KLEINPETER André.

Par Nadia MICHEL Gilles MORIN

Né le 18 février 1912 à Viarmes (Seine-et-Oise devenue Val-d’Oise), mort le 27 mars 1945 à Buchenwald (Bad-Ganderscheim, Allemagne) ; instituteur ; syndicaliste ; résistant ; secrétaire de la fédération socialiste clandestine de Seine-et-Oise, responsable du mouvement Libération nord pour la Seine-et-Oise et la Seine-et-Marne.

André Kleinpeter naquit dans une famille d’origine alsacienne qui avait opté pour la France en 1871. Son père était serrurier-mécanicien, puis artisan ferronnier d’art. Il fut nommé instituteur à Clichy sur Seine (Seine devenue Hauts de Seine) et, attiré très tôt par la politique, il adhéra au Parti socialiste SFIO vers l’âge de vingt ans. En janvier 1938, secrétaire de la section de Viarmes, qui comptait cinq adhérents, il appartenait à la commission administrative de la fédération socialiste SFIO de Seine-et-Oise.

Kleinpeter, adhérent du Syndicat national des instituteurs, se présenta en février 1938 sur la liste " d’Unité confédérale " – où se retrouvaient entre autres les militants communistes – lors des élections pour le renouvellement du conseil syndical de la section départementale. Il obtint 446 voix sur 2 858 et ne fut pas élu. Il était encore Franc-maçon (loge « Les précurseurs » à Clichy) comme son épouse.

En octobre 1938, Kleinpeter se maria à Clichy (Seine) avec Solange, Laurent, née le 5 février 1920 à Bessé-sur-Braye (Sarthe), fille d’un commerçant (voir Solange Kleinpeter*).

Mobilisé en 1939, fait prisonnier en juin 1940, Kleinpeter fut libéré en décembre suivant (ou mars 1941 selon les sources) d’un camp situé à Dijon (Côte d’Or), pour raisons de santé.

À son retour, Kleinpeter décidait avec sa femme de résister à l’occupant. Après l’échec - selon son témoignage - d’un contact avec l’ancienne secrétaire de la fédération socialiste SFIO, Germaine Degrond* en 1941, il réorganisa clandestinement la fédération socialiste de Seine-et-Oise avec Etienne Lestard*. Il fut parmi les fondateurs de Libération-Nord aux côtés d’Albert Gazier*, avec les militants de Seine-et-Oise, Lestard et Courty. Dès 1941, il transmettait les directives du mouvement et en diffusait la presse. Il fut nommé responsable de Libération-Nord pour la Seine-et-Oise et la Seine-et-Marne. Il rassembla dans le Nord du département (arrondissements de Versailles et Pontoise), Moulin, Tribert, Courty, Brenot, Talamas, et dans le Sud (arrondissements de Rambouillet et Corbeil), Vincenot, Leduc, Straumann, Sauvet, Lampière. À la fin de 1942, Libération-Nord se renforçant,. Kleinpeter en assura pour la moitié nord de la Seine-et-Oise la responsabilité.

Parallèlement, Kleinpeter fut intégré, par Roger Priou-Valjean*, sous le pseudonyme de « Bertille », au réseau « Brutus », créé d’abord en zone sud. Il participa également avec celui-ci en juillet 1942 à la création du réseau « Police et Patrie » (dans un magasin de layette à Paris) et fut adjoint au comité exécutif de ce réseau à la fin de 1943.

Par ses attaches militantes d’avant guerre, Kleinpeter eut une activité clandestine diversifiée : renseignements et sabotage, en liaison avec « Résistance fer », grâce à ses liens avec les cheminots qui fréquentaient le café tenu par son beau-père près de la gare du Nord à Paris et l’informaient sur les implantations allemandes et les industries à leur service. En Seine-et-Oise, il organisa la lutte contre le STO avec les inspecteurs du travail René Joulain (ultérieurement préfet du Puy-de-Dôme) et Roger David (ensuite à la direction d’Air France), ainsi qu’avec Robert Monvoisin, futur vice président du comité départemental de Libération de Seine-et-Oise, qui organisait le placement des réfractaires. Enfin, il poursuivait la reconstitution clandestine de la fédération socialiste.

Mais son mouvement fut infiltré par un agent de l’Abwehr (condamné en 1964 à la réclusion criminelle à vie) qui devint son agent de liaison et provoqua son arrestation le 21 juin 1944 par la Gestapo, place de la République à Paris. Torturé, interné au camp de Compiègne, il fit partie du dernier convoi qui partit le 18 août 1944 pour Buchenwald où il mourut d’épuisement. Ses qualités morales et intellectuelles avaient frappé ses compagnons de combat.
Kleinpeter semblait promis à des fonctions importantes après la Libération : selon R. Priou-Valjean, il aurait été désigné par le gouvernement provisoire d’Alger préfet de Seine-et-Oise ; selon un rapport du commandant des FFI de Seine-et-Oise, Pic dit aussi Forestier et Duroc, il aurait dû présider le comité départemental de Libération (mais la première réunion de celui-ci se tint avant son arrestation). Il fut homologué lieutenant des Forces françaises libres et décoré de la médaille de la Résistance avec rosette.

Plusieurs communes du Val d’Oise donnèrent son nom à des rues. Il figure sur la liste des « 500 francs-maçons du Grand Orient de France 1939-1945 » inscrits sur le mur du souvenir au siège du Grand-Orient, rue Cadet.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136420, notice KLEINPETER André. par Nadia MICHEL Gilles MORIN, version mise en ligne le 14 mars 2011, dernière modification le 7 juin 2011.

Par Nadia MICHEL Gilles MORIN

SOURCES : A.D. Seine-et-Oise et Yvelines : 1 W 417, 420, 957. - Arch. com. Aulnay sous Bois. — Arch. J. Maitron, rapport d’activité de la commission exécutive clandestine de la Fédération socialiste de Seine-et-Oise, juin 1940 à août 1944, 4 p. — Bulletin fédéral, Fédération socialiste de Seine-et-Oise, octobre 1945. — Rens. Maurice Sauvé. — L’École du Grand Paris, n° 5, février-mars 1939. — Témoignage de R. Priou-Valjean dans le Bulletin de l’Amicale Brutus Boyer, n° 43, 1965. — Plaquette commémorant le cinquantenaire de Libération-Nord, Paris 1991. — Daniel Mayer, Les socialistes dans la Résistance, Paris, Presses universitaires de France, 1968. — Marc Sadoun, Les socialistes sous l’occupation, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1982. — Alya Aglan, La Résistance sacrifiée, Paris, Flammarion, 1999. — Site Internet du CGMFM. - VERDIER (Robert), Mémoires, Paris, L’Harmattan, 2009. — Notes de Jacques Girault et de Kurt Knude. — Entretien avec Solange Kleinpeter, le 30 septembre 1999.

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