KLEIN Louis, Claude

Par Jacques Ungerer

Né le 11 août 1893 à Saint-Avold (Moselle, alors Lorraine annexée), mort le 28 janvier 1968 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; instituteur ; syndicaliste du « Groupement Rossé », puis du Syndicat national des instituteurs, rallié au nazisme pendant la période de l’annexion de l’Alsace ; secrétaire général de la Fédération des fonctionnaires et Instituteurs d’Alsace et de Lorraine (1921-1925), puis de la section du Bas-Rhin du SNI de 1925 à 1932, président du Secrétariat international de l’Enseignement.

Louis Klein était le fils de Nicolas Klein, tailleur, et de Madeleine Laher, sans profession, tous deux de religion catholique. Il fit ses études en allemand au Lehrerseminar (École normale ) de Metz de 1909 à 1912 et exerça comme non-titulaire à Freisdorf (Moselle), puis à Rossbrück (Moselle). Mobilisé dans l’armée allemande en Russie de mai 1915 à novembre 1916, il fut titularisé le 1er juillet 1917, ce qui lui permit ultérieurement de bénéficier du statut avantageux du cadre local d’Alsace et de Lorraine à la suite du décret du 21 mars 1925. De septembre 1917 à juin 1919, il enseigna comme professeur adjoint à la Preparandenschule (école préparatoire à l’École normale) de Lauterbourg (Basse-Alsace annexée). Après le retour de l’Alsace à la France, il enseigna à Strasbourg (Bas-Rhin) à l’école de la Cathédrale (1919-1928), puis à l’école de la Robertsau (1928-1939).

Il épousa le 12 février 1924 Elisabeth Diebold, née le 29 octobre 1891, institutrice, fille d’instituteur mosellan et sœur de Mme Michel-Diebold, institutrice, membre élue du Conseil départemental du Bas-Rhin, puis exclue du SNI. Le couple eut deux enfants.

Dès 1919, Louis Klein adhéra au Groupement professionnel des Instituteurs du Bas-Rhin. Le 9 décembre 1919, il fit partie de la délégation du comité local de Strasbourg qui rencontra l’Association amicale présidée par Arsène Blas et discuta de ce que pourrait être un statut des fonctionnaires d’Alsace-Lorraine tenant compte des intérêts des deux cadres (général et local). Le 22 janvier 1921, il fut élu secrétaire de la section de Strasbourg. Il fut alors décrit comme « Lorrain, grand fumeur, très vif, il a la tête dure, une voix puissante ». Représentant du Bas-Rhin à la Fédération des fonctionnaires et instituteurs d’Alsace et de Lorraine, il devint secrétaire général de cette Fédération. Il avait donc la confiance du leader de cette organisation régionale autonome, Joseph Rossé. Le 15 février 1925, lors d’une réunion du comité fédéral, Klein proposa d’admettre dans la Fédération « le groupement Naegelen* » (c’est-à-dire le SNI), ou au moins ses membres appartenant au cadre local. Rossé contre-attaqua en dénonçant l’adhésion secrète de Klein au SNI depuis le 8 janvier : il insinua qu’à Paris, « on » lui aurait fait des « promesses ». Rossé demanda alors l’exclusion de Klein, demande repoussée par la majorité du comité, ce qui provoqua la démission de Rossé, suivie par celle de Klein, puis la réélection de Rossé. Engagé dès lors dans la vie du SNI, Klein fut élu à son comité départemental le 21 janvier 1926 et devint son secrétaire général le 4 février 1926 : cette fonction venait d’être créée pour alléger la lourde tâche du président Marcel-Edmond Naegelen. Son bilinguisme le voua à représenter le SNI en 1928, 1932 et 1933 aux Congrès du Secrétariat professionnel international de l’Enseignement.(dont il fut président), au Comité consultatif de la Société des Nations (BIT) pour les problèmes de la fonction publique, en 1929 au Comité international d’éducation ouvrière. En février 1929, il participa à une rencontre entre l’Internationale pacifiste de l’Enseignement, le Secrétariat professionnel international de l’Enseignement et l’Allgemeiner deutscher Lehrerverein : il s’agissait de mettre fin aux agissements d’un instituteur alsacien qui donnait à la presse allemande des informations tendancieuses sur la situation dans la région. Pour raisons de santé, Klein quitta le 15 octobre 1932, le secrétariat général de la section tout en gardant la présidence du Secrétariat international : il est remplacé par Mathis*. Lors de la réunion du conseil syndical du 4 avril 1935, Naegelen le remercia du travail accompli à la tête de la section, qui s’était développée sous son énergique impulsion.

À la suite de l’évacuation de Strasbourg en septembre 1939, Klein et son épouse enseignèrent à Avignon (Vaucluse). Rapatrié en Alsace annexée et nazifiée en septembre 1940, il subit d’abord un stage de rééducation (Umschulung) en Bade. Il occupa ensuite trois postes successifs dans des écoles de Strasbourg. Contraint d’entrer comme la plupart des fonctionnaires alsaciens dans l’Opferring depuis le 1er mars 1941 et diverses organisations nazies (National Sozialistischer Lehrerbund, Fédération des enseignants n.-s., National Sozialistischer Volkswohlfahrt, Secours populaire national socialiste, Reichskriegerbund, Fédération des anciens combattants, Reichsluftschutzbund, Fédération de la défense passive). Il accepta des fonctions plus compromettantes : Zellenleiter, dirigeant de cellule depuis le 1er avril 1941, Propagandaleiter de son groupe local, responsable de la formation de la défense passive de Strasbourg-Nord depuis le 1er juillet 1942. Et surtout, « distinction » rare en Alsace, il fut membre du parti nazi à partir du 1er mai 1942 et titularisé dans la fonction publique allemande en avril 1943. Les rapports d’inspection mentionnaient qu’il était tellement accaparé par son travail au Parti et dans la Défense passive qu’il n’avait pas le temps de préparer ses cours. Après la Libération, Naegelen, devenu ministre de l’Éducation nationale, lui infligea en septembre 1947 la peine de la censure et prononça sa mutation d’office dans un poste de la banlieue de Strasbourg. Il termina sa carrière de 1948 à 1956 à l’École de garçons de Strasbourg-Polygone.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136052, notice KLEIN Louis, Claude par Jacques Ungerer, version mise en ligne le 6 décembre 2010, dernière modification le 5 juin 2021.

Par Jacques Ungerer

SOURCES : Dossier professionnel aux Archives dép. du Bas-Rhin. — Revue scolaire d’Alsace et de Lorraine. — Bulletin départemental de la section départementale du SNI du Bas-Rhin. — DBMOF.

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