LABARRÈRE André, Martin, Pierre

Par Gilles Morin

Né et mort à Pau (Pyrénées-Atlantiques), 12 janvier 1928 - 16 mai 2006 ; professeur agrégé d’histoire ; militant socialiste des Pyrénées-Atlantiques ; maire de Pau en 1971 - 1997 ; conseiller général de Pau-ouest, puis Pau 4-ouest, puis Jurançon (1967-1997) ; conseiller régional (1979-1981, 1986-1992) ; député (1967-1968, 1973-1981, 1986-2001), sénateur (2001-2006) ; ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le parlement (mai 1981-mars 1986) ; membre de la direction nationale de la CIR (1968), puis du Parti socialiste, membre du bureau national (1969-1973), du comité directeur (1971-1993).

André Labarrère
André Labarrère
Député

Fils de commerçants, André Labarrère fut élève des institutions religieuses de Pau. Il milita à la Jeunesse étudiante chrétienne dès son arrivée à Paris après la guerre et, étudiant à la Sorbonne, fut président du groupe des étudiants en histoire de Paris en 1950, président des étudiants de la Sorbonne en 1951, vice-président des étudiants en lettres de France, rédacteur en chef de trois périodiques de tendance JEC, Message, Sommets, Interfac (revue des étudiants d’histoire et de géographie de France). Licencié et docteur ès lettres, André Labarrère était titulaire d’un DES d’histoire contemporaine portant sur « Martignac et la droite » et d’un DES d’histoire de l’art du Moyen-Âge, « L’église de Morlaas ».

Reçu à l’agrégation d’histoire en 1956, il enseigna au lycée de Digne (Alpes-de-Haute-Provence) de 1956 à 1958, puis fut le premier boursier français financé par le gouvernement canadien au conseil des arts du Canada en 1958. Il enseigna huit ans comme chargé de cours à la faculté des lettres, à la faculté des sciences sociales et à la faculté des sciences de l’administration de l’université Laval à Québec, puis fut professeur d’histoire de l’art à l’école des Beaux-arts de Québec jusqu’en 1966. Docteur ès lettres de l’université Laval, il rédigea une thèse portant sur les « instituteurs laïques au Canada français au 19e siècle » et publia plusieurs ouvrages sur le Canada. Au cours de son séjour, il anima plusieurs émissions de radio et de télévision du Québec, notamment des jeux télévisés et une chronique de graphologie. Il publia un ouvrage sur ce thème,Les secrets de l’écriture. En 1966, à son retour du Canada, il adhéra au CEDEP dirigé par Pierre Mauroy* et à la FGDS, le 30 mars 1966.

Selon Thierry Pfister (Les socialistes, Albin Michel, 1975), Labarrère à peine rentré du Canada affirma dans sa ville natale son intention de conquérir la mairie, le siège de conseiller général et celui de député, suscitant des sourires ironiques. Mais il devait profiter les mois suivants de la conjoncture favorable, la poussée de l’opposition au gaullisme, le désir des deux grands partis de la gauche non communiste de laisser des places à de jeunes espoirs et au parti de François Mitterrand, leur partenaire dans la FGDS. Labarrère bénéficia donc, en plus de celle de la fédération de la gauche, de la double investiture de la CIR et de la SFIO. Il fut élu député CIR de la première circonscription des Pyrénées-Atlantiques, le 12 mars 1967, à la faveur d’une triangulaire (avec 28 517 voix contre 26 614 à Sallenave, député sortant centre démocratique). Au second tour, il obtient 37 % des suffrages. Il appartint à la commission des affaires étrangères et choisit de siéger dans les rangs de la CIR après son élection, sur la proposition de Louis Mermaz*. Il entra au groupe permanent de la CIR en octobre 1968.

Dans la foulée, André Labarrère emporta le siège de conseiller général de Pau-ouest le 1er octobre 1967, en battant le sénateur sortant Jean-Paul Tinaud. Il devait être réélu à Jurançon en 1973, 1979 et 1985. Il appartint à la 1ère et 4e commission de l’assemblée départementale.

André Labarrère connut un échec qui aurait pu contrarier sa carrière, en juin 1968, dans le cadre du profond reflux de la gauche. Il fut battu à la députation par Pierre Sallenave (29 889 voix contre 45 829) en dépit d’une nette progression par rapport à 1967. Il reprit un poste d’enseignant après sa défaite, étant nommé au lycée d’Auch, puis au lycée Carnot à Paris à la rentrée 1968, avant de revenir en 1970 au lycée de Pau. Il considérait que le désistement communiste lui avait fait perdre des voix et, en septembre 1968, il appela à construire un grand parti « démocrate-socialiste » excluant le Parti communiste. Il demandait alors « de nouveaux leaders », « les anciens ayant fait leur temps » et lors du vote du congrès fédéral sur le président de la CIR au prochain congrès de l’organisation, Labarrère vota contre Mitterrand.
En juin 1969, Labarrère fut l’un des initiateur des « rencontres de Bagneux », avec Jean Poperen* et des responsables du CERES, refusant conjointement de participer au congrès d’Alfortville de la SFIO et la réunion de Saint-Gratien organisé par la CIR dont il démissionna. Mais il participa au congrès d’Issy-les-Moulineaux en juin 1969 qui vit l’élection d’Alain Savary* à la tête du nouveau parti socialiste. Il avait eu une place originale, étant à la fois signataire de la motion Poperen et de celle de Pierre Mauroy* qui perdit la direction provisoire du parti qu’il détenait depuis quelques mois. Labarrère se situa dans la minorité autour de Pierre Mauroy et participa aux réunions du groupe de travail minoritaire comme en attestaient des notes des archives Pontillon*. Elu au comité directeur du PS et au bureau national au congrès d’Issy-les-Moulineaux, il céda sa place en décembre suivant, après sa nomination à Auch, mais resta membre du comité directeur, auquel il fut reconduit après le congrès d’Épinay en juin 1971 (tendance Mermaz-Pontillon, après avoir été signataire de la motion l de ceux-ci).

