VIENNEY Paul, Adrien, Guillaume

Par Claude Pennetier

Né le 7 janvier 1902 à Alboussière (Ardèche), mort le 16 septembre 1966 à Paris (VIIe arr.) ; avocat de l’Humanité ; militant communiste en Algérie puis en France ; résistant.

Paul Vienney
Paul Vienney

Fils d’Amos Vienney, pasteur, et d’Elisabeth Chabert, Paul Vienney vécut toute sa jeunesse en Algérie. Son père, d’esprit libéral, y était pasteur et rédacteur en chef du Courrier du Dimanche, périodique du protestantisme en Afrique du Nord, dans lequel il publiait, en feuilleton, une histoire du protestantisme pendant la Révolution, histoire d’inspiration républicaine. Paul Vienney adhéra au Parti socialiste en 1918, à seize ans, par protestation sentimentale contre la guerre et par réaction contre l’inertie des autorités coloniales devant la famine qui frappait alors le Sud algérien. Étudiant en droit à la faculté d’Alger, il adhéra en 1919 à un groupe « d’étudiants socialistes et révolutionnaires » et commença à sympathiser avec la théorie marxiste. En 1920, il vota dans sa section socialiste pour d’adhésion à la IIIe Internationale et, militant communiste, pendant le deux années qui suivirent, il donna nombre d’articles politiques et littéraires, sous le pseudonyme de Jean Samain à Demain et à Lutte sociale, journaux socialistes puis communistes d’Alger.

Devenu avocat, Paul Vienney exerça quelques mois au barreau de Blida (Algérie), avant d’accomplir, de 1922 à 1924, son service militaire dans les tirailleurs algériens. Son livret militaire marqué, selon le témoignage de sa famille, du tampon PR (Présumé révolutionnaire), le fit écarter du peloton des élèves-officiers, mais aussi de la guerre du Rif au Maroc.

Inscrit au barreau de Paris à partir de 1924, Paul Vienney devint le secrétaire de maître Albert Fournier* (voir Albert Antoine Fournier*), puis fut chargé, vers 1927-1928, du service juridique de l’Humanité, avec Marcel Willard*. A ce titre, il plaida dans de nombreux procès et défendit notamment Lucien Sampaix*. Défenseur des militants du PC et de la CGTU, il publia un manuel juridique intitulé Armes légales de l’ouvrier. Il fut secrétaire de l’Association de l’Université ouvrière.

Paul Vienney était membre du Ve rayon communiste de la Région parisienne. En 1930, il fut désigné comme membre de la commission d’organisation de la conférence juridique internationale qui se tint à Berlin sous l’égide du Secours rouge international et qui créa l’Association juridique internationale. Il apporta l’aide juridique de cette association aux avocats des Ukrainiens de Luck (Pologne) en 1934, à Rakosi en Hongrie en 1935 et aux Tchécoslovaques qui fuyaient leur pays après Munich en 1938. Membre du Comité national de lutte contre la guerre et le fascisme, il publia en 1935 un appel en faveur de Ernst Thaelmann.

Mobilisé en 1939 comme 2e classe, Paul Vienney reprit à l’automne 1940, après sa démobilisation, ses activités en faveur des militants communistes emprisonnés dont feront partie Pierre Villon et Gabriel Péri. Paris-Soir du 27 juin 1941 annonça son arrestation à une audience, alors qu’il venait d’échapper aux policiers. Contraint à la clandestinité, il gagna la zone sud. A partir de la fin 1942, il joua un rôle important dans la Résistance lyonnaise sous le pseudonyme de Dupont. En relation avec Louis Aragon*, Georges Ternet* et Georges Sadoul* qui formaient le triangle directeur zone sud des mouvements intellectuels, il dirigea le Comité national des juristes, organisant les magistrats, avocats et gens de robe. Il publiait Le Palais libre,périodique clandestin. En 1944, il publia clandestinement, sous le pseudonyme de Marc Perrier, La Véritable saison des juges, réponse à un livre d’Anatole de Monzie (Ci-devant, 1941).

A la Libération, Paul Vienney fut commissaire délégué à l’épuration pour la région Rhône-Alpes dans le cabinet du commissaire de la République Yves Farge*. Membre du comité directeur du Front national, il participa, par divers articles, aux débats institutionnels des années 1944-1946. Il a été décoré de la médaille de la Résistance.

Retourné à ses activités d’avocat en 1945, Paul Vienney recommença à plaider pour l’Humanité, La Vie ouvrière, France nouvelle, Les Lettres françaises et les militants communistes et cégétistes. Il reprit la défense de militants impliqués outremer : après le Martiniquais André Aliker* assassiné en 1934 et les mineurs tunisiens grévistes de Metlaoui en 1937, il plaida pour le Réunionnais Paul Vergès en 1947, pour Henri Martin en 1950, pour le Marocain Maati Yousfi en 1953 et pour de nombreux algériens du PCA, du MTLD et du FLN dont Ben Bella.

Lié à la gauche communiste polonaise depuis les années 1930, pour avoir contribué à la naissance d’un organe militant pour le rapprochement avec la France Oblize Dnia (Organe du jour), il devint directeur de la revue Peuples amis, organe de l’Association d’amitié franco-polonaise, dont le premier numéro parut en 1947. Il fut à ce titre décoré de la médaille Polonia Restitua.

Paul Vienney resta sans interruption membre du PCF de décembre 1920 à sa mort en 1966.
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Il s’était marié le 7 juillet 1925 à Vincennes avec Anaïs Marguerite Rostang.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article134508, notice VIENNEY Paul, Adrien, Guillaume par Claude Pennetier, version mise en ligne le 12 janvier 2016, dernière modification le 18 novembre 2020.

Par Claude Pennetier

Paul Vienney
Paul Vienney

ŒUVRE : Armes légales de l’ouvrier, Bureau d’éditions, 1932. — La Véritable saison des juges, Bibliothèque française, 1944.

SOURCES : Arch. PPo. Ba/1715. — L’Humanité, 17, 18 septembre 1966. — Les Lettres françaises, 22 septembre 1966. — France-Pologne, mars 1967. — Notes de Nicole Racine. — Notes de ses enfants, Pierre et Jacques Vienney. — État civil en ligne cote Alboussière - Naissance, 1902, vue 2.

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