LAURENTI Joseph, Louis dit Zézé [pseudonymes dans la Résistance : Julien Gibert, commandant Julien]

Par Jean-Marie Guillon

Né le 19 janvier 1917 à Nice (Alpes-Maritimes), mort le 17 août 1944 à Manosque ; horticulteur fleuriste ; communiste ; commissaire aux effectifs départemental des Francs-Tireurs et partisans (FTP).

Joseph Laurenti
Joseph Laurenti
Carnet de bord, op. cit.

Fils de Jean Laurenti* et d’Antoinette Ciais, ménagère, Joseph Laurenti était issu d’une famille toute entière communiste. Il suivait les traces de son père, le leader communiste paysan, président de l’Union paysanne des Alpes-Maritimes. Lui-même était horticulteur fleuriste à Vence (Alpes-Maritimes) où la famille était installée. Il militait à la Jeunesse communiste (JC) et dans l’aviation populaire (L’Aile populaire niçoise). Mobilisé de septembre 1939 à juillet 1940, il fut blessé lors de la retraite. Dès son retour à Vence, il s’employa à reconstituer la JC avec ses camarades Albert Belleudy et Romain Maurel et diffusa la propagande du parti, tirant des tracts grâce à la ronéo de l’Union locale CGT de Cannes (Alpes-Maritimes) qu’il alla « récupérer » en janvier 1941. Il fut arrêté en septembre 1941 avec d’autres camarades pour la reconstitution de la cellule communiste Magnan à Nice. Emprisonné au fort Saint-Nicolas à Marseille, il fut acquitté par le tribunal militaire de la XVe Région le 31 octobre 1941, alors que certains de ses co-inculpés furent lourdement condamnés. Mais fut aussitôt interné à Nexon, où son oncle Rigobert Laurenti* se trouvait déjà. Il fut libéré vraisemblablement fin 1942 ou début 1943. Son père, qui avait été parmi les premiers internés administratifs du des Alpes-Maritimes en mai 1940 qui était sorti de camp en 1942, fut chargé de participer à la reconstitution du PC dans les Alpes-Maritimes et les Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence) en1942-1943, avant d’être muté dans le Languedoc. Il vit son fils pour dernière fois à Sallagriffon (Alpes-Maritimes), dans la ferme Raybaud qui servait de relais en septembre 1943. Joseph Laurenti était entré dans la clandestinité le 24 mai précédent lorsque la police française était venue l’interpeler. Son nom avait trouvé dans les documents saisis le 30 avril chez François Reboa, notamment dans le cahier de deux cent-treize noms codés dont soixante-cinq furent identifiés par la police. L’affaire fut jugée par la Section spéciale Aix 18 novembre 1943. Elle concernait vingt-deux inculpés dont Louis Settimelli* et Georges Bonnaire*. Joseph Laurenti fut condamné par contumace à trois ans de prison. Il était membre à ce moment-là de l’état-major bas-alpin des FTP. Il semble qu’il ait été recruteur régional avant de devenir commissaire aux effectifs régional (CER), autrement dit le commissaire politique, le 7 mars 1944 à la suite de René Barlesi*. Il retrouva dans cet état-major Georges Alziari* qui était commissaire aux opération. Installé à Entrevennes (Basses-Alpes/Alpes-de-Haute-Provence), il émergea comme l’un des responsables communistes les plus solides de ce département qui était devenu le principal bastion des maquis FTP. Poussant à l’action (mais condamnant l’occupation de localités), en dépit d’une répression allemande féroce, après le 6 juin 1944, il critiqua l’attitude des autres organisations de Résistance, notamment l’Armée secrète accusée de « freinage ». Devant se rendre à une réunion de l’état major départemental des FTP qui devait se tenir à Saint-Maime (Basses-Alpes/Alpes-de-Haute-Provence) le 16 juillet, il se trouva à Oraison (Basses-Alpes/Alpes-de-Haute-Provence) au moment où les hommes de la 8e compagnie Brandebourg occupaient le village en se faisant passer pour maquisards et arrêtaient les membres du comité départemental de Libération. Arrêtés à un barrage à l’entrée de la localité avec Louis Laurens, ils purent faire demi-tour sans avoir été démasqués. Ayant rendez-vous avec le CEIR (commissaire aux effectifs interégional) à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 16 août, il prit le car avec son courrier Ginette Chapuis, qui était enceinte de lui, à Entrevennes le 14 pour la gare de Meyrargues (Bouches-du-Rhône), mais le train qui devait les conduire à Marseille fut arrêté à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) à cause d’un bombardement en cours. Le débarquement en Méditerranée eut lieu le lendemain. Ils ne purent arriver à Marseille que le 16. Sans doute s’agissait-il de prendre les dernières instructions pour la Libération, ce qui explique son souci de les transmettre. Repartant de Marseille, il parvint en partir à pied jusqu’à Pertuis (Vaucluse). Demandant à être conduit à Manosque (Basses-Alpes/Alpes-de-Haute-Provence), il fut pris en charge par les FTP locaux. Le 17 août, la voiture à gazogène dans laquelle il se trouvait et qui le conduisait à Peypin d’Aigues (Vaucluse) pour rencontrer les responsables du secteur fut mitraillée vers 14 heures 30 par un avion allé (anglais ?) à Saint-Martin-de-la-Brasque sur la route de La Tour d’Aigues (Vaucluse) anglais le 17 août 1944. Les trois résistants qui se trouvaient avec lui furent tués sur le coup (André Arniaud*, Albert Garcin*, Dante Giordano*). Lui, mortellement blessé, mourut à Manosque. Le transfert de ses cendres à Vence fut organisé au cours d’une cérémonie par le parti communiste, le 14 janvier 1945.
Cité à l’ordre de la division et décoré à titre posthume de la Croix de guerre avec étoile argent, il fut reconnu « Mort pour la France ». Une stèle a été érigée sur les lieux du mitraillage à Saint-Martin-de-la-Brasque. Le nom de Joseph Laurenti figure sur le monument « Aux martyrs de la Résistance des Basses-Alpes » de Manosque. Il a été donné à une rue de La Colle-sur-Loup (Alpes-Maritimes).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136086, notice LAURENTI Joseph, Louis dit Zézé [pseudonymes dans la Résistance : Julien Gibert, commandant Julien] par Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 29 décembre 2010, dernière modification le 9 mai 2020.