Avant son départ pour Paris, Labarrère avait fondé un cercle d’études économiques et sociales des Basses-Pyrénées, dont le siège était commun avec sa permanence. Il bénéficiait de l’appui du grand quotidien local La République. Aux élections municipales de 1971, il présenta une liste à Pau, contre celle présentée par Pierre Sallenave. Refusant l’étiquette PS, elle comprenait vingt-cinq socialistes, cinq radicaux, quatre GAM et trois CIR et il fut élu maire d’une ville qui dépassait déjà les 75 000 habitants. Il fut réélu sur une liste d’union de la gauche en 1977 avec 62,7 % des voix. En 1978, il était président du syndicat intercommunal d’aménagement et équipement de l’agglomération paloise, président de l’association des maires des pays de l’Adour. Réélu député de la 1ère circonscription des Pyrénées-Atlantiques de mars 1973, en battant de nouveau Pierre Sallenave, avec 177 voix d’avance (44 750 contre 44 573), il fut réélu en 1978 de justesse (53 433 voix contre 53 348). Vice-président de l’Assemblée nationale du 3 avril 1973 au 2 avril 1974, il était encore membre du bureau du groupe socialiste et des radicaux de gauche et secrétaire du groupe des députés-maires. En novembre 1973, il fut désigné au conseil régional d’Aquitaine.

L’année 1979 fut importante dans la carrière de Labarrère, qui, cumulant les mandats, prit le contrôle du département et de la région et rompit provisoirement une nouvelle fois avec la majorité de son parti. Élu président du conseil général en 1979, après avoir été sans succès son challenger jusqu’à cette date, il ravit la présidence du conseil régional de janvier 1979 à juin 1981 à Jacques Chaban-Delmas, puis fut président de la commission permanente en octobre 1981. Il entra au comité directeur de l’association nationale des maires de France en 1980 et fut porté à la vice-présidence de la fédération nationale des élus socialistes et républicains (FNESER).

Avec les mauroyistes, André Labarrère avait intégré la majorité mitterrandiste après Épinay. Il fut signataire de la motion Mitterrand pour le congrès de Grenoble en 1973 et délégué départemental de François Mitterrand pour les élections présidentielles de 1974. Mais, au congrès de Metz en mars 1979, il passa dans l’opposition et soutint la motion B (Mauroy) qui le délégua à la commission de résolution du congrès. Cette position le plaçait en position minoritaire dans sa fédération et plus marginale dans le parti : candidat sur la liste socialiste-MRG aux élections européennes de 1979, il figura en 77e position.

Après la victoire de la gauche en juin 1981, réélu député, Labarrère fut nommé ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le parlement, de mai 1981 à mars 1986. Son humour ravageur se montrait très utile face aux coups d’une opposition qui n’avait pas encore accepté le principe de l’alternance. De nouveau élu député en mars 1986 (il a été candidat du parti à la présidence de l’assemblée en avril 1988), il fut reconduit en juin 1988 et mars 1993 dans la 3e circonscription Pau-Orthez. Il démissionna en 1988 de son mandat de conseiller général pour respecter la loi sur le cumul. L’année suivante, il devint président de l’association « les écos-maires ».

Après avoir été sans succès candidat PS aux élections sénatoriales de septembre 1992, il fut élu sénateur le 23 septembre 2001, à 73 ans, les deux autres sièges restant acquis à la droite. Il devança avec 466 voix (sur 1 682) deux sortants réélus de droite, Auguste Cazalet (RPR, 417 voix) et Didier Borotra (UDF, 293 voix). Il dut donc abandonner son fauteuil de député et siégea à la commission des affaires culturelles.

Homosexuel déclaré, l’un des premiers à le faire dans la vie politique française, André Labarrère était commandeur de l’Étoile polaire de Suède, de l’ordre du lion du Sénégal, du mérite national de Côte-d’Ivoire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136490, notice LABARRÈRE André, Martin, Pierre par Gilles Morin, version mise en ligne le 31 mars 2011, dernière modification le 5 juin 2021.

Par Gilles Morin

André Labarrère
André Labarrère
Député

ŒUVRE : Les instituteurs laïcs au Canada français, PUL, 1965 ; Monseigneur Laflèche, FIDES, 1970 ; Les laïques et la presse périodique au Canada français au XIXe siècle, PUL, 1963 ; Les secrets de l’écriture, Éditions du jour, Pau, SAEP, Colmar, 1972 ; Pau, ville-jardin, Flammarion, 1984 ; Votre écriture messieurs !, Ramsay, 1987.

SOURCES : Arch. Nat., CAC, 19770359/26, 19780654/59. 19890523/8, 19890523/19, 19980414/26, 20010261/30. — Archives de l’OURS, dossiers biographique et Pyrénées-Atlantiques, 2/APO/2 et 6, fonds FGDS. — Arch. Fjj, 6EF73/2, 72 EF, 64-67. — Le poing et la rose, n° 15, mai 1977. — Arch. Fjj, 6ef73/2. — Le poing et la rose, n° 81, mai 1879. — Jean-Philippe Malle, 1945-1975, déliquescence et réunification du mouvement socialiste dans le Béarn, TER, histoire, Pau et pays de l’Adour, 1990, 179 p., principalement p. 103 et suivantes .

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