LAFOREST Robert, Théophile

Par Alain Dalançon

Né le 7 juillet 1901 à Pourrain (Yonne), mort le 21 juillet 1968 à Sens (Yonne) ; professeur ; militant syndicaliste, secrétaire départemental de l’Yonne du SNEPS, membre de la CA nationale du SNCM, secrétaire général adjoint du SNES (classique, moderne) et secrétaire national du SNES (classique, moderne et technique) ; militant socialiste SFIO.

Laforest au congrès du SNES de 1966, au premier plan (photo IRHSES).
Laforest au congrès du SNES de 1966, au premier plan (photo IRHSES).

Fils d’Hubert Laforest, facteur des postes, et de Marie Corbillet, sans profession, Robert Laforest entra à l’École normale d’instituteurs de Saint-Germain-des-Fossés (Yonne) en 1919. Il effectua son service militaire d’octobre 1921 à octobre 1923 au 4e Régiment d’infanterie, et épousa Marie Godet, institutrice, le 18 août 1923 à Villers-Saint-Benoît (Yonne) avec laquelle il eut deux enfants.

Titulaire du brevet supérieur, il fut nommé instituteur adjoint à l’école primaire supérieure de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) à la rentrée d’octobre 1923 puis, après l’obtention du certificat d’aptitude au professorat des écoles normales et des écoles primaires supérieures (sciences) en 1926, fut nommé à l’EPS de Sens à partir d’octobre 1926, établissement où il demeura jusqu’à la fin de sa carrière, en 1961, après sa transformation en collège moderne puis en lycée.

Robert Laforest, militant socialiste SFIO, avait participé à la Résistance. Il s’était inquiété que des socialistes rejoignent en nombre le Front national, position qu’il développa aussi après la Libération. Il demanda le remplacement d’une représentante du Parti socialiste SFIO au Comité départemental de Libération car L’Yonne républicaine l’avait dénoncée pour avoir accepté pendant la guerre des cadeaux de familles de détenus. La comparution devant un jury d’honneur fut même projetée. Le 3 décembre 1944, le congrès de la fédération socialiste SFIO le désigna comme secrétaire fédéral, responsabilité qu’il conserva moins de deux ans.

Adhérent dès le début de sa carrière de l’Association des professeurs des EPS de France et des colonies, Robert Laforest en devint un militant très actif après sa transformation en syndicat en 1931. Secrétaire de la section départementale de l’Yonne avant la Seconde Guerre mondiale, il le demeura après la transformation du Syndicat national des EPS en Syndicat national des collèges modernes en 1945 et entra à sa commission exécutive nationale à la Libération aux côtés d’Alcée Marseillan, Henri Maunoury et Georges Petit. Dès lors, il devint un des plus importants militants du SNCM, de sorte qu’il participa activement à la fusion avec le Syndicat national de l’enseignement secondaire qui donna en avril 1949 le SNES (classique et moderne). Elu à la commission administrative nationale du nouveau syndicat sur la liste des collèges modernes au titre des militants partisans de l’autonomie, il occupa dès 1949 la très importante fonction de secrétaire de catégorie des certifiés, grade dans lequel les anciens professeurs d’EPS furent intégrés à cette époque, comme lui-même en tant que professeur certifié de sciences naturelles. De la bivalence, ces professeurs passèrent donc à la monovalence, et bénéficièrent du décret de 1950 établissant leur maximum de service à 18 heures hebdomadaires. L’Administration n’appliqua cependant pas toujours ces nouvelles dispositions et demanda souvent aux anciens professeurs d’EPS de faire des compléments de service dans une autre discipline que la leur. Ainsi l’inspecteur d’académie demanda en 1950 à Laforest d’effectuer un complément de service en mathématiques au futur lycée de Sens. Il refusa catégoriquement, et son cas personnel devint un cas d’école pour le SNES. L’inspecteur d’Académie estima alors que le professeur usait de sa responsabilité comme membre de la commission administrative paritaire nationale pour obtenir satisfaction.

Robert Laforest dut constamment défendre les intérêts des certifiés, non seulement vis-à-vis de l’Administration mais aussi à l’intérieur du syndicat dont les principaux responsables restaient agrégés, catégorie qui avait la part trop belle selon lui. Il demanda donc d’avoir une responsabilité plus importante dans le bureau national et devint secrétaire général adjoint en juin 1951, tout en cumulant celle de secrétaire de catégorie des certifiés. Il ne disposait pour ses responsabilités que de trois heures de décharge de service. Il siégeait en même temps à la CA nationale de la FEN de 1950 à 1957, fut élu membre suppléant du Conseil du second degré en 1950 puis siégea au Conseil supérieur de l’Éducation nationale et était élu du personnel dans la commission administrative paritaire des certifiés depuis 1948.

Henri Maunory, secrétaire général adjoint de la FEN et secrétaire général adjoint du SNES étant décédé en juin 1953, Laforest devint (ainsi que Mlles Antonia Potier et Jeanne Borgey) le plus important militant de l’ancien SNCM mais ne put occuper le poste-clé de secrétaire corporatif dont Maunoury était chargé. Ce dernier revint dès lors à nouveau à un agrégé, Ghouti Benmerah, comme c’était l’habitude dans l’ancien SNES.

Robert Laforest n’était pas un idéologue mais un militant soucieux de défendre avant tout les intérêts corporatifs individuels et collectifs des personnels. Son approche corporative des questions syndicales, qui avait prévalu sous les mandats d’Albert-Claude Bay, n’eut plus la même audience à partir de 1956 dans la direction autonome du SNES dirigée par Pierre Dhombres. il resta cependant secrétaire général adjoint et secrétaire de catégorie des certifiés jusqu’aux élections de mai-juin 1960 en conservant trois heures de décharge de service, mais ne fut plus membre de la CA fédérale à partir de 1958.

Il restait cependant très populaire à cause des multiples cas individuels qu’il avait défendus. Immédiatement après sa prise de retraite en 1961, il fut donc élu secrétaire de catégorie des retraités en 1962, succédant à James Guérrapin, responsabilité qu’il n’eut pas de mal à conserver dans le nouveau SNES (classique, moderne, technique) en 1966 puis lors des élections de 1967 où la tendance « Indépendance et démocratie » perdit la majorité. Laforest resta le seul secrétaire de catégorie de l’ancienne majorité, avec Gaston Langlois (ex-Syndicat national de l’enseignement technique) pour adjoint.

Le Bureau national du nouveau SNES fut représenté à ses obsèques par Edouard Patard (alors secrétaire de catégorie des certifiés) et Philippe Rabier qui devait lui succéder plus tard au secrétariat de catégorie des retraités. Pierre Dhombres lui rendit hommage dans L’Université syndicaliste, n°3 du 23 octobre 1968.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136484, notice LAFOREST Robert, Théophile par Alain Dalançon, version mise en ligne le 31 mars 2011, dernière modification le 1er février 2018.

Par Alain Dalançon

Laforest au congrès du SNES de 1966, au premier plan (photo IRHSES).
Laforest au congrès du SNES de 1966, au premier plan (photo IRHSES).

SOURCES : Arch. Nat., AJ/16/8954 ; F17/ 17778, 27856. — Arch. Départ. Yonne, état civil, registre matricule. — Arch. IRHSES (Bulletin du SNEPS, Bulletin du SNCM, SNES,
Congrès, CA, GRES, L’Université syndicaliste. — Arch. OURS, fédération socialiste SFIO de l’Yonne. — Notes de J. Girault

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