Par Jean-Marie Guillon

Joseph Laurenti
Joseph Laurenti
Carnet de bord, op. cit.

SOURCES : Arch. dép. Bouches-du-Rhône 8 W 51. ⎯ site internet Mémoire des hommes SHD Caen AC 21 P 69986. ⎯ presse locale (Le Petit Marseillais 1er novembre 1941). ⎯ Association des amis du Musée de la Résistance et de la Déportation, La mémoire gravée. Monuments, stèles et plaques commémoratifs de la Seconde Guerre mondiale dans le département de Vaucluse, Fontaine-de-Vaucluse, Musée d’Histoire, 2002, p. 67. ⎯ Max Burlando, Le Parti communiste et ses militants dans la Résistance des Alpes-Maritimes, La Trinité, Fédération PCF des Alpes-Maritimes, 1974. ⎯ Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes de Haute-Provence 17 juin 1940-20 août 1944, Digne, 1983. ⎯ Georges Castellan dir., Histoire de Vence et du pays vençois, Aix-en-Provence, Édisud/association pour la défense et la promotion du patrimoine vençois, 1992. ⎯ Jean Laurenti, Carnet de bord d’un vétéran, 1972, p. 99-100. ⎯ Jean-Louis Panicacci, Les lieux de mémoire de la Deuxième Guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, Nice, Serre, 1997, p. 86. — Notes de Maryse Mourenon.

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