LABROUSSE Raymond, Alexandre

Par Jacques Girault

Né le 28 mars 1923 à Saint-Agnant-Versillat (Creuse), mort le 16 novembre 2006 à Guéret (Creuse) ; instituteur ; militant communiste dans la Creuse, adjoint au maire de Saint-Vaury, conseiller régional.

Conseil régional, réunion en l’honneur de Raymond Labrousse, 26 novembre 1996, de gauche à droite, X, Dominique Grador, Jacques Chaminade, Christian Audouin, Raymond Labrousse, X, X.
Conseil régional, réunion en l’honneur de Raymond Labrousse, 26 novembre 1996, de gauche à droite, X, Dominique Grador, Jacques Chaminade, Christian Audouin, Raymond Labrousse, X, X.

Sa mère, couturière à sa naissance, devint épicière. Son père, Albert Labrousse, ouvrier charron, militant communiste depuis 1930, fut arrêté le 13 octobre 1943 et fut interné dans les centres de séjour surveillé de Saint-Germain-les-Belles, de Nexon (Haute-Vienne) puis de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn). Envoyé, le 30 juillet 1944, vers le camp de concentration de Buchenwald, il fut assassiné pendant son transport.

Raymond Labrousse, élève de l’école primaire supérieure de La Souterraine, après avoir réussi au concours, devint élève-instituteur du lycée de Guéret. Le 7 juillet 1943, il fut affecté au chantier de Jeunesse de Montmarault (Allier). Désigné pour le service du travail obligatoire, il déserta le 22 août avec la complicité de son père. Condamné par contumace par le tribunal de Montluçon à un mois de prison pour désertion, clandestin, aidé par son père, il rejoignit un groupe de francs-tireurs et partisans français dans la région de La Souterraine, le 1er mars 1944. Il indiquait plus tard avoir voulu prendre la place de son père dans le combat contre l’occupant. Adhérant aux Jeunesses communistes en juin 1944, membre du bureau régional et trésorier, permanent (septembre 1944-31 janvier 1945), il fut chargé d’organiser le Front uni de la jeunesse patriotique dans la région de La Souterraine en juillet 1944 puis il représenta la JC au bureau régional de la FUJP. Il participa à la libération de Guéret en août 1944 et termina la guerre comme lieutenant FFI (pseudonymes « Lagneau » et « René »). Il effectua son service militaire comme lieutenant dans un régiment d’infanterie (février 1945-janvier 1946).

En 1946, Labrousse devint instituteur à Azérables. Membre du Parti communiste français depuis janvier 1945, secrétaire de la cellule d’Azérables (1948-1949), membre du secrétariat, responsable de l’organisation, de la section communiste de La Souterraine, il entra au comité et au bureau de la fédération communiste en 1948. Membre du secrétariat fédéral en mars 1950, il devint le premier secrétaire fédéral en 1953 et conserva cette responsabilité jusqu’en 1963. Il se déplaçait dans le département avec une moto. Le tribunal correctionnel de Guéret, en 1951, le condamna à une amende à la suite d’un article de L’Echo du Centre où il dénonçait comme « collaborateur » un Creusois venant d’être décoré de la Légion honneur. La même année, il fut l’objet d’enquêtes pour avoir organisé de manifestations contre la guerre au Vietnam et pour la libération de Jacques Duclos. La presse locale, de droite et aussi la presse socialiste, le dénoncèrent. Plus tard, il défendit avec force Gaston Fanton, Meunier et Romanet, militants communistes inculpés pour avoir bloqué, à La Villedieu, des camions militaires venus du camp de la Courtine pour empêcher les départs en Algérie. Son action contre le conflit en Algérie, lui valu d’être interpellé devant ses élèves dans sa classe d’Azérables.

