939 au comité régional communiste de l’Yonne. En février 1939, il présenta le rapport au congrès de l’Yonne de « Paix et Liberté » dont il était secrétaire.

Mobilisé en septembre 1939 au 55e régiment d’infanterie alpine à Digne, il participa aux combats d’octobre 1939 dans la Sarre. Fait prisonnier en 1940, Paul Verneiges fut dirigé vers un Stalag de Westphalie. Après une tentative d’évasion manquée en novembre 1942, il fut envoyé dans un kommando de travail aux usines Krupp dans la Ruhr, puis à Hanovre et enfin au camp de représailles de Minen d’où il fut libéré en avril 1945. À l’automne 1939, le domicile des Verneiges avait été perquisitionné et lui-même fut révoqué en décembre 1940. Son épouse avait été suspendue sans traitement dès juin 1940.

De retour dans l’Yonne, Paul Verneiges devint permanent du Parti communiste, de 1945 à 1947, comme secrétaire fédéral à la propagande puis à l’organisation. Il fit un stage à l’école centrale du PCF à Paris en août 1947 mais, en octobre, il reprit son métier d’instituteur, tout en demeurant secrétaire fédéral. Il fut remis à la base et relevé du secrétariat en février 1948 pour avoir demandé des précisions sur la question yougoslave.

Instituteur à Bleigny-le-Carreau jusqu’en 1953 puis à Chemilly-sur-Yonne de 1953 à 1962, Paul Verneiges membre du comité de la section communiste de Ligny, puis à partir de 1956 secrétaire de la section communiste de Seignelay, restait membre du comité de la fédération du Parti communiste français. Lors de la conférence fédérale des 6-7 juin 1959, il revint sur la signification du rapport "confidentiel" Khrouchtchev qui avait été selon lui "ignoré et caché par le Parti" et argumenta sur son refus de choisir la voie pacifique pour le passage au socialisme. Aussi dans son rapport l’envoyé du comité central Roger Roucaute le qualifiait-il d’ "oppositionnel depuis le 20e congrès". Plus tard, lors de la conférence fédérale du 23 avril 1961, avec son épouse, il s’opposa au retrait de Robert Simon du comité fédéral et par la suite refusa de participer aux réunions du comité fédéral, selon un rapport de la section de montée des cadres (juillet 1962). Il administra le journal L’Yonne républicaine (créé par le comité départemental de Libération) où il représentait le PCF depuis 1955.

Divorcé, il se remaria le 12 juillet 1949 à Bleigny-le-Carreau (Yonne) avec Geneviève Guenot, résistante et déportée à Ravensbrück, conseillère générale de l’Yonne de 1945 à 1951, veuve de Léon Bouchard décédé en déportation en 1945. Membre du secrétariat de la fédération communiste jusqu’en 1957, elle redevint membre du seul bureau fédéral.

Paul Verneiges termina son activité professionnelle à Auxerre de 1962 à 1967 où il habitait en 1992.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article134178, notice VERNEIGES Paul, René par Jean-Yves Boursier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 16 mars 2021.

Par Jean-Yves Boursier

Paul Verneiges
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SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Arch. Clémendot (CRHMSS). — Le Travailleur. — C.r. conférence fédérale (30-31 mars 1946), Fédération communiste de l’Yonne. — Entretien avec le militant.— Notes de Jacques Girault.

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