KIPP Thomas, François, Joseph

Par Fernand Brem

Né le 7 mars 1931 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; menuisier-ébéniste ; permanent syndical CFTC puis CFDT – en particulier Bois et Bâtiments, et Bûcherons (1959-1975), puis inspecteur du conseil national de la Caisse nationale de Retraite des ouvriers du Bâtiment (1975-1990) ; membre du conseil de la Fédération des syndicats privés d’Alsace (1959-1975), du conseil du l’Union départementale CFDT (1959-1970), secrétaire de l’UD-CFDT du Bas-Rhin (1968-1970) ; vice-président de la CPAM de Strasbourg. Après sa retraite en 1990, président de l’Union Territoriale des Retraités CFDT (1999-2006).

Thomas Kipp naquit à Strasbourg, rue des Bateliers, dans une famille de cinq enfants (quatre garçons et une fille). Son père, Albert Kipp natif de Benfeld (Bas-Rhin) (1902-1979) était coiffeur de profession. Installé à Strasbourg, il y épousa Joséphine Clauss, couturière, (1902-1980).

Thomas Kipp garda un souvenir mitigé de l’accueil que fit le Limousin aux évacués de Strasbourg en 1939. Ses parents s’installèrent à Erstein au lendemain de la Seconde guerre mondiale. C’est là que Thomas Kipp entra en apprentissage de menuisier-ébeniste et qu’il passa son brevet de compagnon (1949). Après son service militaire, il travailla dans l’entreprise Willer à Hindisheim, puis dans la grande menuiserie Jacquemin de Schiltigheim. Déjà syndiqué à la CFTC, il fut élu délégué du personnel et obtint de l’entreprise l’application de la convention collective.

La Fédération des syndicats CFTC d’Alsace procéda à son recrutement comme permanent syndical, au départ de Charles Arbogast et de Wirtz. Il fut chargé des branches Bâtiment et Travaux publics, Carrières et Matériaux, Bois et Céramique, Agriculture (ouvriers agricoles et ouvriers forestiers), suivi qu’il assura jusqu’en 1975. C’est aussi la période dans les années 1960 où l’on a construit les grandes cités autour de Strasbourg : la Canardière, cité de l’Ill, Hautepierre etc… « J’ai visité des chantiers, déclare Thomas Kipp, où il y avait 50 et jusqu’à 100 ouvriers dans la même baraque », et l’on m’a dit : « Écoute, tu vas distribuer Le Travailleur et les tracts ». Et quand je rentrais dans la baraque, ça gueulait : « celui-là il n’a jamais travaillé ! Qu’est-ce que tu veux toi ? Tu nous apportes un peu plus de salaire ? ». Dans toutes ces branches professionnelles, il y avait des conditions de travail abominables. Elles avaient les conventions collectives les plus minables que Kipp ait connues dans sa carrière. Dans la convention collective de l’ameublement, de la scierie, il n’y avait rien, comme protection sociale. 90 % des entreprises du Bois et du Bâtiment étaient des entreprises de moins de 10 salariés : pas de délégué du personnel, pas de sections syndicales, et la convention collective dans ces petites boîtes était inconnue.

La tâche principe était le suivi des différentes conventions collectives de ses branches, la négociation de ses mises à jour, et la visite des sections syndicales. La période fut marquée de conflits. Dès 1963, il dut assurer le suivi des grévistes des tuileries Marcel Bisch à Seltz, une entreprise de 500 salariés, en 1963. Elle dura plus de deux semaines et bénéficia du soutien total de la population environnante, marquée par le défilé des travailleurs avec les banderoles qui reprenaient les revendications en dénonçant l’injustice sociale ; pour la justice sociale (« Wir wollen soziale Gerechtigkeit et dénonçant l’incompétence patronale et de la direction : « Nous voulons une direction capable ! ». Cette action syndicale dans un milieu rural face à une gestion incohérente fut victorieuse et à long terme, « puisqu’elle a empêché la boîte de crever ». La preuve : « elle existe encore aujourd’hui ». La reformulation de la convention collective des ouvriers forestiers fut particulièrement exigeante. Depuis la période de l’annexion à l’Allemagne, la gestion forestière était confiée à une régie. En 1960, une convention collective pour les bucherons du Bas-Rhin avait été signée, mais comme les bûcherons se faisaient embaucher dans les trois départements, il s’était avéré nécessaire de signer une convention collective régionale. De plus, il convenait de régler les contentieux individuels particulièrement avec la Mutualité sociale agricole (remboursement des prestations de maladie, accidents du travail, indemnités d’intempéries, retraite complémentaire, un régime de prévoyance en cas de longue maladie, invalidité ou décès et autres). La convention collective régionale n’aboutit qu’en 1975.

Thomas Kipp participa aussi à la vie interprofessionnelle de la CFTC. Il fit partie, dès 1959, de la délégation de l’Alsace au congrès confédéral et participa au congrès confédéral d’Issy-les-Moulineaux de 1964. Il participa à la majorité des délégués alsaciens qui votaient contre « la déconfessionnalisation », mais s’inclina devant la majorité confédérale comme le demandent les dirigeants alsaciens, Théo Braun et Staedelin. Il fit partie du bureau de l’Union départementale CFDT et à l’issue du congrès de l’UD du 4 mai 1968 il fut élu Secrétaire général, activité qu’il assuma jusqu’en octobre 1970. De mai 1968, autre date marquante pour lui, Thomas retiendra en outre les avancées obtenues sur le droit syndical et le bond de 30 % du SMIC. « Les patrons nous disaient que jamais les entreprises pourraient supporter ces charges supplémentaires. À ma connaissance, dans notre département, aucune n’a fait faillite à cause de cette augmentation de salaire ».

Après 1975, il dut saisir l’occasion qui se présentait à lui pour se « reconvertir ». C’est ainsi qu’à partir du 1er mai 1975 Thomas Kipp fut responsable de l’échelon départemental de la Caisse nationale de retraite des ouvriers du bâtiment, continuant à rendre service à ses camarades, (mais comme employé de la CNRO). Par la suite, il occupa le poste d’inspecteur de la CNRO. Il assuma cette fonction jusqu’en 1990 où il prit sa retraite.

À la retraite il poursuivit son travail de militant et entra au conseil de l’UTR-CFDT et succéda en 1999 comme président à Claude Giordani, fonction qu’il assuma jusqu’en mai 2010.

Il se maria à Erstein (bas-Rhin) en mai 1957 avec Marie Jpséphine Bapst.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136477, notice KIPP Thomas, François, Joseph par Fernand Brem , version mise en ligne le 30 mars 2011, dernière modification le 8 septembre 2011.

Par Fernand Brem

SOURCES : Entretien avec Thomas Kipp. — Almémos, De la CFTC à la CFDT, éd. Almémos, 2004. — État civil.

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