HEYBRARD Émile [HEYBRARD Jean, Marie, Émile]

Par Madeleine Rebérioux

Né à Toulouse (Haute-Garonne) en 1834 ; ouvrier lithographe ; militant de l’AIT, syndicaliste et mutuelliste toulousain.

Émile Heybrard appartenait à une génération ouvrière plus proche du Second Empire que de la Troisième République, quoique son activité se soit davantage encore déployée après 1870, dans son âge mûr. Lithographe, il fréquenta régulièrement l’école des Beaux-Arts de Toulouse, travailla en Espagne en 1870, milita avec Armand Duportal et prit la tête de la Commune de Toulouse. Il fut inculpé dans le procès toulousain de l’Internationale en mars 1873 et fut condamné à un mois de prison — voir Dentraygues, Dictionnaire, t. V.

Sa vie militante se fait à nouveau active à partir de 1878. Il fit partie cette année-là de la délégation ouvrière qui se rendit à l’Exposition de Paris avec une subvention de la municipalité et, en 1879, il travailla activement à la création d’une éphémère Union des syndicats, très isolée du monde politique, qui disparut à la fin de 1884. Adhérent en 1880 au groupe d’études sociales fondé par Tranier, il s’en retira dès septembre 1882 : son proudhonisme austère, ses tendances mutuellistes ne firent pas très bon ménage avec le semi-anarchisme de Tranier. Pas davantage avec les socialistes. Il s’attacha dès lors tout entier à relancer le syndicalisme ouvrier. C’est dans ce but qu’il prépara, avec neuf camarades, une délégation ouvrière toulousaine à l’Exposition de Barcelone de septembre 1888 et qu’il agit pour obtenir que la municipalité mette un local à la disposition des syndicats. Ce fut chose faite au début de l’été 1889. Il représenta le syndicat des lithographes à l’Union locale des syndicats en 1891 et il fut, mais pour quelques jours seulement, le premier secrétaire général de la Bourse du Travail fondée au début de 1890.

Esprit caustique, loyal et susceptible, ouvrier d’élite, Heybrard eut toujours en horreur aussi bien les autorités que les partis et les fonctions électives. Ce doyen du mouvement ouvrier de la Haute-Garonne sous la Troisième République était très loin de la SFIO.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article135940, notice HEYBRARD Émile [HEYBRARD Jean, Marie, Émile] par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 12 septembre 2019.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Garonne, 4 M 102. — J. Pradelle, Historique de la Bourse du Travail de Toulouse (voir Pradelle). — N. Dyonet, Le Socialisme à Toulouse de 1878 à 1893, DES Toulouse, 1963.

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