LUCIANI Germaine [née FRÈRE Germaine]

Née le 10 juin 1913 à Saint-Jean-du-Pin (Gard) ; compagne de Georges Mercader.

Germaine Frère se maria avec Michel Luciani le 2 septembre 1939 à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) où sa mère habitait.

Sa fiche de police sous l’Occupation indiquait : « dernier domicile connu 6, rue des Favorites Paris (XVe arr.) c’était également le domicile de [Georges Mercader]. Connue pour ses idées révolutionnaires. Vivait maritalement avec un nommé Mercader, militant communiste espagnol. A disparu de son domicile depuis mai 1941. »

Nous le retrouvons dans les mémoires de Joseph Minc à propos de Georges Mercader [le frère de Ramon Mercader, l’assassin de Trosky] : « Au sein de cette [...] cellule du Bacalan [Bordeaux], Lisa fit la connaissance, fin 1934-début 1935, d’un communiste espagnol, Georges Mercader. Georges voyageait beaucoup, il était dans la marine commerciale. Il s’absentait pendant des mois, puis revenait à Bordeaux pour quelque temps. Il avait eu la polio, et cela nécessitait des piqûres. Comme il habitait sur le trajet entre l’atelier et Bataclan, je passais tous les soirs, des mois durant, pour lui faire ses injections. Cela nous reprocha. Il avait une femme et une fille, dont je fis la connaissance. Nous devînmes de très proches amis. ».[...] Après notre départ de Bordeaux, Lisa et moi avions perdu Georges de vue. Mais un jour, alors que je me trouvais dans un café du boulevard Bonne-Nouvelle [Paris], Le Nègre, je tombai sur lui par hasard : il était venu à Paris pour faire opérer sa jambe par le Dr Cachin, et il était accompagné d’une femme que je ne connaissais pas. » [...] « Georges avait divorcé de sa femme. Sa fille était morte. Mais il avait de nouveau fréquenté son ex-femme, avec qui il avait un deuxième enfant. » [...] « Nous renouâmes avec lui, et nous devînmes donc amis avec sa nouvelle femme, Germaine : plus tard, pendant la guerre, elle allait nous rendre de grands services. Germaine était bourguignonne [ce que ne confirme pas l’état-civil], originaire de Meursault, ce qu’un bon vivant comme Georges — qui aimait boire — ne pouvait qu’apprécier. » [...] « Georges Mercader faisait partie de ceux qui étaient encore à Paris. Sa femme Germaine, malade, était à la campagne. » [...] « En juin 1941, Georges avait prévu de se rendre en URSS. Il avait un passeport soviétique, tout comme Germaine qui devait l’accompagner. Or le matin même de son départ, éclata la nouvelle de l’attaque de l’URSS par l’Allemagne ! Je l’appris par la radio, et lui téléphonai aussitôt pour le dissuader de partir, « Ce n’est pas possible, me répondit-il, L’ambassade m’aurait prévenu. » Malgré tout, lui et Germaine prirent donc le train prévu. Ils furent arrêtés à Metz, et Georges passa le reste de la guerre en captivité, en tant que citoyen soviétique. Germaine, de son côté, après quelques mois de retenue à Metz, fut libérée : elle était française. Ce fut cependant difficile pour elle, car de retour à Paris, elle fut victime de méfiance. Certains pensaient en effet qu’elle avait été libérée pour mettre à jour des réseaux de résistants. »

Elle figure sur la liste noire du PCF de janvier 1943, ainsi que Michel Luciani et Georges Mercader : "FRÈRE Germaine, femme Luciani. Sa mère habite Villeneuve-Saint-Georges. Arrêtée par la Gestapo, libérée sur promesse de se mettre à son service. Exclue comme policière. 25 ans env. brune. LUCIANI Michel, mari de la précédente, exclu comme mari d’une policière, gros, court, brun, frisé, 36 ans environ. MERCADER Georges, ami de Germaine Frère, arrêté par les allemands, a consenti que sa maîtresse se mette au service de la Gestapo".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136182, notice LUCIANI Germaine [née FRÈRE Germaine], version mise en ligne le 31 janvier 2011, dernière modification le 16 décembre 2015.

SOURCES : Joseph Minc, L’extraordinaire histoire de ma vie ordinaire, propos recueillis par Benoit Mougne, compte d’auteur imprimé par Bookpole, Paris, 2001, — État civil, recherches infructueuses à Saint-Jean-du-Pin. — Listes noires du PCF.

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