VIDAL J. [DALINE Victor dit]

Par Jean-Louis Panné

Né en 1902 à Odessa, mort en 1985 ; journaliste, puis historien ; militant communiste oppositionnel exclu ; spécialiste du babouvisme.

Membre des Jeunesses communistes en Ukraine, Victor Daline fut promu responsable du travail politique et d’information des JC au début des années vingt. Installé à Moscou, il commença à travailler au comité central des Jeunesses communistes et collabora avec Bela Kun en 1923. Rédacteur occasionnel de la Pravda, il eut alors l’intention d’écrire une histoire du Komsomol. En accord profond avec les thèses du Cours nouveau de L. Trotsky et la « Lettre des 46 » adressée au comité central du PCUS le 15 octobre 1923, il intervint dans le débat en publiant, dans la Pravda, un article intitulé « Deux générations » qui fut signé par sept autres responsables des Jeunesses communistes et dans lequel il prit la défense de Trotsky. Ce document fut publié fin avril 1924 par Boris Souvarine en annexe du recueil de L. Trotsky, Cours nouveau. En janvier 1924, Victor Daline fit partie de la garde d’honneur auprès du cercueil de Lénine. Peu après il quitta le CC des JC et entra à l’Institut des professeurs rouges où il fréquenta les historiens M. Pokrovsky et David Riazanov. Il participa aux activités de l’Opposition unifiée, organisant notamment un collectif d’historiens qui s’était fixé comme tâche de collecter et conserver les tracts et publications de l’Opposition dans un dépôt situé à Smolensk. L’entreprise fut anéantie par le Guépéou.

Élève de N. Loukine, il étudia le mouvement socialiste en France et la Révolution françasie.

En 1929, Victor Daline se rendit en France. Les fonctions qu’il remplissait restent mal connues. Auditeur des cours d’Albert Mathiez* à la Sorbonne, il signa une lettre que huit historiens soviétiques adressèrent à ce dernier pour critiquer un article publié dans les Annales historiques de la Révolution française. Dans sa réponse, Albert Mathiez prit la défense de l’historien russe Eugène Tarlé emprisonné depuis plus d’un an et qualifia Daline et ses confrères soviétiques « d’instruments dans la main du pouvoir soviétique ».

Collaborateur des Cahiers du bolchevisme, Victor Daline publia en 1934 une Histoire du mouvement ouvrier français de la Commune à la Guerre mondiale, en français, préfacée par André Marty. Bâti autour de citations de Lénine, cet ouvrage est plus une succession de jugements politiques qu’une réelle approche historique. Les guesdistes, selon Daline, « ne furent pas des dialecticiens révolutionnaires » ; le réformisme de Jaurès, « non-marxiste » et « pacifiste petit-bourgeois », aurait été masqué par son assassinat.

De retour en Union Soviétique, Victor Daline fut arrêté en 1936, accusé de trotskysme, et condamné. Il effectua dix-sept années de prison entrecoupées de périodes de « liberté provisoire » qu’il mit à profit pour poursuivre ses études sur la Révolution française. Daline avait en effet entrepris des travaux sur Gracchus Babeuf et le babouvisme. Les archives du révolutionnaire (notamment les lettres à son fils, sa femme, ses écrits durant son procès) avaient été acquises dans le courant des années vingt par l’Institut Marx-Engels de Moscou, grâce à Boris Souvarine qui avait été employé par le directeur de l’Institut, le marxologue David Riazanov. En 1929 Victor Daline avait publié un premier ouvrage sur la Révolution française.

Après la Seconde Guerre mondiale, il édita les œuvres de Babeuf (Éditions de Moscou, I vol.), participa au colloque consacré à « Babeuf et le babouvisme » tenu en 1960 à Stockholm, publia une biographie de Babeuf très documentée (1963) et établit l’inventaire des manuscrits et imprimés de Babeuf en collaboration avec Albert Soboul*. Il entretint une correspondance suivie avec le spécialiste français du babouvisme, Maurice Dommanget* et fut membre du comité directeur de la Société des études robespierristes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article134442, notice VIDAL J. [DALINE Victor dit] par Jean-Louis Panné, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 26 juin 2021.

Par Jean-Louis Panné

ŒUVRE : Histoire du mouvement ouvrier français de la Commune à la Guerre mondiale, Bureau d’éditions, 1934, préface d’André Marty. — Grèves et crise du syndicalisme français avant guerre (en russe), Moscou-Léningrad, Éd. sociales et économiques d’État, 1935. — V. Daline, A. Saitta, A. Soboul, Inventaire des manuscrits et imprimés de Babeuf, Paris, 1966. — G. Babeuf à la veille et pendant la Révolution française, Éd. du Progrès, 1976. — V. Daline, A. Saitta, A. Soboul, œuvre de Babeuf, t. 1, Babeuf avant la Révolution, Éd. Sociales, 1977. — Hommes et Idées, Éd. du Progrès, 1983.

SOURCES : Jean Bruhat, Il n’est jamais trop tard (souvenirs), Albin Michel, 1983. — Claude Mazauric, « Autour de l’œuvre et la vie de Victor Daline (1902-1985) », Annales historiques de la Révolution française, n° 263, 1986. — La Critique sociale, juillet 1931. — M. Kun, « Victor Daline opposant », Cahiers Léon Trotsky, juin 1989. — L. Trotsky, Cours nouveau, 1924, p. 121-125. — A. Mathiez, « Choses de Russie soviétique », Annales historiques de la Révolution française, n° 44, mars-avril 1931. — Études historiques sur la Révolution francaise. Hommages à Victor Daline (1902‑1985), Sous la direction d’A. TCHOUDINOV, en collaboration avec D. BOVYKINE et G.TCHERTKOVA (en russe), avec des témoignages de V. Smirnov, Moscou, 1998, 322 p. Compte rendu dans Annales historiques de la Révolution française, n° 319, janvier-mars 2000. http://ahrf.revues.org/955

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