RABINEAU Victor

Par Philippe Darriulat

Né à Sablé (Sarthe) en 1816, mort à Paris en juin 1869. Chansonnier.

Victor Rabineau
Victor Rabineau
Cliche fourni par Philippe Darriulat

Il commence ses études, interrompues par des problèmes familiaux, au collège de la Flèche. Sa formation aurait alors été prise en charge par un oncle curé qui voulait le destiner à la prêtrise. Il préfère cependant devenir dans un premier temps clerc de notaire, puis, pour avoir de meilleurs revenus, ouvrier marbrier à Tours. Il arrive à Paris en en 1842 (Maitron) ou 1843 (Bachimont) et y exerce plusieurs métiers. Il devient alors un assidu des goguettes. Il est notamment remarqué : aux Inséparables, au Perroquet, au Chinois, aux Insectes et surtout aux Enfants du temple qu’il préside tous les jeudis à Belleville dans un cabaret à l’enseigne de l’Assommoir où se retrouvent notamment Auguste Alais, Eugène Baillet. Il rencontre un important succès avec La Locomotive, une chanson, dont il a composé la musique, écrite à la gloire du progrès (« Victoire ! il n’est plus de distances/ Tu renverses sur ton chemin/ Les despotiques résistances/ Où se heurtait le genre humain (…) Char du progrès, vole et porte aux yeux du monde/ La Paix, l’Amour, la Liberté ! ») Il compose alors dans tous les genres : comique, sentimental, peinture de types populaires, etc. En 1847 il publie une petite brochure, malheureusement aujourd’hui introuvable, Les Filles de joie, à propos des chansons soi-disant obscènes qui se chantent en goguette. Au lendemain de la Révolution de février il devient ouvrier aux ateliers nationaux et comme la quasi-totalité de ses confrères goguettiers, mais sans doute avec plus de hargne, il chante la république sociale ce qui lui vaut de passer quelques temps en prison après les journées de juin. Nous le retrouvons logiquement dans La Voix du peuple ou les républicaines de 1848, et dans Le Républicain lyrique. Il y publie des refrains antimilitaristes particulièrement hostiles à Napoléon (« La Gloire militaire », « Les Vieux tambours »), des plaintes sur les souffrance des proscrit de juin (« Prière à Dieu ») et des prisonniers (« La Prison cellulaire ») et surtout sa haine des « nobles » et de la bourgeoisie (« Ne Désespérons de rien », « Les Lamentations des Blancs » - « Jamais bourgeois n’aimera/ Celui qui le nourrira » -, « Les Démolisseurs », « La République sociale » chanson qui prône l’égalité, le droit au travail et demande que soit remise « au producteur toute son œuvre »). Il écrit aussi un Chant de l’Arabe où il plaint les souffrances des populations victimes des exactions des armées coloniales. Il est possible, mais rien de le prouve, que certains de ces titres aient été écrits pendant la monarchie de Juillet. Victor Rabineau, après l’enthousiasme des premiers mois, ne tarde cependant pas à chanter sa déception face au cours des événements (« La Montagne et le Marais », « Voici l’hiver », « Aux électeurs pannés »). En 1849 il reprend son métier de marbrier et écrit quelques chansons de solidarité avec le mouvement du « Printemps des peuples » (Le Chant des cosaques, La Croisade des Hongrois, Le Chant du Romain). Pendant l’Empire il publie dans de nombreux recueils destinés au colportage (Album des chansonniers, Écho populaire, Les Étincelles lyriques, Les Gais viveurs, Le Panthéon chantant, etc.). Il est alors très souvent associé à A. Marquerie qui compose pour lui des musiques originales. En 1857 les rhumatismes l’obligent à abandonner sa profession de marbrier, il devient alors photographe. En 1859 il est membre de la Société des auteurs et compositeurs de musique. Les refrains qu’il écrit alors n’ont bien évidemment plus de contenu politique marqué, ils témoignent cependant de fortes préoccupations sociales et d’une volonté de faire de la chanson un mode d’expression spécifiquement ouvrier. Dans la présentation du Panthéon chanson de 1859 il écrit que ce recueil « est dû et s’adresse à ses ouvriers, plus intelligents que lettrés qui préfèrent le grain de sel de la chanson aux condiments insalubres de la romance et de la roulade. » Il fait aussi des couplets patriotiques pendant les guerres de Crimée et d’Italie (Bomarsund, La Bataille de l’Alma, L’Italienne). Il a l’audace de proposer, évidemment sans succès, à la commission de censure des cafés-concerts une Chanteuse des rues qui proclame « Espère ô ma patrie !/ La Liberté chérie/ Resplendira sur toi… » En 1860 un recueil de ses œuvres paraît sous le titre Les Filles de hasard. L’introduction de cet ouvrage, d’où sont bien évidemment absentes les chansons écrites pendant la deuxième République, est un long plaidoyer en faveur des goguettes - qui diffusaient « les idées avancées, auxquelles elles ont dû le secret de leur propagation et de leur fermeture » - et de l’esprit qui y régnait. Ce texte, qui polémique avec un article du Siècle d’octobre 1859, oppose les goguettes aux cafés-concerts « cabarets vulgaires toujours et partout ouverts aux braillards avinés ». Victor Rabineau aurait aussi été membre du conseil des prud’hommes. Son épouse, Ernestine Rabineau, était une institutrice qui écrivit aussi de nombreuses chansons publiées dans les recueils de colportage. Il s’agit de textes décrivant les amours, les tristesses et les souffrances des femmes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136148, notice RABINEAU Victor par Philippe Darriulat, version mise en ligne le 15 janvier 2011, dernière modification le 28 février 2020.

Par Philippe Darriulat

Victor Rabineau
Victor Rabineau
Cliche fourni par Philippe Darriulat

ŒUVRE : Les Filles de hasard, Paris, 1860.

SOURCES et bibliographie : AN, ABXIX 726 (collection Bachimont), F18 1680, p. 6. — Marius Boisson, Charles Gille ou le chansonnier pendu (1820-1856), histoire de la goguette, Paris Peyronnet 1925. — Philippe Darriulat, La Muse du peuple, chansons sociales et politiques en France 1815-1871, Rennes, PUR, 2010. — Pierre-Léonce Imbert, La Goguette et les goguettiers, étude parisienne, 3e édition augmentée avec six portraits à l’eau forte par L. Bryois, Paris 1873.

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