WOH Fernand, Laurent

Par Jacques Girault

Né le 22 juin 1895 à Bayonville-sur-Mad (Meurthe-et-Moselle), mort le 11 décembre 1980 à La Verrière (Yvelines) ; instituteur en Meurthe-et-Moselle ; militant syndicaliste du SNI et mutualiste ; militant socialiste.

Fils d’un artisan menuisier-ébéniste qui avait choisi de s’installer en France après la défaite de 1871, plutôt que de rester en Moselle devenue allemande, Fernand Woh reçut les premiers sacrements catholiques. Devenu agnostique, il entra à l’Ecole normale d’instituteurs en 1911. Il n’y effectua que deux années de scolarité car, faute de personnel enseignant, il occupa un poste d’adjoint à Moutiers puis à Jarny où il participa à la création d’un cours complémentaire.

Pendant la guerre, il resta à Jarny en tant que secrétaire de mairie. Condamné à mort par le conseil de guerre allemand pour être allé chercher de la farine dans un village voisin, il vit sa condamnation commuée en déportation au camp de Holzminden (Allemagne, Basse-Saxe), où il travailla pendant vingt-sept mois. Lors de sa détention dans la forteresse de Rastatt (Bade-Wurtemberg), il contracta une bronchite qui devait devenir chronique. En novembre 1919, nommé à Hannonville-au-Passage, commune dévastée, il y resta neuf ans. Secrétaire de mairie, il créa un syndicat agricole et réalisa le remembrement. En 1930, il devint directeur d’école à Maidières-lès-Pont-à-Mousson.

Fernand Woh se maria uniquement civilement (la date et le lieu n’ont pu être établis). Son épouse ne travaillait pas. Le couple eut trois enfants mais la mère mourut en couches. Il se remaria avec la sœur de la défunte. Ils eurent une fille.

Après avoir adhéré à l’amicale des instituteurs, il participa en 1919 à la création d’un syndicat avec quelques collègues. Il devint rapidement membre de la section départementale du Syndicat national adhérent à la CGT. Elu au conseil syndical de la section départementale du SNI, chargé de la rédaction du bulletin départemental, il entra au secrétariat de la section au milieu des années 1930. Dans le même temps, il était membre de la commission administrative de l’Union départementale CGT, secrétaire départemental de la Fédération des fonctionnaires et du Cartel des services publics. Il fut élu au Conseil départemental de l’enseignement primaire en 1938. Gréviste le 12 février 1934 et le 30 novembre 1938, il fut sanctionné de huit jours de retenue de salaire. Il se définissait comme « pacifiste et antimilitariste » et précisait « je suis le seul normalien qui soit resté simple soldat ».

Fernand Woh se maria uniquement civilement (la date et le lieu n’ont pu être établis). Son épouse ne travaillait pas. Le couple eut quatre enfants.

Adhérent au Parti socialiste SFIO au début des années 1920, il fut secrétaire de la section socialiste d’Hannonville-au-Passage à partir de 1928. Devenu directeur d’école à Maidières-lès-Pont-à-Mousson, il fut, à partir de 1930, trésorier de la section socialiste de Pont-à-Mousson et membre de la commission exécutive de la Fédération socialiste de Meurthe-et-Moselle. Il collaborait aussi au journal de la fédération socialiste. Membre du comité Amsterdam-Pleyel et du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, il fut élu en juin 1937 secrétaire adjoint de la Fédération de Meurthe-et-Moselle pour le secteur de Pont-à-Mousson. Porte-drapeau des organisations du Front populaire dans la vallée de la Moselle, après les violents heurts entre des manifestants de gauche et des cultivateurs, lors d’un comice agricole à Nomény, le 19 juillet 1936, en présence des élus locaux, dont le député Louis Marin, il fut l’objet d’une enquête administrative.

Candidat aux élections cantonales de 1931 et 1937, président du comité de défense laïque de Meurthe-et-Moselle créé en mai 1937, il s’occupait aussi de la section de Maidières de l’Union des coopérateurs de Lorraine.

Fernand Woh fut un des animateurs de la fédération laïque des auberges de jeunesse, de la Ligue de l’enseignement, de la Ligue des droits de l’Homme et de la Libre Pensée. Il était franc-maçon (loge Saint Jean de Jérusalem à Nancy du Grand Orient de France). En outre, administrateur départemental de la société de secours mutuels des instituteurs, il fut des fondateurs de la Mutuelle assurances automobiles des instituteurs de France dans le département.

Non mobilisé, révoqué en février 1940 de son poste de directeur d’école, il fut réintégré à la fin de 1940, après sa libération, sur un poste d’instituteur-adjoint à Nancy. Pendant la guerre, responsable pour la région de Nancy du Parti socialiste clandestin à partir de 1942, membre de Libération-Nord pour de l’Organisation civile et militaire, il participa à la reconstitution clandestin du syndicat en Meurthe-et-Moselle.

En 1945, Fernand Woh, maintenant directeur d’école à Nancy, devint le secrétaire départemental du SNI et du Cartel des services publics. Il fut réélu au secrétariat jusqu’au début des années 1950. Pendant cette période, il joua un rôle important dans la vie du SNI sur le plan national. Il intervenait dans les réunions des conseils nationaux. Le 27 mars 1945, il traita de la question de l’indépendance du syndicalisme. Les 18-19 juillet 1945, il fit partie de la commission chargée de rédiger la motion corporative. Le 18 décembre 1947, commentant la portée de grève des instituteurs parisiens, il douta du succès d’une telle grève dans son département. Le bureau national du SNI, le 23 septembre 1947, le désigna pour faire partie de la commission à mandat limité qui devait travailler sur le statut de la fonction publique. Y eut-il un lien avec sa candidature individuelle aux élections du bureau national qui pour la première fois établissait la proportionnelle. Il obtint 76 mandats le 28 décembre 1947. Après cet échec, il cessa de figurer parmi les intervenants mentionnés dans la presse syndicale nationale.

Toujours membre de la commission exécutive de la Fédération socialiste SFIO depuis octobre 1944, délégué au congrès national de novembre 1944, Fernand Woh devint le secrétaire provisoire de la fédération en 1950 puis définitif en mars 1952, l’ancien Maurice Léger, éloigné pour raison professionnelle, « gardant le titre de secrétaire fédéral à titre symbolique ». Il fut candidat aux élections cantonales en 1945 dans les cantons de Thiaucourt, en 1951 en Nancy-Est, en 1955 de Nancy-Sud, en 1958 et en 1964 de Chambley, en 1961 de Nancy-Sud.

Lors de l’assemblée générale de création de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, en décembre 1946, il fut désigné comme administrateur national temporaire. Lors de l’assemblée générale statutaire de juillet 1947, il fut confirmé au conseil d’administration et le resta jusqu’en 1967. Il présida la commission de surveillance de 1948 à 1965 et la section de Meurthe-et-Moselle de la MGEN de 1950 à 1972.

Souscripteur de Sudel, société coopérative d’éditions créée par la SNI sous le Front populaire, il y publia un Carnet d’orthographe en 1950 qui connut une réédition en 1960, en collaboration avec Roger Denux.

Membre du conseil d’administration national de la MAAIF, il présenta sa candidature pour le poste de vice-président, le 28 décembre 1956, et la retira pour le deuxième tour. Il fut correspondant départemental de la MAAIF jusqu’en 1967, selon son témoignage, jusqu’en 1972 selon d’autres sources.

Retraité, Fernand Woh déposa tous ses dossiers au siège départemental du SNI à Nancy. Veuf, il se remaria en septembre 1972 à Paris (XIXe arr.) avec celle qui était depuis longtemps sa maîtresse. Ils avaient eu un garçon. Il vint habiter Paris par la suite puis entra au centre médical de la MGEN à La Verrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article135400, notice WOH Fernand, Laurent par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 12 janvier 2022.

Par Jacques Girault

ICONOGRAPHIE : Fernand Woh, sa deuxième épouse et ses petits enfants.

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/278, 321, 562. — Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, 1 M 650-652. — Arch. OURS, fédération SFIO de la Meurthe-et-Moselle. — Presse syndicale nationale. — Le Populaire de l’Est, 1930-1939 et 1945. — Le Réveil ouvrier, 1945-1947. ---- « Jarny pendant la Grande Guerre », Jarny Patrimoine, http://jarny.fr. — DBMOF, notice par Etienne Kagan. — F. Pique, La SFIO en Meurthe-et-Moselle sous la IVe République, Mém. Maitrise, Nancy, 1992. — Renseignements fournis par l’intéressé en 1975-1976, par sa fille, Georgette Haas, par son petit-fils Jean Haas. – Notes de Michel Chaumet, d’André Lainé, de Jean-Michel Laxalt, de Gilles Morin, de Charlotte Siney-Lange.

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