VINATREL Guy [PRADET Gilbert dit]

Par Charles Jacquier

Né le 11 mai 1915, mort en mai 1979 à Paris ; journaliste et homme de lettres ; militant des Jeunesses communistes puis des Jeunesses socialistes, libertaire ; franc-maçon.

Fils d’un négociant devenu conseiller juridique, Gilbert Pradet fit des études au collège Massillon puis à la Faculté des lettres de Paris où il obtint une licence. Il étudia également à l’École nationale des langues orientales (Paris) et à la Deutsche Hochschule für Politik und Wissenschaft à Berlin.

Il milita d’abord aux Jeunesses communistes et, après avoir commencé sa carrière dans le journalisme en 1934, fut correspondant à Moscou de L’Indépendance luxembourgeoise l’année suivante. Après un séjour de dix-huit mois en URSS, il adhéra, à son retour en France, au Parti socialiste SFIO où il devint secrétaire général adjoint de l’Entente des Jeunesses socialistes de la Seine. Gilbert Pradet participait à la rédaction et à la publication de La Jeune garde, organe hebdomadaire de ce groupement. Délégué du Front populaire des jeunes en Espagne, il s’engagea dans l’armée républicaine espagnole.

À la suite de la contre-manifestation sanglante de Clichy du 6 mars 1937, La Jeune garde publia un numéro spécial qui critiquait le gouvernement Blum. Celui-ci fit saisir le journal tandis que la SFIO prononçait la dissolution de l’Entente des JS et l’exclusion de vingt-deux militants, dont Gilbert Pradet. Collaborateur occasionnel de la revue Idée et action (voir Marcelle Pommera), il milita ensuite, selon Jean Rabaut, aux Jeunesses du Parti socialiste ouvrier et paysan après la scission de Royan (juin 1938) et fit partie des militants d’extrême gauche à qui les circonstances de la défaite de 1940 imposèrent « des révisions déchirantes ou des ralliements honteux ».

En 1943-1944, Gilbert Pradet donna plusieurs articles à France. Revue de l’État nouveau, publiée à Vichy, sur des sujets aussi divers que l’œuvre de Rainer Maria Rilke, la situation en Chine ou le Birobidjan. D’après la notice biographique qu’il avait donnée à Présence socialiste, il participa à l’action d’un réseau de Résistance et s’engagea comme volontaire dans les Forces françaises libres (1re DFL). Il aurait obtenu la Croix de guerre et celle du combattant volontaire. Immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, il fut l’éditeur de la brochure que Paul Viret, ancien chef du mouvement de Résistance « Libération de la Haute-Savoie », consacra aux « 75 000 fusillés communistes ».

Par la suite, il collabora, sous le nom de Guy Vinatrel, à de nombreux journaux français et étrangers (Dimanche-matin, Artaban, Les Écrits de Paris, Juvénal, notamment) et fut directeur du bureau de Paris d’une agence de presse américaine. Il collabora épisodiquement au Libertaire en 1946-1947. Au début des années cinquante, il anima avec Albert Vassart, Angelo Tasca les travaux du Cercle d’études sociologiques et, en 1953, fonda Contacts littéraires et sociaux, revue de bibliographie dans laquelle signèrent V. Alba, Marcel Body, Michel Collinet, Louis Mercier, Pierre Ferri-Pisani, Cécile Michaud, Robert Proix, André Prudhommeaux, Boris Souvarine etc. A partir de 1960, il fut directeur littéraire des éditions La Clé de Voûte. Il fonda en 1970 le prix Voltaire attribué à un auteur « dont l’œuvre...sert la cause de la tolérance, de la raison et de la fraternité entre les peuples ». Pierre Boujut, J. Gorkin, Georges Lefranc* et Germaine Tillion, notamment, en furent lauréats.

En 1950, Guy Vinatrel avait traduit de l’allemand le livre de l’ancienne communiste hollandaise Élinor Lipper : Onze ans dans les bagnes soviétiques (Nagel). Il traduisit et préfaça la brochure d’Anton Ciliga : Lénine et la révolution (Spartacus, 1949). Il aurait également traduit Au pays du mensonge déconcertant (Les Iles d’or, 1950). À partir de 1956, il assuma pendant plusieurs années le secrétariat général du Comité d’études des questions d’Extrême-Orient et, à partir de 1957, du Club des Montagnards. En 1971, il participa aux côtés de Léon Boutbien et André Weil-Curiel à la fondation de « Présence socialiste » dont il devint le vice-président, animant son périodique du même nom, et dont l’objectif était, selon Léon Boutbien, de « fonder un mouvement de démocratie sociale en dénonçant les idéologies communistes et l’opportunisme des « nouveaux socialistes » ».

Parallèlement, Guy Vinatrel eut une longue carrière maçonnique. Initié à Paris en 1937 à la loge « Les Amis de l’Humanité », il devint compagnon en 1938. En 1946, il s’inscrivit à la loge « L’Allobroge » où il reçut le grade de maître en 1949. En 1953, il fonda la loge « Europe unie » (Grand Orient de France) qui reçut de nombreux réfugiés d’Europe centrale et orientale. Il y occupa le poste de premier surveillant et fut, en 1953-1954, le délégué de sa loge au Convent. En 1959, il s’affilia également à la loge « Loyauté-Fidélité » à Paris. Il la quitta l’année suivante et démissionna de la loge « Europe unie » en 1965. En 1972, il obtint l’honorariat dans la loge « Allobroge » à Annecy. Il assura également le secrétariat général de l’Association fraternelle des journalistes. En 1953, il avait fondé les Lettres M. (devenues les Lettres mensuelles) qui publièrent des études maçonniques et, en particulier, de nombreux articles sur la répression de la maçonnerie dans les pays du bloc soviétique. Il consacra un ouvrage à cette question, Communisme et Franc-maçonnerie (Les Presses continentales, 1961).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article134772, notice VINATREL Guy [PRADET Gilbert dit] par Charles Jacquier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 11 mai 2020.

Par Charles Jacquier

ŒUVRE : Ouvrages cités. — La Révolution est morte assassinée (Cronstadt, 1921), Idées, 1944. — L’URSS concentrationnaire, Spartacus, 1949. — L’affaire Marty et le mouvement ouvrier, Saint-Cloud, MLS, 1953 [anonyme mais œuvre de Guy Vinatrel qui travaillait pour le compte d’Henri Barbé]. — Les Falsificateurs de l’histoire ou comment les communistes écrivent les journées de février 1934, suppl. à Contacts, 1954. — L’Union soviétique et la Chine en Afrique, 1963. — Le Parti radical à la croisée des chemins, 1971.

SOURCES : Jean Rabaut, Tout est possible.. Les « gauchistes français, 1929-1944 », Paris, Denoël, 1974. — Who’s who in France, 1973. — D. Ligou, Dictionnaire de la Franc-maçonnerie, PUF, 1987. — C. Delporte, « Les Jeunesses socialistes dans l’entre-deux-guerres », Le Mouvement social, n° 157, octobre-décembre 1991. — Présence socialiste, mars 1971 (icon.). — Le Monde, 8 mai 1979. — Rens. de L. Boutbien, de l’Institut de recherches maçonniques et de D. Lefebvre (OURS). — Notes de Jean-Louis Panné.

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