VIVÈS René [VIVÈS Edmond, Eugène, René]

Par Jean Maitron

Né le 7 octobre 1888 à Auch (Gers), mort le 2 mars 1979 à Créteil (Val-de-Marne) ; instituteur ; membre de la direction du SNI ; directeur de la Société universitaire d’édition et de librairie.

Fils d’un ouvrier briquetier (carrier d’après l’état civil) dont l’épouse était croyante et pratiquante, René Vivès, dès l’âge de onze ans assimila les rites catholiques à ceux des « sorciers chez les peuples primitifs » et devint progressivement athée. Élève à l’École normale d’instituteurs d’Auch à partir de 1904, il put enfin manger à sa faim. A sa sortie de l’ÉN en 1907, il adhéra au Parti socialiste mais, très vite, préféra l’action syndicale et repoussa toute fonction dans la Fédération socialiste du Gers, dirigée par Jean Montiès, et qui ne comptait alors qu’une centaine d’adhérents. Il n’était lié à aucune tendance, n’étant ni jaurésiste ni guesdiste. Il épousa le 26 août 1911 à Auch Marie, Antoinette Durrieux, institutrice et le couple eut un fils.

A la déclaration de guerre, René Vivès, qui avait été réformé, fut partisan de l’Union sacrée comme toute la fédération. Mobilisé dans les services auxiliaires, il ne participa pas aux combats en raison de sa faible constitution. A son retour à la vie civile, il fut nommé instituteur à Saint-Sauvy (Gers) où il resta jusqu’en 1937. La Fédération socialiste était alors en pleine mutation et le secrétaire fédéral renaudélien Jean Montiès avait été remplacé par le longuettiste Jean Gèze. Un fort courant se dessinait en faveur de l’adhésion à la IIIe Internationale mais Vivès ainsi que le secrétaire de l’Union départementale CGT [Adrien Carrefour103929], prirent position contre le rattachement, s’élevant contre la condition qui imposait la création de « fractions communistes » au sein des syndicats (Le Socialiste, 5 septembre 1920). Le congrès départemental (5 décembre 1920) donna 149 mandats à la motion des « Reconstructeurs » (Jean Longuet) et 144 à celle du Comité de la IIIe Internationale.

René Vivès adhéra à la CGT par le canal de la Fédération des fonctionnaires avant même la naissance du Syndicat national des instituteurs. En mars 1920, l’Amicale se transforma en syndicat et Vivès devint le principal animateur de la section du Gers qu’il dirigea de 1922 à décembre 1937, succédant à Rey* qui avait été secrétaire en 1921-1922, et ne cédant le poste à Villeneuve qu’en 1927-1928 et à René Roumat qu’en 1935. La présence des instituteurs renforça le courant réformiste au sein de l’UD et, lors du congrès de 1921, le rapport moral qui condamnait « le noyautage et l’action des CSR dans les syndicats » fut adopté à l’unanimité. En 1924, le SNI avec 750 adhérents, formait le gros des militants de l’UD. René Vivès qui avait été élu au Comité confédéral national en 1920, devint en 1922 secrétaire adjoint de l’UD. Avec Villeneuve, il participa à la création d’une coopérative du bâtiment à Auch, milita à la Mutualité agricole et fut le principal rédacteur de La Terre libre, journal du SNI destiné aux agriculteurs qui cessa de paraître en 1938. En 1937, la direction départementale de la Mutualité lui fut offerte mais il déclina l’offre car, en décembre, il avait été appelé à Paris par la direction du SNI. Membre du Conseil national du SNI depuis 1928 puis membre du Bureau exécutif, René Vivès devint le 1er janvier 1938, directeur de la SUDEL, maison d’édition du syndicat créée en décembre 1932, ce qui lui permit de rester membre de droit du Bureau exécutif. Il demeurait adhérent du Parti socialiste SFIO.

Pacifiste convaincu, René Vivès se prononça pour la non-intervention en Espagne et approuva les accords de Munich en septembre 1938. En septembre 1939, il signa le tract de Louis Lecoin « Paix immédiate ». Pendant l’Occupation, il n’en fut pas moins partisan de la Résistance.

Après la Seconde Guerre mondiale, René Vivès était toujours socialiste, éprouvait une certaine défiance envers le Parti communiste et estimait que le perfectionnement moral de chacun était l’une des conditions de la transformation sociale.

Quand le SNI se reconstitua légalement, René Vivès fit partie de son bureau national. Le 7 février 1946, il s’abstint pour choisir le nouveau secrétaire général et dans le vote de la motion présentée par Paul Duthel (Ecole émancipée) demandant que la CGT se désolidarise du gouvernement, qui fut repoussée par 14 voix contre 5. Lors de la réunion du BN, les 15-16 octobre 1946, il devint membre des commissions d’éducation sociale et de Sécurité sociale, puis lors de la réunion du 9 janvier 1952, il fut membre de la commission des œuvres et réalisations sociales. Il présida des séances du 23 mars 1948 et du 18 juillet 1952 des congrès nationaux du SNI.

René Vivès resta gérant de SUDEL dont le siège était 78 boulevard Saint-Michel. Il dirigea Francs-Jeux à partir de 1947 et Terres des Jeunes, fondée en 1949 dont il fut administrateur gérant jusqu’en avril 1956. Il fut le gérant des Publications enfantines, 5 rue Palatine, jusqu’au 20 janvier 1956. Il fut signataire de l’appel paru dans L’École libératrice du 16 mai 1952 à souscrire pour la coopérative d’éditions « La Fenêtre ouverte ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article134958, notice VIVÈS René [VIVÈS Edmond, Eugène, René] par Jean Maitron, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 8 décembre 2018.

Par Jean Maitron

SOURCES : APPO B13, 43458 (dossier Bonissel). —Le Socialiste du Gers, 1920-1921. — Le Gers socialiste, 1922-1935. — Presse syndicale. — André Delmas, Mémoires d’un instituteur syndicaliste, Albatros, 1979. — H. Aigueperse, La Maison d’édition SUDEL, Groupe de travail Centre fédéral-FEN/ CHRMSS, sd.— Notes de Jacques Girault.

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