KRIEGEL Aloyse, Rémi

Par Fernand Brem

Né le 4 octobre 1936 à Schorbach (Moselle) ; religieux capucin ; infirmier au CHU de Nancy, puis de Strasbourg, militant CFDT du Syndicat Santé et sociaux de la CFDT Lorraine (1968) et de la CFDT Alsace (1975), puis secrétaire du Syndicat Santé sociaux CFDT d’Alsace (1992-1994), membre du Conseil de l’Union interprofessionnelle de la CFDT Alsace (1979-1994).

Aloyse Kriegel naquit dans une famille de douze enfants dont il était le deuxième (huit garçons et quatre filles). Son père, Joseph Kriegel était né le 2 juin 1908 et sa mère Madeleine Wernoth le 30 novembre 1912. Joseph Kriegel était maçon de profession mais assurait aussi, avec l’aide de son épouse, sans profession, une activité paysanne qui permettait à la famille de subvenir à ses besoins. La famille s’était installée à Bitche (Moselle) en 1937. Les parents étaient de fervents catholiques, le père, un homme ferme et convaincu était très ouvert aux activités associatives de la cité : il était président du Comité local de « La Famille lorraine », trésorier de la section de musique locale et bien d’autres activités au sein de la paroisse. Les parents étaient membres du Tiers Ordre religieux des capucins dont un couvent se trouvait à Bitche.

En 1939, avec toute la population locale, la famille fut évacuée en Charente-Maritime, près de Cognac et y resta jusqu’en 1941. Elle retourna alors à Bitche. Aloyse fréquenta l’école primaire de sa commune puis les études secondaires (de 7e au bac) au séminaire de Koenigshoffen à Strasbourg jusqu’en 1954. Après une année de Noviciat au Couvent des capucins de Saint-Nicolas-de-Port, il rejoignit le couvent de Bitche pour les études de psychologie et de philosophie (1956 à 1958). Suivirent les années de théologie au couvent de Hirsingue (Haut-Rhin) jusqu’en 1964, entrecoupées par son service militaire de 1959 à 1961. En 1964 il fut ordonné prêtre et passa deux années en 1965 et 66 à Lyon Croix Rousse pour une formation de pastorale en monde ouvrier à la Faculté libre de Lyon. Revenu à Strasbourg en 1966, il fut rattaché à l’aumônerie du diocèse pour la JOC.

En 1967, il décida avec deux confrères de s’installer à Nancy et de s’engager dans le mouvement national des prêtres ouvriers. En janvier 1968 il fut embauché à l’hôpital central de Nancy comme garçon de salle. En plein bouillonnement de mai 1968 il prit sa carte syndicale CFDT et contribua à la création de la section syndicale à l’hôpital. En 1972 il devint secrétaire départemental « Santé sociaux » et entra au Conseil de l’Union régionale Lorraine l’année suivante.

Mais un drame familial l’obligea à demander sa mutation à Strasbourg où vivait un de ses frères devenu aveugle et atteint de leucémie. Celui-ci mourut en 1975.
Au CHU de Strasbourg il fut affecté en radiologie (en chirurgie infantile puis en chirurgie digestive) et passa successivement les concours d’aide de radiologie puis de manipulateur de radiologie en 1979. Mais son cursus syndical se poursuivit. En effet au CHU de Strasbourg les mouvements massifs de grèves se succédaient presque chaque année notamment à propos des effectifs et des conditions de travail. Le syndicat s’attaqua à ce problème et la CFDT devint très rapidement le syndicat très largement majoritaire dans toutes les instances représentatives. Aloyse Kriegel était membre du conseil d’administration pendant huit années. L’ouverture du CHU de Hautepierre était un moment fort de l’activité syndicale.

Dès 1975 alors secrétaire de la section CHU (il le restera jusqu’en 1982), il entra à l’Union départementale du Bas-Rhin lors du congrès de 1977 et commença un véritable travail interprofessionnel en faisant partie de la commission « Santé ». Puis en 1979 il entra du conseil de l’UD au conseil régional interprofessionnel.

L’URI créa alors un « secteur santé interpro » chargé d’enrichir les priorités de la CFDT en matière de santé, choix et évolution des structures, la politique sanitaire et sociale vers les personnes âgées, l’évolution des conditions de travail dans les entreprises. À ce niveau le travail et l’objectif visaient particulièrement l’étude et les propositions concernant le travail de nuit et le travail posté, le stress au travail. C’était une action animée par la fédération de santé et la confédération.

Cette action était menée en coordination avec des élus CFDT dans les diverses structures de la Sécurité Sociale, devait agir sur l’exclusion sociale et enfin permettre la mise en route du RMI. Tous ces objectifs régionaux étaient suivis par des sessions de formation pour les militants, des informations écrites avec notamment plusieurs livrets imprimés par le secteur destinés aux militants. La création de ce secteur était innovante, et dû à l’initiative de François Guntz et d’Aloyse Kriegel.

Pour les besoins de ce travail de création d’un secteur de Santé interprofessionnel Aloyse Kriegel obtint un détachement à mi-temps, ce qui permit la mise en place de la Charte régionale adoptée en 1987.

De 1988 à 1995 il obtint un détachement à plein-temps sur la région Alsace pour mener différentes tâches : Travail de politique de Santé, notamment pour « les personnes âgées et les structures de soin » ; les conditions de travail et la médecine du travail ; travail sur l’insertion, l’exclusion, la précarité ; l’organisation des formations de santé. Il s’avéra par la suite, après le départ de François Guntz, que ces choix étaient remis en cause : un certain nombre de responsables ont estimé que ces problèmes n’étaient pas du domaine de l’interprofessionnel mais du professionnel. Ceci a contribué au non-renouvellement de la candidature d’Aloyse Kriegel au conseil régional de l’URI en 1994 et de son départ.

Pendant toute cette période Aloyse Kriegel a représenté la CFDT à l’ANACT (organisation nationale et régionale traitant des conditions de travail et de la médecine du travail) et au CROSS (comité régional de l’action sanitaire et sociale). Il assura avec la commission santé la mise en place de la Charte régionale Santé Sociaux adopté au congrès régional CFDT en 1987.

Par ailleurs il fut secrétaire régional des syndicats « santé sociaux » et mit en place un travail commun entre les syndicats de la santé et le syndicat des directeurs d’établissements de santé adhérents à la CFDT, une mini révolution dans la région. À son départ à la retraite, en 1995, il s’engagea d’abord à ARC EN CIEL (association d’alphabétisation des personnes étrangères), puis à la fin de 1995 à l’association « Médecins du Monde » qui venait d’ouvrir à Strasbourg un centre d’accueil et de soins pour personnes sans ressources, sans droits et sans papiers. Il accepta l’année suivante, suite à un vote des membres, la responsabilité de l’accueil social : 30 personnes.

Il continue à ce jour d’exercer cette activité comme bénévole à raison de 20 heures par semaine ainsi que la participation aux autres activités de l’association : interventions extérieures, école de formation, suivi des stagiaires .

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136480, notice KRIEGEL Aloyse, Rémi par Fernand Brem, version mise en ligne le 30 mars 2011, dernière modification le 30 mars 2011.

Par Fernand Brem

SOURCES : Archives personnelles d’Aloyse Kriegel. — Archives de la CFDT Alsace. — Aloyse Kriegel, Errances en quête de reconnaissance, Strasbourg 2009. — Entretien en octobre 2001 avec Aloyse Kriegel.

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