A partir de 1954, la section de montée des cadres s’interrogeait sur son remplacement d’autant plus qu’il refusait de devenir permanent pour des raisons familiales et qu’il n’habitait pas Guéret. Védrines, qui suivait la fédération, dans ses rapports, expliquait son manque de fermeté, son insuffisante volonté d’organiser un travail collectif et sa dispersion tout en soulignant que ces défauts s’accompagnaient d’un grand dévouement. A la fin de 1961, faisant le bilan de la situation après les débats sur le XXIIeme congrès du PCUS et la condamnation du culte de la personnalité, il notait la fermeté de Labrousse à la différence des questions posées par d’autres enseignants membres du comité fédéral. En 1962, il s’interrogeait sur les critiques portées par Auguste Tourtaud sur les analyses de la direction fédérale que l’ancien député jugeait « opportunistes », conséquences de la dispersion de l‘activité trop personnelle de Labrousse qui organisait mal son travail et répondait au jour le jour aux questions qui se posaient. Un surmenage s’en suivait. D’autre part, il notait que Labrousse venait d’accepter, sans discussion, les propositions des militants socialistes pour la direction de la Fédération des œuvres laïques. Devant l’attitude jugée « néfaste » de Tourtaud, il fallait, selon Védrines, trouver une solution. Labrousse lui paraissait trop timide tout en faisant preuve d’ « esprit de parti et d’abnégation personnelle », tout en ayant conscience de ses insuffisances. Finalement, remplacé au poste de premier secrétaire lors de la conférence fédérale de 1963, il resta membre du secrétariat fédéral, responsable à l’organisation, aux cadres en 1970 puis à nouveau à l’organisation à partir de 1972 jusqu’en 1986. Il devint par la suite membre du bureau (1986-1996) puis du seul comité. Il suivit l’école d’un mois du PCF en 1961. Parallèlement, il fit partie depuis le début des années 1950 du comité départemental du Mouvement de la Paix.

Labrousse quitta le département en 1967 pendant une année pour suivre un stage à Limoges pour devenir professeur d’enseignement général, revenant à Saint-Vaury en fin de semaine.

Nommé à Saint-Vaury en 1953 pour enseigner au cours complémentaire puis au collège d’enseignement général comme professeur d’enseignement général des collèges, Labrousse devint conseiller municipal en 1959. Animateur du comité des fêtes, il fut réélu en 1965, en 1971, en 1977, chaque fois seul élu de sa liste. Il devint adjoint au maire en mars 1983 après sa réélection. Il conserva ce mandat jusqu’en 2001. Il fut pendant plusieurs années du bureau national de l’Association nationale des élus communistes et républicains. Il fut membre du comité départemental de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

Aux élections législatives de 1958, candidat communiste dans la première circonscription (Guéret), Labrousse, avec 7 349 voix sur 56 352 inscrits, arrivait en deuxième position. Le candidat socialiste SFIO se retrait et un tiers seulement des voix qu’il avait obtenues se reportèrent sur le candidat communiste qui réunissait 9 167 voix. En 1962, il permuta de circonscription avec Tourtaud et affronta le député socialiste sortant Chandernagor* dans la deuxième (La Souterraine-Aubusson-Bourganeuf). Sur 62 275 inscrits, il obtenait 10 310 voix, en fort recul par rapport aux voix communistes de 1958, mais la presse remarquait que la participation avait fortement reculé. Il se désista pour le candidat socialiste.

Pour les élections législatives de 1967, Labrousse, candidat communiste, dans la deuxième circonscription, arrivé en troisième position avec 12 036 voix sur 59 322, se désista au deuxième tour pour le candidat socialiste André Chandernagor. Candidat en 1968, sur 58 607 inscrits, il arrivait en troisième position avec 11 351 voix et se désistait à nouveau pour Chandernagor qui n’atteignait pas le total des voix de gauche. A nouveau candidat en 1973, il arrivait en deuxième position avec 12 403 voix sur 57 577 inscrits. Il se désistait pour le député sortant qui, cette fois encore, ne recueillait pas la totalité des voix de gauche. En 1978, candidat, il obtenait 12 852 voix sur 59 707 inscrits. Le report des voix communistes et des autres voix de gauche, dont un candidat de Lutte ouvrière, sur Chandernagor ne fut pas parfait comme le remarquait la presse.

