LACAMBRA Manuel

Par Gérard Leidet

Né le 14 février 1941 à Allègre (Haute-Loire) ; instituteur ; militant syndicaliste et mutualiste, secrétaire général de la section du SNI des Bouches-du-Rhône (1972-1974), administrateur puis président de la MAE des Bouches-du-Rhône (1999-2003).

Manuel Lacambra
Manuel Lacambra

Manuel Lacambra vint au monde dans une famille espagnole qui s’était réfugiée en France en 1939. Né en 1898, Estéban, son père, maçon dès l’âge de dix ans, était indiqué « manœuvre » lors de la naissance de son fils en 1941. De dix ans plus jeune que son époux, sa mère Josépha, née Solans, était femme au foyer. Tous deux étaient illettrés. Son père fut tout d’abord interné dans un camp de concentration du Sud-Ouest avant de pouvoir rejoindre son épouse et ses quatre fils qui avaient été dirigés vers Allègre. Sa famille s’installa à Marseille en 1946 dans le quartier dit « Tante Rose » situé au-dessus des collines de l’Estaque.

En 1947, Manuel Lacambra fut scolarisé à l’école communale de Verduron-Haut qui venait tout juste d’’être inaugurée. Il y découvrit la modernité, le confort de classes baignées de lumière, d’installations sanitaires inconnues jusqu’alors. En 1952, il fut admis en 6e, au cours complémentaire de la Grande Bastide à Mazargues. Il eut comme maîtres des instituteurs reconnus tels Jean Buisson, Marcel Astruc, qu’il devait apprécier plus tard comme militants et dirigeants de la section du SNI. Il fut ensuite élève au lycée Saint-Charles dans les sections M’ puis en mathématiques élémentaires où Lucien Sève*(voir ce nom) enseignait la philosophie.

Les difficultés économiques de sa famille imposèrent son entrée dans la vie active. Après avoir exercé divers métiers - docker « occasionnel », manœuvre de chantier... - il fut candidat à un poste d’instituteur suppléant. Il fut maître d’éducation physique avant d’obtenir son premier poste d’instituteur à l’école du Centre de Septèmes-les-Vallons (aujourd’hui école Tranchier-Giudicelli*) dans une classe de fin d’études.

En 1960, Manuel Lacambra n’était pas politiquement engagé. Sa rencontre avec Thérèse Fiorini, militante très influente dans la section du Syndicat national des instituteurs, le conduisit l’année suivante à s’intéresser à l’activité syndicale. Il participa notamment aux « tours de garde nocturnes » de la Bourse du Travail (située au boulevard Charles Nédélec* à Marseille) qui était menacée par l’activité de l’OAS dans les derniers temps de la guerre d’Algérie. Les événements de mai 1968 constituèrent l’autre engagement fondateur de sa vie syndicale. En compagnie de son ami Emmanuel Barelier, il partagea, selon ses propos, le « bouillonnement de vie de ce temps fort de notre histoire sociale ». Les années 1968 à 1972 furent donc celles d’un investissement soutenu dans la section départementale du SNI. Il fut successivement membre de la commission exécutive, conseiller syndical et membre du bureau départemental. Il faisait alors partie de l’équipe, composée de Marcel Bally, Alfred Bizot, Gabriel Vialle*, Jean François Battini, Guy Grandemange, Jean Arnaud, François Walger*, qui constitua, selon son témoignage, une « école de formation syndicale hors pair ».

En 1972, élu secrétaire général de la section du SNI, il déploya une intense activité dans toutes les commissions paritaires départementales (CAPD, CTPD) et au Conseil départemental de l’enseignement primaire. Dans le même temps, il exerça des fonctions représentatives dans les « organisations amies » (FCPE, MAE…) et multiplia les rencontres avec des militants associatifs, tels les présidents départementaux de la Fédération des conseils de parents d’élèves, Alfred Carasso, et de la Mutuelle accident élèves, Emile Arnaud… Au cours de ce mandat de deux ans - ce qui constituait alors une règle dans le SNI et la FEN -, des activités se détachèrent :

* La première grève départementale du SNI fut critiquée par la direction nationale à cause de l’amendement « Vollaire »*, adopté par les instances statutaires au lendemain de la Libération, qui l’avait bannie du champ des possibles. Ce mouvement connut un grand succès, ainsi qu’en témoignèrent la presse syndicale départementale et la presse locale.

* Dans la foulée, la lutte engagée dans les Bouches-du-Rhône pour l’élargissement de la liste départementale des remplaçants conduisit à la stagiarisation, puis à la titularisation, de ces personnels précaires. Une promotion de normaliens sortants produisait ainsi un recrutement départemental de plus de cinq cents suppléants pour assurer la rentrée des classes. Impulsé avec beaucoup de détermination par Monique Bernard, responsable alors du secteur et centré sur la limitation de l’accueil des effectifs par classe, le combat fut aussi mené pour la défense et la promotion de l’école maternelle.

* La reconnaissance, en tant qu’accident de travail, des accidents survenus aux enseignants dans le cadre des sorties et des classes de découvertes mit enfin un terme à des situations individuelles souvent tragiques.

* Au cours de ce mandat, la section départementale manifesta par ailleurs une ferme détermination dans des luttes d’ampleur nationales avec la manifestation laïque nationale à Marseille et la création du corps des titulaires-remplaçants.

Manuel Lacambra prononça en 1973 l’allocution pour le départ à la retraite d’Alfred Bizot qui constitua « un fort moment d’émotion ». En 1987, il fut élu à la Commission académique des maîtres directeurs, à la suite du projet ministériel de création d’un statut hiérarchique lié à la direction d’école auquel René Monory, ministre de l’Education nationale, s’était attaché.

Il dirigea plusieurs écoles primaires des Bouches-du-Rhône : à La Penne-sur-Huveaune Mairie à partir de 1974, au Roy d’Espagne II de 1987 à 1989, à La Baume de 1989 jusqu’à sa retraite en 1996.

Au terme de son parcours professionnel, Manuel Lacambra poursuivit son engagement mutualiste à la MAE. Jean Arnaud se retira et il lui succéda comme président en 1999, afin d’assurer la continuité de cette mutuelle créée par des instituteurs et des parents d’élèves en 1937. En avril 2000, la Mutuelle des Bouches-du-Rhône et ses militants organisèrent à Marseille le congrès national de la MAE. Cet engagement achevait un parcours syndical « au service des élèves de l’école publique, de leurs familles et de la communauté éducative tout entière ».

En août 1963 à Marseille, il épousa Elise Ardizzoni, institutrice dans la ville. Ils eurent deux enfants, Bernard né en 1965 et Philippe né en 1971. Le couple vivait à Nice (Alpes-Maritimes) depuis 2003

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136444, notice LACAMBRA Manuel par Gérard Leidet, version mise en ligne le 21 mars 2011, dernière modification le 18 novembre 2018.

Par Gérard Leidet

Manuel Lacambra
Manuel Lacambra

SOURCES : Archives de la section départementale du SNI des Bouches-du-Rhône. — SNI 13, Bulletin du SNI des Bouches-du-Rhône. — Correspondance avec le militant, 17 et 23 février 2011. — Note de Jacques Girault.

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