KNECHT Xavier

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 10 juillet 1906 à Reiningue (Haute-Alsace , Alsace-Lorraine), mort le 6 décembre 1969 à Mulhouse (Haut-Rhin) ; mineur de potasse ; syndicaliste de la CGTU puis de la CGT, membre du parti communiste, déporté ; délégué mineur, conseiller municipal de Reiningue (Haut-Rhin), conseiller de la République (1946-1947).

Xavier Knecht naquit à Reiningue, cité des mineurs de potasse. Son père, Nicolas, était maçon. Sa mère, Catherine Mettmann, éleva les six enfants du couple. La famille était catholique pratiquante, mais Xavier s’éloigna de la religion au moment de son entrée dans le mouvement social.
Xavier fit ses études primaires à l’école primaire allemande. Il ne devint jamais francophone et milita toute sa vie en dialecte. Manœuvre au couvent de Reiningue à quatorze ans, il se fit embaucher au puits Joseph Else en 1920. Il se syndiqua bientôt à la CGTU et devint délégué mineur puis délégué syndical. Il fut réélu dans cette fonction jusqu’en 1961. Il adhéra au parti communiste en 1928. Il se maria le 6 mai 1929 à Émilie Odile Keller, ouvrière du textile dans l’entreprise Muller de Reiningue. Le couple eut deux enfants.

En 1935, il devint 2ème secrétaire du syndicat unifié des ouvriers et employés des mines de potasse d’Alsace. Ses camarades lui reconnaissaient un talent d’orateur. En 1936, il participa activement à l’organisation de la grève dans les mines, mais en 1939 les horaires des mineurs du fond passèrent de 35 à 42 heures par semaine : les acquis du Front populaire étaient rognés.
Au moment de la déclaration de guerre, il fut mobilisé dans un régiment spécial où étaient regroupés les communistes. Il fut fait prisonnier en Belgique et transféré au camp de Fürstenberg-sur-l’Oder. Après la défaite de 1940, il fut libéré avec tous les autres Alsaciens et Lorrains en tant que « Volksdeutscher », Allemand par race. Il dut se présenter à la police nazie de Colmar, qui lui dit être au courant de ses activités politiques antérieures. De retour à la mine, il fut déplacé à Amélie II. Au début de l’année 1941, il reçut la visite de Georges Wodli*et d’Eddy Schwartz* qui lui demandèrent d’organiser la Résistance dans les puits. Il fut convoqué par la Gestapo de Lutterbach qui lui proposa de devenir Kreisobmann (responsable de district) de la Deutsche Arbeitsfront (le pseudo-syndicat nazi) pour la potasse. Il refusa. Ses premières actions de résistance furent la collecte de fonds pour les familles de ceux qui avaient été déportés dès leur retour en Alsace. Le 1er mai 1941, Xavier Knecht organisa une vente de l’Humanité clandestine avec dix camarades, au fond du puits Amélie II et au puits Joseph Else. Des actes de sabotage furent perpétrés : jet de pièces de métal dans les machines, incisions et jets d’acide dans les bandes de transport en caoutchouc. Un petit dépôt d’armes et de dynamite fut constitué. Xavier Knecht fut ensuite en contact avec les principaux meneurs de la Résistance du Haut-Rhin : Kern*, Kuntz*, Stoessel* et Schwartz*, qui furent condamnés à mort et exécutés par les nazis.

Xavier Knecht fut arrêté le 12 mai 1942 à son domicile, dans la grande rafle qui visa les communistes. Il fut conduit dans une cave des locaux de la Gestapo à Mulhouse, où il fut brutalisé. Interné au camp de rééducation de Schirmeck, il fut condamné, envoyé au pénitencier de Bruchsal puis dans un camp de concentration en Forêt-Noire, où il travailla dans une caverne aménagée en atelier pour Daimler-Benz. Il fut libéré le 26 avril 1945. Il avait gardé du camp l’horreur de l’enfermement et, au sanatorium des mineurs de Velars-sur-Ouche (Côte-d’Or), où il séjourna à son retour. Il organisa une protestation des malades contre un directeur qui avait l’intention de faire installer des fils de fer barbelés autour de l’établissement pour empêcher les malades de sortir pendant leur cure.

Après la Libération, il obtint les cartes de déporté et d’appartenance à la résistance intérieure.

Le 7 décembre 1946, il fut l’un des deux Conseillers de la République désignés par le groupe communiste de l’Assemblée nationale. Il s’inscrivit aux commissions de la Production industrielle et de la Défense nationale mais il dut se résoudre à en démissionner rapidement car, n’étant pas francophone, il ne pouvait participer aux débats sans un interprète. Pour la plupart des Alsaciens formés à l’école allemande et appartenant à une région où 80 % de la population parlait encore uniquement le dialecte alsacien, la question linguistique était dramatique et les coupait de l’exercice de responsabilités civiques nationales. Il démissionna de son mandat le 12 décembre 1947 et fut remplacé par le général Ernest Petit*, ancien chef de l’état-major du général de Gaulle à Londres, apparenté communiste.

De 1947 à 1953, Xavier Knecht fut conseiller municipal de Reiningue.
En 1949, il devint chef de la sécurité au puits Joseph Else.

Il avait été élu au comité fédéral du parti communiste du Haut-Rhin avant-guerre et y fut réélu jusqu’en 1953. Il se retira alors de la vie politique, pour raisons de santé. Il prit sa retraite de la mine le 31 juillet 1962. Il n’y eut pas de nécrologie dans L’Humanité d’Alsace et de Lorraine à son décès en 1969.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136338, notice KNECHT Xavier par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 10 mars 2011, dernière modification le 8 septembre 2011.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Entretiens avec sa belle-fille le 12 mars 2010, avec son fils Edgard le 17 juin 2010. – L’Alsace , Mulhouse, 19 octobre et 20 décembre 1946 , 7 et 9 décembre 1969. — Archives de la fédération communiste du Haut-Rhin. – L’Humanité d’Alsace et de Lorraine, numéro spécial Résistance, janvier 1965, p. 35. – site internet du Sénat : Anciens sénateurs de la IVème République. – Charles Béné, L’Alsace dans les griffes nazies, Raon-l’Étape, 1978, t. 4, p.38. — Léon Tinelli, L’Alsace résistante, Publication de l’Institut CGT Alsace d’Histoire sociale, p. 124. – Léon Tinelli, L’histoire inédite des mines de potasse, 1904-1945, Publication de l’Institut CGT Alsace d’Histoire sociale, p. 154. — Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, fascicule n°21, Strasbourg, 1993, p.2023.

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