PELLETIER Claude

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot

Né le 23 avril 1816 à L’Arbresle (Rhône) ; mort le 2 décembre 1880 à New York (États-Unis) ; représentant du Rhône en 1848 et 1849 ; membre de l’Internationale ; une de principales figures de proue du mouvement socialiste franco-américain.

De famille ouvrière, Claude Pelletier fut d’abord typographe à Lyon ; il y contribua à l’organisation d’une société de secours mutuels des typographes. Sans quitter absolument le métier de typographe, il devint aubergiste à Tarare. Son auberge était un foyer de propagande démocratique et socialiste. Il était soupçonné par la police de professer, vers 1846-1847, les idées communistes révolutionnaires. C’était un « anarchiste », selon les conservateurs de 1848.

Il résidait sans doute dans la région parisienne et y travaillait vraisemblablement de son métier de typographe en février 1848 ; il retourna à Lyon aussitôt. Élu par le département du Rhône à l’Assemblée constituante, mais loin derrière Esprit Doutre, autre typographe, il siégea à l’extrême gauche et soutint les propositions démocratiques, les mesures favorables à la classe ouvrière. Il se spécialisa dans les questions financières. En juin, il vota contre la mise de Paris en état de siège. Il intervint, en novembre, dans la discussion qui devait aboutir au rejet d’un amendement déposé par Félix Pyat et qui tendait à faire inscrire le droit au travail dans la Constitution. Ce jour-là, Marius André, ancien ouvrier à l’Arsenal de Toulon, combattait l’amendement : « Ce n’est pas, disait-il, un patron qui va vous parler. C’est un ouvrier qui a passé sa vie à travailler et qui vient vous assurer que le travail manque rarement à ceux qui le cherchent sérieusement ; quand cela arrive, c’est un devoir pour l’État d’intervenir, et son intérêt garantit qu’il n’y manquera point ; je voterai donc pour qu’on ne puisse pas l’exiger de la République comme un droit. » Pelletier répliqua à Marius André : « Moi, j’ai été ouvrier douze ans à Paris ; je suis resté à Paris pendant huit mois sans pouvoir trouver d’ouvrage dans ma partie. Je me suis fait marchand d’indiennes, garçon boucher, marchand de livres, commis marchand de vins, cuisinier, compositeur. »

Pelletier n’était pas un bon orateur et son action parlementaire se trouva ainsi réduite.

Réélu à l’Assemblée législative, ce fut lui qui déposa l’amendement rédigé par Joseph Benoît* contre la loi Falloux. Le 9 octobre 1849, il développa à la tribune une proposition de loi créant une institution publique pour le développement des associations. Au moment du coup d’État, il tenta d’organiser la résistance avec les députés de la Montagne. Il fut banni par décret du 9 janvier 1852.

Il se réfugia dans un premier temps en Angleterre. Franc-maçon, il appartenait en effet en 1855 à Londres au rite de Memphis : possesseur du 94e degré, il était grand trésorier du conseil suprême du rite. La même année, il fut l’un des fondateurs de l’Union socialiste, qui avait pour but d’unir sur des bases communes les révolutionnaires en exil et les socialistes modérés (Jean Bossu, « Une loge de proscrits à Londres sous le Second Empire et après la Commune », op. cit., p. 301).

Parti peu après s’installer aux États-Unis, il y fut en 1856 avec Frédéric Tuefferd*, Désiré Debuchy*, Joseph Déjacque*, Leseine et Monfalcon) l’un des signataires new yorkais de programme de l’Association internationale, ancêtre directe de l’AIT.

Proche du cercle rassemblé autour de Déjacque, il figura en novembre 1860 parmi les rédacteurs-fondateurs du Revendicateur, journal faisant suite au Libertaire. Il était alors déjà dans le commerce des fleurs, et résidait 29, Lispenard street. La guerre de Sécession lui donna l’occasion de réaliser une énorme opération financière. Alors que la cause nordiste semblait compromise par la fortune des armes, avec pour conséquence l’effondrement des valeurs économiques et boursières, Pelletier, confiant en la justesse de la cause anti-esclavagiste, accepta d’investir tout ce qu’il possédait dans l’achat de terrains aux portes de New York. Une fois la victoire acquise, leur valeur avait quadruplé.

À New York, Pelletier rencontra Gustave Cluseret*, ancien officier de la garde mobile qui avait participé à la lutte contre les insurgés de juin 1848, et qui venait de se battre dans la guerre de Sécession. Il le convertit au socialisme. D’après Cluseret (Mémoires, op. cit., t. III, p. 118), Pelletier aurait joué un rôle important dans l’élaboration à New York du programme des Fenians d’Irlande en rapport avec la tentative d’insurrection qui eut lieu en 1867.

Pelletier fut l’un des fondateurs de l’Union Républicaine de langue française (URLF) à New York en 1869. Le 8 août, il fut élu membre de la commission chargée de préparer la publication d’un journal. Il fut également très impliqué dans l’organisation des banquets commémorant les grandes dates républicaines, y prenant la parole, voire même y entonnant des chansons (il chanta ainsi « Les socialistes de la République de 48 » lors du banquet anniversaire du 24 février en 1870). À cette date il avait déménagé pour s’installer 135, Wooster street.

Il occupa au sein de l’URLF d’importantes responsabilités électives : membre du comité de liaison avec le Bulletin en juin 1870, il signa en tant que trésorier du journal le contrat avec les typographes de l’Imprimerie sociale. Il prit part à la séance extraordinaire de l’URLF tenue le 11 janvier 1871 et qui décida d’appeler les ouvriers français de New York à verser 25¢ par semaine afin de créer un « Fonds de secours permanent pour la République ». Élu président du comité central new yorkais (sans doute début 1871), il fut réélu à ce poste en juillet, avant d’occuper en 1872 la fonction de secrétaire des séances.