Pour les élections au Conseil général, Labrousse fut régulièrement le candidat communiste dans le canton de Saint-Vaury à partir de 1964, remplaçant comme candidat Tourtaud récusé par la fédération. Il le fut aussi en 1970, en 1976 (883 voix, deuxième position), en 1982.

Labrousse siégea au conseil régional du Limousin de 1979 (comme délégué du Conseil général de la Creuse) à 1996 (élu en 1986 et en 1992) et en fut un vice-président, en charge des services publics, à partir de 1994, quand les élus communistes décidèrent de participer à l’exécutif régional.
Il prit part à l’élaboration des projets régionaux de l’Office international de l’eau (septembre 1991), des filières bois et pierre, du Centre d’art contemporain de Vassivière, inauguré en 1991, et la route Centre Europe-Atlantique (route nationale à quatre voies, appelée souvent « la Raymond Labrousse »). Son action fut aussi décisive pour la défense de la ligne de chemins de fer Bordeaux-Lyon, de l’hôpital et du lycée professionnel de Saint-Vaury Pour cette dernière, comme pour ses autres initiatives, il mobilisa les énergies sans tenir compte des clivages politiques dans une association agissant pour la réalisation des objectifs. Le 29 novembre 1996, à l’occasion de son départ du conseil régional qu’il avait annoncé lors de la réunion du 18 octobre, L’Écho du Centre lui consacra plusieurs articles de responsables communistes et socialistes (René Debesson*, Christian Audoin, Robert Savy notamment). Il fut à l’initiative du Collectif de défense des services publics qui s’organisa à partir de Saint-Vaury. Il fut aussi candidat aux élections sénatoriales. Pour assurer le développement régional, il s’efforça toujours de rassembler des acteurs de divers milieux pour des objectifs précis, ce qui ne fut pas toujours compris dans son propre parti. Cette attitude lui valut de nombreux témoignages (décoration, allocution lors de son départ du conseil régional) venant de toutes les forces limousines (partis, syndicats, associations diverses).

Labrousse était président de l’Association départementale des élus communistes et républicains. Il participa aux instances départementales de la Fédération des conseils de parents d’élèves à partir de la fin des années 1960.

Labrousse se maria uniquement civilement en mars 1956 à Dijon (Côte-d’Or) avec une institutrice. Le couple eut trois enfants.

Labrousse mourut à l’hôpital de Guéret. Un hommage public lui fut rendu lors du dépôt de ses cendres au cimetière. Son nom fut donné à une rue de La Souterraine près du hameau de l’Aumône où il passa son enfance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136232, notice LABROUSSE Raymond, Alexandre par Jacques Girault, version mise en ligne le 14 février 2011, dernière modification le 2 mai 2018.

Par Jacques Girault

Conseil régional, réunion en l'honneur de Raymond Labrousse, 26 novembre 1996, de gauche à droite, X, Dominique Grador, Jacques Chaminade, Christian Audouin, Raymond Labrousse, X, X.
Conseil régional, réunion en l’honneur de Raymond Labrousse, 26 novembre 1996, de gauche à droite, X, Dominique Grador, Jacques Chaminade, Christian Audouin, Raymond Labrousse, X, X.
Raymond Labrousse
Raymond Labrousse
Communiqué par Michel Labrousse

SOURCES : RGASPI, 495 270 8979/1. — Service Documentation de la Région Limousin (Damien Traumat). — Archives du comité national du PCF. — Presse nationale. — Renseignements fournis par la famille de l’intéressé. — Notes de Gilbert Bernard et de Claude Pennetier.

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