VIGREUX Ernest, Raoul

Par Yves Le Maner

Né le 20 janvier 1899 à Campneuseville (Seine-Inférieure), mort le 12 avril 1977 à Armentières (Nord) ; mineur puis ouvrier du textile ; secrétaire de l’Union locale CGT puis CGT-FO d’Armentières ; secrétaire de la Fédération CGT (1939-1947) puis co-secrétaire général de la Fédération CGT-FO du Textile (1948-1963).

Né dans une famille de huit enfants qui vivait dans un petit village situé aux confins de la Normandie et de la Picardie, Ernest Vigreux fut mis au travail dès l’âge de neuf ans comme souffleur de verre ; il prit sa carte au syndicat CGT des verriers en 1914. Appelé sous les drapeaux en 1918, il ne fut libéré qu’en 1921. Dès son retour à la vie civile, il se maria avec une jeune femme originaire d’Armentières et quitta sa région natale pour s’établir dans cette dernière ville au début de l’année 1922. Après avoir été mineur, maçon puis menuisier, il entra au tissage Jeanson en 1925 comme plieur de toile.

Dénué à cette époque de toute formation idéologique, Ernest Vigreux hésita entre le syndicat chrétien et le syndicat CGTU et opta finalement pour ce dernier. Exclu en 1928 pour avoir refusé de participer à une grève, il mit aussitôt sur pied un syndicat affilié à la CGT qui compta rapidement près de deux cents adhérents. En 1931, il devenait secrétaire permanent du groupement et prenait également la direction de l’Union locale confédérée d’Armentières.

Depuis la grande grève du Textile de la vallée de la Lys de 1930, Ernest Vigreux avait assuré la mise en place d’une commission intersyndicale qui regroupait les organisations CGT et CFTC du Textile d’Armentières et de ses environs. Le syndicat confédéré fut bientôt amené à lutter contre la baisse des salaires que tentaient d’imposer les patrons du consortium. Une grève de quinze semaines (janvier-avril 1933) parvint à limiter la diminution prévue de 15 à 5 %, mais épuisa totalement la trésorerie du syndicat.

Cependant, après quelques mois de difficultés, le redressement fut très spectaculaire et, fort de ses mille adhérents, Ernest Vigreux rompit avec le syndicat CFTC et se présenta en position de force lors de la réunification avec le syndicat unitaire qui se réalisa en décembre 1935. Élu secrétaire du syndicat unique et de l’Union locale réunifiée d’Armentières, il dirigea les grèves du textile de la vallée de la Lys en 1936 qui se traduisirent par une prodigieuse augmentation des effectifs syndicaux. Déjà membre de la commission exécutive fédérale depuis 1936, Ernest Vigreux fut élu secrétaire de la Fédération CGT du Textile au début de l’année 1939.

Mobilisé en septembre de la même année dans une unité sanitaire, Ernest Vigreux fut fait prisonnier dès les premiers affrontements de mai 1940 mais, malade, il fut libéré en 1941.

A la Libération, Ernest Vigreux reprit son poste de secrétaire fédéral et, anticommuniste combatif, tenta d’enrayer la montée des militants du PC vers les postes de commande de la Fédération du Textile dans les mois qui précédèrent la scission. Devenu l’une des cibles favorites de la presse communiste du Nord, il reçut plusieurs menaces de mort qui lui permirent de justifier une demande de port d’armes.
Élu au secrétariat (avec Maurice Vanhonacker, également du Nord et co-secrétaire général pendant quelques mois) de la Fédération CGT-FO du Textile, fondée le 15 janvier janvier 1948, Ernest Vigreux allait rester seul secrétaire général à partir du 1er congrès qui eut lieu les 18 et 19 septembre de la même année à Lille.
Ernest Vigreux fut élu à la commission exécutive de la confédération lors de son congrès d’octobre 1950. Mais en 1954, il ne fut plus candidat à cette instance.

Il conserva le poste de secrétaire général jusqu’en 1963 (jusqu’en 1957, selon une autre source), effectuant de nombreux voyages à l’étranger et notamment un séjour de près de six semaines aux États-Unis en 1951. En 1963, il abandonna l’ensemble de ses responsabilités syndicales (outre son mandat fédéral il détenait alors le secrétariat de l’Union locale CGT-FO d’Armentières) pour laisser la place à de jeunes militants. Président de la caisse d’Assurances sociales « Le Travail » d’Armentières depuis 1930, président de la Sécurité sociale pour le Nord de 1946 à 1967, Ernest Vigreux fut également président de l’URSSAF de Lille jusqu’en 1967.

Membre du Parti socialiste SFIO depuis 1919, Ernest Vigreux fut avant-guerre secrétaire de la section d’Armentières. De 1945 à 1956, il siégea à la commission administrative de la SFIO parmi les représentants du Nord. Il se refusa toujours à faire acte de candidature aux législatives ou aux cantonales afin de rester fidèle au principe de séparation de l’action syndicale et de l’action politique qu’il défendait depuis son engagement de militant syndical. Il se contenta de siéger au conseil municipal d’Armentières de 1929 à 1935, puis de 1955 à 1971 avec les fonctions d’adjoint au maire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article134617, notice VIGREUX Ernest, Raoul par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 13 septembre 2018.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 154/279, 595/35, 595/38A, 595/41 et 595/74. — Jean-Claude Héras, Biographie des militants ouvriers de la vallée de la Lys et de la Flandre intérieure de 1919 à 1939, Mémoire de Maîtrise, Lille, 1973. — Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 22 et 29 janvier, septembre 1948. — Compte redu du congrès de la Fédération CGT du Textile, mars 1946. — Comptes rendus des congrès confédéraux de Force Ouvrière de 1948 à 1963. — Notes de Louis Botella.

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