PEYROUTON Abel, Toussaint

Né le 1er novembre 1841 à Pau (Pyrénées Atlantique) ; mort le 16 janvier 1924 à Nice ; avocat, journaliste ; il fut, sous la Commune de Paris, directeur du conseil d’État et de la Cour des Comptes.

Fils de Marie, Bernard Peyrouton, avocat et journaliste.
Il était chef, en 1871, au contentieux de la compagnie des omnibus de Lyon ; frère de Bernard Peyrouton.
Venu à Paris à l’âge de seize ans, Abel Peyrouton fit ses études au lycée Bonaparte — Condorcet — puis devint avocat au barreau de Paris. Dès 1863, il fut arrêté pour cris séditieux et bénéficia d’un non-lieu le 28 mars ; le 14 novembre 1868, il était condamné à un mois de prison et 150 F d’amende pour excitation à la haine contre le gouvernement ; le 25 février 1869, à trois mois de nouveau, pour le même motif ; le 1er avril, à quatre mois, pour avoir fait l’" apologie de crimes " ; le 14 mai 1869, 16 F d’amende pour outrages à agents ; le 16 février 1870, une nouvelle amende de 100 F pour outrages à un commissaire de police lors d’une réunion. Il professait alors des opinions blanquistes : " Ce que je désire, c’est l’anéantissement radical de la propriété " (réunion du Pré-aux-Clercs, 24 décembre 1868) ; et, dans une autre conférence, également rappelée par l’Intransigeant du 17 août 1896 : " Le peuple est toute l’intelligence éclairée d’une nation [...] Le modérantisme, c’est la mort. Le travail, c’est le droit de la vie. Vous n’entendez pas cette révolution sociale qui gronde et va vous engloutir, vous et vos biens ? ". Lors du procès qu’il subit en avril 1869, son avocat allégua que vie politique et réformisme social se mêlaient.
En 1870, il plaida devant la haute cour de Blois. À la guerre, il était lieutenant dans la Garde nationale, mais lorsque la Garde fut mobilisée, il redevint simple garde au 227e bataillon.

Le 18 mars 1871 le trouva indécis. Au conseil de guerre il dira : " J’ai subi les angoisses de cette héroïque population [...] L’existence de la République m’a semblé menacée par l’Assemblée nationale. Tout cela m’a jeté dans les bras de la Commune ". Le 22 mars, il fut nommé directeur du Conseil d’État et de la Cour des Comptes : double sinécure, fit-il valoir plus tard, et qui lui permit de sauver divers objets. Son rôle sembla en effet assez effacé ; il avait des amis à la fois parmi les partisans de la Commune et ceux de Versailles, mais une pièce du Conseil d’État porte sa signature ; il signa également avec Ch. Quentin, comme secrétaire-assesseur, une affiche de l’Alliance républicaine, placardée à Paris en avril 1871, qui se terminait par ces mots : " Vive la République une et indivisible ! Vive la Commune ! " (cf. Murailles... 1871, op. cit., p. 280).
On lui reprocha tout à la fois son rôle (?) à Paris — il aurait dérobé uniformes et décorations (?) — et une mission de propagande en province ; il quitta en effet la capitale le 30 avril, gagna Lyon d’abord par Dijon, où il faillit être arrêté ; puis, avec sa mère âgée de 70 ans, il alla à Nîmes le 5 mai ; il y prit la parole au cercle Grétry, puis, le 7 mai, au cercle de la Bourgeoisie, assignant d’ailleurs pour rôle à la province d’arrêter l’effusion de sang. Attendu par la police, il fut arrêté à son arrivée à Marseille le 9 mai.

Représentait-il vraiment la Commune dans le Midi ? Il affirma y être allé poursuivre des recherches désintéressées de latiniste... Les 150 F trouvés sur lui pouvaient être son salaire aussi bien qu’une somme destinée à la propagande, et Paschal Grousset témoigna ne lui avoir confié aucune mission ; à Nîmes, il n’aurait fait que répondre aux questions touchant Paris et dictées par une curiosité naturelle. Aucune preuve formelle ne put être fournie contre lui au 3e conseil de guerre, le Conseil d’État ayant brûlé ; bon avocat, il nia les faits improuvés et fit valoir qu’il n’appartenait ni à l’Internationale ni à la franc-maçonnerie : " Par ma situation de fortune, par mes relations, par mes amis, j’aurais pu obtenir dans le nouveau gouvernement une place quelconque. Eh bien ! je n’en ai pas voulu. Il est vrai que je me suis laissé aller à des exagérations et à des entraînements que je regrette ". Et il termina sa plaidoirie ainsi : " J’ai confiance en votre justice [...] de magistrats, de soldats que la Prusse a été tout étonnée de vaincre ". Le conseil le condamna à cinq ans de prison pour avoir pris part à l’insurrection (15 septembre 1871) et cinq ans pour vol, confondus avec la première peine (28 février 1873). Peyrouton fut, à Clairvaux, le compagnon de captivité de Blanqui et resta jusqu’en 1879 l’objet d’une surveillance policière.
En 1877-1878 il écrivait, sous le nom de Julien Thauly, des articles au Progrès de Lyon dont il prit la direction en 1882 ; considéré comme un notable du parti socialiste, il était chargé en 1879 d’accueillir Blanqui à Lyon. Il avait gardé une haine solide à Jules Ferry, " homme des réactions les plus étroites, les plus violentes, les plus basses " (Le Progrès, 27 octobre 1880), ce qui ne l’empêcha pas, dix ans plus tard, d’être rédacteur en chef au journal de celui-ci, l’Éstafette ; à cette époque (1893) il parla des " variations inévitables de l’esprit humain en cette période de transition où nous sommes ". L’année suivante, il était promu chevalier de la Légion d’honneur.
Marcel Peyrouton, son neveu — ou fils ?, fut, après avoir été trésorier-payeur général, résident général en Tunisie, puis " tomba dans le fascisme " (cf. Dommanget, op. cit., p. 177).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article135996, notice PEYROUTON Abel, Toussaint, version mise en ligne le 1er décembre 2010, dernière modification le 14 janvier 2021.

SOURCES : Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. PPo., B a/468 et E a/103 (14). — Gazette des Tribunaux, 16 septembre 1871. L’Intransigeant, 17 août 1896. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire..., op. cit. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo., album 286/43.

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