Claude Pelletier fut l’un des premiers adhérents de l’AIT aux États-Unis : dès septembre 1868, il accusait réception du procès verbal du congrès de Lausanne par une lettre au Conseil général, et en avril 1870, il était avec Cluseret le correspondant officiel d’Eugène Dupont* pour les Français des États-Unis. Il fut pourtant peu actif au sein de cette organisation, si l’on excepte sa collaboration régulière à plusieurs journaux : il donna ainsi plusieurs articles en 1873 au Worker, l’organe du conseil dissident de l’AIT ; il collabora de même régulièrement au Socialiste, dans lequel il débuta la publication de son Petit dictionnaire socialiste (signé Edualc Reitellep) le 9 février 1873. On notera également un versement de £25 à la souscription en faveur des veuves et des orphelins de la Commune.

En 1873-1874 il était toujours actif au sein de l’URLF (dont il était le secrétaire des séances), vendant les billets pour le banquet anniversaire du 24 février, et ayant en dépôt le Bulletin dans son magasin. En 1874, il était également le dépositaire d’un fonds destiné à financer la publication des œuvres complètes de Pierre Leroux* (Étoile du Kansas, 1er février 1874). Ce fut encore lui qui accueillit à son domicile le député Henri Rochefort* au terme de la tonitruante traversée des États-Unis qui fit suite à son évasion du bagne de Nouvelle-Calédonie. Durant de longues années il resta en rapport avec Jules Leroux* (il était l’un des deux abonnés new yorkais de son journal), malgré la longue réponse polémique de ce dernier suite à la publication de l’article « Babeuf » de son Petit dictionnaire socialiste (Étoile du Kansas, 1875, passim).

En 1876, Claude Pelletier réaffirmait publiquement ses opinions révolutionnaires en recevant les délégués ouvriers du Rhône à l’Exposition universelle de Philadelphie. Peu après, il fit annoncer par le Bulletin qu’il allait donner une série de cours d’économie sociale à l’Athénée français à partir du 2 novembre. Cette même année, il donna des articles au journal de langue anglaise The Socialist, sans doute à l’invitation de Victor Drury*, qui paraît en avoir été le cerveau.

En 1880, quelques semaines avant sa mort, il accepta encore d’être le correspondant à New York de la Revue socialiste de Benoît Malon* (L’Égalité, 21 janvier 1880).

Il mourut à New York le 2 décembre 1880 ; bien que devenu millionnaire, il ne renia jamais ses idées socialistes. Après sa disparition, sa veuve poursuivit son combat, en envoyant par exemple £5 à Jules Leroux pour financer la publication de son Étoile des pauvres et des souffrants (cf n° daté du 1er septembre 1881).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article135993, notice PELLETIER Claude par Notice revue et complétée par Michel Cordillot, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 27 décembre 2017.

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot

ŒUVRE (cotes de la Bibl. Nat.) : Solution du problème de la misère, Paris, 1848, in-16, 32 p., 8° Lb 54/1917. — Club des Carmélites de Dôle (Discours prononcés par les citoyens Pelletier et Ledru-Rollin à l’Assemblée constituante [...] sur la question traitant du droit au travail, 12 septembre 1848, Dôle 1849, in-4°, 4 p., 4° Le 68/27. — Compte rendu des travaux de l’Assemblée nationale et relevé des votes importants des élus du peuple dans le département du Rhône, Lyon, 1849, in-8°, 43 p., 8° Lc 70/1119. — Discours prononcé par M. Pelletier dans la discussion générale du budget des dépenses pour 1850, Lyon 1850, in-8°, 16 p., 8° Le 75/26. — Les Hérétiques révolutionnaires socialistes du XVe siècle, étude dramatique en 5 actes et en prose, New York, 1867, in-8°, 218 p., Yf 10593. — Soirées socialistes (Solution pratique du Socialisme et des Fédérations appelées à former la République des Peuples, New York, 1873, 8° R 25. — Dictionnaire socialiste, New York, 1874-76, 3 vols. (n’est pas à la BN).

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, série U, Parquet général (an IX-1848). — Arch. PPo., B a/435 (dossier « L’Internationale en Amérique, 1876-1877 », rapport signé P.L., 24 avril 1876). — Le Socialiste, passim. — Bulletin de l’Union républicaine, passim. — G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire, Bibl. des « Temps nouveaux », n° 27, Bruxelles s. d., préface de L. Descaves, fév. 1902, XII + 604 p., rééd. Paris, SEF/Tête de Feuilles, 1972. — V. Hugo, Histoire d’un crime, Paris, EFR, 1958. — Mémoires du général Cluseret, Paris, J. Lévy, 1887-1888, 3 vol. in-18, — Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. — J. Godart, Journal d’un bourgeois de Lyon en 1848, Paris, 1924. — J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, Paris, Fédération Nationale des coopératives de consommation, t. I, 1924, p. 459 et p. 475. — G. Duveau, La Vie ouvrière en France sous le Second Empire, Paris, Gallimard, 9e édition, 1946. — G. Duveau, La Pensée ouvrière sur l’éducation sous la Seconde République et sous le Second Empire, Paris, Domat-Montchréstien, 1947. — Répertoire international..., vol. 1, La Première Internationale, Périodiques, 1864-1877, Paris, A. Colin, 1958.

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