KREISSLER Félix

Par Jean-Numa Ducange

Né le 1er août 1917 à Vienne (Autriche) ; mort le 24 octobre 2004 à Montreuil (Seine-Saint-Denis) ; Autrichien et français ; universitaire spécialiste de l’Autriche ; membre du Parti communiste autrichien puis du Parti communiste français

Juif autrichien, Félix Kreissler grandit dans « Vienne la Rouge », la capitale autrichienne gérée par le Parti social-démocrate. Lycéen engagé contre le régime austro-fasciste, il émigra en France en 1937 et rejoignit en 1940 les rangs de la Résistance et s’insèra dans le « travail anti-allemand » (issu de la Main d’oeuvre immigrée) dont l’objectif était d’infiltrer le dispositif nazi sur le territoire français. Arrêté et torturé par la Gestapo à Lyon, il fut ensuite déporté en tant que français (sous pseudonyme) en 1944 à Buchenwald.

Au lendemain de la guerre, Kreissler s’installa à Paris de 1945 à 1947 avant de repartir pour quelques années à Vienne où il écrivit dans des journaux et revues proches du KPÖ (Parti communiste autrichien) et travailla pour une radio pro-soviétique. De retour en France au début des années 1960, il devint enseignant à l’université de Rouen en études germaniques. Il impulsa alors des travaux novateurs sur l’Autriche contemporaine en fondant le Centre d’Études et de Recherches Autrichiennes et la revue Austriaca – Cahiers universitaires d’information sur l’Autriche en 1975. Avec Yvon Bourdet, Georges Haupt et Herbert Steiner, il fut aussi à l’initiative du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international consacré à l’Autriche (1971), le premier du genre, resté à ce jour inégalé, y compris en langue allemande.

Deux thèmes essentiels traversèrent son oeuvre, liés à ses engagements. L’axe central de ses principaux ouvrages fut la mise en avant de la « nation autrichienne » et de ses spécificités culturelles par rapport à l’Allemagne (La prise de conscience de la nation autrichienne 1938-1945-1978, 1980). Il eut aussi à cœur de restituer l’histoire d’une autre Autriche, en particulier celle des mouvements ouvriers ; mais l’étude scientifique du rôle des Autrichiens dans la Résistance constitua l’autre aspect le plus remarquable de son oeuvre. Outre de nombreuses contributions universitaires sur ce sujet, il écrivait aussi régulièrement des articles pour Le Patriote résistant.

Naturalisé français et membre du PCF, Félix Kreissler donna régulièrement des conférences à l’université populaire de Montreuil, ville où il résidait. Il y commenta jusqu’à son dernier souffle l’actualité politique de son pays d’origine, notamment la victoire de l’extrême-droite de Jörg Haider en 2000. Il travaillait à une vaste synthèse, restée à l’état de manuscrit, portant sur une histoire comparée de la France et de l’Autriche à l’échelle du vingtième siècle, en écho à l’Age des extrêmes d’Eric Hobsbawm.

Kreissler était marié avec Denise, Lucienne, Marie Dordor (1920-2009)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136059, notice KREISSLER Félix par Jean-Numa Ducange, version mise en ligne le 6 décembre 2010, dernière modification le 7 janvier 2018.

Par Jean-Numa Ducange

ŒUVRES :
Le catalogue de la BNF comprend plus de vingt titres depuis 1967 en langue allemande et française. Citons parmi les plus récents :
L’Autriche 1867-1939. Naissance d’une identité culturelle Rouen, PUR, 1992, ouvrage collectif sous la direction de Félix Kreissler,
L’Anschluss : affaire européenne, Rouen, PUR-CERA, 1995,
L’Autriche, treizième des douze ? Rouen, PUR-CERA, 1995,
Les Autrichiens dans la Résistance, Rouen, PUR-CERA, 1996, ouvrage collectif sous la direction de Paul Pasteur et de Félix Kreissler.
La culture, une résistance subversive. Essai sur la culture autrichienne, Rouen, PUR-CERA, 1999,
L’Autriche, brûlure de l’histoire ? Rouen, PUR-CERA, 2000,

SOURCES : Ute Weinmann (dir.), « Hommage à Félix Kreissler (1917-2004) », Austriaca, n°67-68, décembre 2008 – juin 2009. - Georg Jankovic et Gérald Stieg (dir.), Identité et Résistance, Mélanges pour Félix Kreissler, Asnières, Institut d’allemand d’Asnières, 1998. - Helmut Kramer, Karin Liebhart, Friedrich Stadler (dir.), Österreichische Nation - Kultur - Exil und Widerstand : in memoriam Felix Kreissler, Wien – Berlin, Münster, 2006.- Rudolf Altmüller (dir.), Festschrift / Mélanges Félix Kreissler, Wien – München – Zürich , Europaverlag, 1985. - Winfried R. Garscha, « Zum Tod von Félix Kreissler », Mitteilungen der Alfred Klahr Gesellschaft, 4/2004.
(http://www.klahrgesellschaft.at/Mitteilungen/Kreissler_Nachruf_4_04.html). - « Félix Kreissler, la fin d’une histoire à poursuivre », l’Humanité, 3 décembre 2004.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément