PRADEL Eugène [Eugène de Coutray, dit]

Par Philippe Darriulat

Né à Paris en 1784, mort à Wusbaden en 1857. Franc-maçon, journaliste, auteur dramatique, acteur et chansonnier.

Eugène Pradel
Eugène Pradel
Cliché fourni par Philippe Darriulat

Fils d’un comte, major de cavalerie et chevalier de Saint-Louis, il reçoit une éducation complète, voyage beaucoup et devient acteur. Au lendemain de la chute de Napoléon, il abandonne la scène pour écrire quelques pièces de théâtres, un ouvrage édifiant (L’Art de se faire aimer par son mari à l’usage des jeunes filles, 1823), des pièces en vers, des scènes historiques, quelques vaudevilles (La garde national, ou la fête d’un bon roi, 1816 ; La Demoiselle de Paris et la fille du Pollet, 1849) et surtout des chansons. Il connaît d’importants succès populaires avec des titres qui participent à la diffusion de la légende napoléonienne : Les Lanciers polonais, L’Immortel laurier ou La bataille de Waterloo. Il participe même à plusieurs complots sous la Restauration : l’évasion du colonel Duvergier, une tentative pour organiser l’évasion de Ney et une autre pour constituer une société libérale (Le Cercle européen). L’assassinat du duc de Berry fait avorter ce dernier projet et il est envoyé derrière les barreaux de Sainte-Pélagie pour une durée de trois mois. En juillet 1822 nous le retrouvons à nouveau dans la prison de la rue de la Clef où il purge cette fois une peine pour dettes. La même année, le recueil Les Étincelles – signalé à plusieurs reprises par les services de police - lui vaut une nouvelle peine de prison qu’il passe à la Conciergerie où il se lie avec les [quatre sergents de La Rochelle]. Il est alors transféré à La Force où il communique avec [Béranger]. Sous les verrous il continue d’écrire des refrains publiés en 1823 dans le recueil Voyage à Sainte-Pélagie en mars 1823, auquel participent aussi [Emile Debraux] et Léonard Gallois. Dans le même genre, on le retrouve dans La Marotte de Sainte-Pélagie ou Momus en prison, de 1826, où il propose des vers à la gloire de La Fayette - « Nestor des républicains », ennemi des « tyrans » et ami de Washington – et une improvisation présentée sous la forme d’une scène de théâtre sur La Mort de Charles IX. C’est aussi à cette époque qu’il écrit L’Enfer une chanson interprétée pendant des années par les membres de la goguette du même nom au début de chaque séance. Petit à petit il s’éloigne cependant de la politique pour se consacrer à des tournées dans les villes de province où il présente des improvisations, sa nouvelle spécialité qui lui permet la publication de nombreux ouvrages. Il écrit aussi un article dans le tome 12 (1833) de Paris ou le livre des cent et un (« Histoire d’un pavé »). Bachimont a conservé une note du 8 août 1834 qui le montre ruiné par de mauvaises spéculations et le temps passé en prison. L’auteur de ce mémo propose de lui accorder une aide au motif que : « ses doctrines sont actuellement fort modérées ; il a même écrit plusieurs articles dans Le Sens Commun sur les crimes des républicains pendant la Terreur. » Eugène Pradel était aussi un franc-maçon actif qui eut des responsabilités. À ce titre, au lendemain des journées de février 1848, il est cosignataire d’un texte d’une assemblée des maçons de toutes les obédiences « qui peut se dire à bon droit La Grande loge nationale de France ». Cette réunion vote le principe de l’unité des obédiences et de la rédaction d’une nouvelle constitution maçonnique parce que « au lendemain de la grande révolution de février (…) une Constitution démocratique est la nécessité de la maçonnerie comme elle est celle des sociétés professionnelles ». Le 29 mai une commission est nommée dans ce but à laquelle participe Pradel.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136134, notice PRADEL Eugène [Eugène de Coutray, dit] par Philippe Darriulat, version mise en ligne le 13 janvier 2011, dernière modification le 24 août 2017.

Par Philippe Darriulat

Eugène Pradel
Eugène Pradel
Cliché fourni par Philippe Darriulat

ŒUVRES : Les Étincelles, recueil de chants patriotiques et guerriers, de chansons de table et d’amour, précédé d’une Épître aux braves, Paris, Les marchands de nouveautés, 1822 . — Le Maçon voyageur, pl. maçonnique en vers... par le F. Eugène de Pradel, Paris, 1823 . — Mayeux à Lyon, chansonnette. Pluie de couplets chantés dans la soirée donnée au Grand Théâtre de Lyon, le 28 septembre 1845, Lyon, (1845) . — Mémoire pour Eugène de Pradel,... et Frédéric Marchebout,... prévenus d’avoir favorisé l’évasion du colonel Duvergier et du capitaine Laverderie, Paris, Les marchands de nouveautés, 1822 . — Les Trois soldats, conte en vers, Paris, Delaunay, 1823.

SOURCES : AN : ABXIX 725 (collection Bachimont), F18 566. Albert Cim [Albert-Antoine Cimochowski dit], Le Chansonnier Émile Debraux, roi de la goguette (1796-1831), Paris Ernest Flammarion, 1910 . — Henri Avenel, Chansons et chansonniers, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1890.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément