MALINVAUD Gérald

Né et mort à Limoges (Haute-Vienne) : 3 mars 1851-3 septembre 1884 ; ouvrier formier ; militant syndicaliste.

Gérald Malinvaud était le fils de J.-B. Malinvaud, corroyeur, né à Limoges en 1825, qui fut membre de la Société populaire en mars 1848 et qui était membre aussi de celle organisée en septembre 1870 dont il devint vice-secrétaire.

Le curé de la paroisse Saint-Pierre du Queyroix à Limoges sur laquelle vivait G Malinvaud parle de lui dans son journal en juillet 1870 :

"Le lundi, 25, nous avons le chagrin amer de voir, dans notre paroisse, un premier enterrement solidaire. C’est un pauvre petit de deux jours qu’on enterre ainsi. Son père est un jeune sabotier de 19 à 20 ans, marié civilement. Il s’appelle Malinvaud, demeure avec ses parents rue du Canal de la Boucherie. La mère de ce jeune homme est au désespoir. Je vais dans cette maison, je trouve Malinvaud père et fils dans un état mental tel qu’en peut faire sur des esprits absolument fermés, la lecture des publications démagogiques les plus furibondes" (communiqué par P. D’Hollander).

En octobre 1876, Gérald Malinvaud assista au congrès de la salle d’Arras à Paris comme " délégué d’un groupe de travailleurs ". Il y prononça un intéressant discours sur le chômage où il se déclara contre toutes les formes de l’aumône qui entretient le chômage. De retour à Limoges, il établit un rapport sur sa délégation au congrès, qu’il fit suivre de réflexions, le tout recueilli dans une brochure qui constitue un témoignage de la pensée ouvrière à cette époque.

" Malinvaud fait partie de l’élite ouvrière, il gagnait 10 francs par jour. Il était fier de sa femme économe, de sa fille habile, de son fils, apprenti lithographe et gagnant 1 franc par jour. Il a lu les bons auteurs, il cite Montaigne, Sismondi. Tout imprégné de l’humanisme optimiste de Proudhon, il fait l’éloge de la famille, de la mère éducatrice. Il se méfie de la culture livresque, abstraite, que l’on donne dans les écoles secondaires et, au jeune bourgeois pâli par les veilles, il préfère l’ouvrier rempli de bon sens, aux mœurs rangées, formé par l’enseignement général et professionnel : sciences, dessin ordinaire, dessin linéaire, modelage. Il s’élève contre certaines lectures d’atelier, caractéristiques de la vie ouvrière de Limoges, et qui accordaient trop aux rocambolesques aventures d’Eugène Sue. Au sujet de l’association, il souhaite l’abrogation des articles restrictifs du Code pénal. Mais, affirme-t-il, les chambres syndicales ne sont qu’une institution transitoire, car les classes sociales doivent disparaître, grâce à une permutation permanente des richesses. En ce qui concerne la production industrielle, il fait la critique des sociétés ouvrières de production qui toutes ont liquidé avec perte et qui ont trop souvent fait naître, chez les associés, l’esprit chimérique de la richesse. Il préconise, au contraire, l’échangisme à la manière de Proudhon, et dans le crédit, et dans la consommation. Toutefois, son sens de la famille et de la responsabilité personnelle lui fait repousser le système phalanstérien. Il semble plus mutualiste que coopérateur.

" L’attentat à l’ordre que constitue le chômage lui semble monstrueux. Et, pour éliminer cette plaie sociale, il souhaite une consommation accrue, favorisée, selon lui, par l’échangisme souple et mobile préconisé par Proudhon.

" Enfin, il prend parti pour la représentation directe des ouvriers au Parlement.

" Son humanisme est un scientisme, un positivisme, un corporatisme non point coupé de ses bases naturelles, mais au contraire nourri d’éléments vivants : liberté et responsabilité personnelles, autorité du père de famille, sentiment de l’autonomie ouvrière.

" Malinvaud croyait à la science politique, non pas celle du libéralisme économique qui faisait du travail manuel une valeur purement économique, valeur obéissant à la loi de l’offre et de la demande, mais à la science positive de l’humanité, basée sur le système de la réciprocité.

" Malinvaud exprimait un humanisme ouvrier qui devait être celui des ouvriers limousins avant que se développe le collectivisme guesdiste. Certes, il reprend, dans son récit, les idées exprimées par Tolain dans son rapport de 1867 à l’Internationale ouvrière, mais avec un accent personnel, une conscience de classe puisée non pas dans une analyse économico-politique, mais dans l’étude des vérités morales qu’un ouvrier éduqué découvre par la pratique journalière du travail ". (P. Cousteix, L’Actualité de l’Histoire, décembre 1957).

En janvier 1878, Malinvaud fut le délégué au congrès de Lyon de diverses corporations, les peintres sur porcelaine en particulier. Il fit un compte rendu de sa délégation le 28 avril 1878.

Intelligent, instruit, il prit fréquemment la parole dans des meetings et conférences sur les sujets les plus divers : dans les premiers mois de 1881, le 24 février, " Commémoration de la Révolution de 1848 " ; le 23 mars, " Voltaire et le fanatisme ". Le 16 mai 1883, il présida une conférence donnée à Limoges par Jean Allemane.

Mais la maladie eut vite raison de ses forces : en 1883, il dut retirer sa candidature comme délégué des sabotiers à l’exposition internationale d’Amsterdam.

Il mourut à Limoges le 3 septembre 1884.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article135973, notice MALINVAUD Gérald, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 20 mars 2020.

SOURCES : Séances du Congrès ouvrier de France. Session de 1876, tenue à Paris du 2 au 10 octobre, salle des Écoles, rue d’Arras. Discours du citoyen G. Malinvaud sur les Caisses de retraite, pp. 434-442. — Rapport sur le congrès ouvrier de 1876, présenté par G. Malinvaud, ouvrier formier, auteur de la brochure sur le chômage, brochure in-16, 108 p., Limoges, Ducourtieux 1877. — P. Cousteix, " L’ouvrier limousin Gérald Malinvaud ", Horizons du Limousin et de la Marche, 4 juillet 1950. — Revue socialiste, année 1907, p. 67 (lettre de Benoît Malon à César de Paepe).

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