LE FOLL Yves

Par Christian Bougeard, Alain Prigent, François Prigent

Né le 7 février 1912 à Pleyben (Finistère), mort le 1er septembre 1998 à Saint-Brieuc (Côtes- d’Armor) ; professeur puis censeur ; résistant FN ; militant syndicaliste, secrétaire adjoint (1951-1954) puis secrétaire départemental de la FEN (1954-1956) ; militant socialiste, secrétaire fédéral de la SFIO des Côtes-du-Nord (1947-1958), PSU (1958-1975), PS (1975-1998), conseiller municipal (1959-1965) puis maire de Saint-Brieuc (1965-1983), conseiller général de Saint-Brieuc (1965-1982), député PSU (1967-1968) puis PS (1973-1978) des Côtes-d’Armor.

Yves Le Foll, aîné de quatre enfants, était issu d’une famille modeste de Pleyben près de Châteaulin. Sa mère était couturière, son père, artisan forgeron fut réformé de guerre et son fils fut reconnu comme pupille de la Nation en janvier 1933. Après des études à l’école primaire supérieure de Douarnenez, il intégra l’École normale d’instituteurs de Quimper (1928-1931), obtint une quatrième année à celle de Rennes, puis entra à l’École normale supérieure de l’enseignement technique (section A1, 1932-1934). Il effectua son service militaire en 1933 au poste météorologique de Saverne (Bas-Rhin). Titulaire de la première partie du professorat des écoles normales et des Écoles primaires supérieures (EPS), il réussit au professorat des écoles pratiques industrielles (A, sciences et mathématiques) en 1935.

Yves Le Foll fut nommé en septembre 1935 professeur à l’école des métiers de Mâcon (Saône-et-Loire), puis en décembre 1935 à l’école pratique de commerce et d’industrie de Cherbourg (Manche), puis il obtint sa mutation pour l’École pratique du commerce et de l’industrie (EPCI )de Dol-de -Bretagne (Ille-et-Vilaine).

Il se maria en janvier 1937 à Saint-Thois (Finistère) avec Marie-Jeanne Heydon, institutrice. Le couple eut quatre enfants. Mobilisé le 1er septembre 1939, fait prisonnier le 17 juin 1940, envoyé en captivité en Allemagne, il fut rapatrié le 2 juillet 1942 pour raisons sanitaires et parce qu’il était père de deux enfants. Il fut pensionné par la suite à 30 %. En 1944 il avait sa carte au mouvement de résistance Front National.

En 1945, il fut nommé professeur de mathématiques et de comptabilité au collège technique de Saint-Brieuc, avant de devenir sous-directeur des études en 1948, puis directeur d’études en 1952, faisant fonction de censeur. L’établissement devint lycée technique Curie. Il assura l’intérim de sa direction en 1965 et fut nommé par le ministère comme censeur à partir de cette date jusqu’à sa retraite administrative en 1967.

Dès 1933, Yves Le Foll adhéra aux JS, avant d’être affilié à la SFIO en 1936. Il participa à Paris aux manifestations en riposte au 6 février 1934. Jeune militant dans la section de Cherbourg, il fut candidat en 1935 aux municipales à Baguer-Morvan près de Dol-de-Bretagne, où sa femme Jeanne (morte en août 1997) était institutrice.

Installé à Saint-Brieuc, il militait activement au sein de la section socialiste dirigée par Max Le Bail* et Antoine Mazier*. Entre fin 1946 et septembre 1958, Yves Le Foll assuma les responsabilités de secrétaire fédéral de la SFIO des Côtes-du-Nord, écrivant régulièrement dans Le Combat Social. Secrétaire de section, il figura en 31e et dernière position sur la liste socialiste aux élections municipales en 1947 (Jean Nicolas*) et en 1953 (liste Mazier, député entre 1946 et 1958). De même, il fut candidat aux élections cantonales à Pléneuf en 1951, face au sénateur radical-RGR sortant, André Cornu, alors secrétaire d’État du gouvernement Pleven. Le candidat communiste, Joseph Folinais* était un ancien SFIO.

Le 12 décembre 1946, il fut élu au sein du bureau départemental du Syndicat national de l’enseignement technique. En 1947-1948, il écrivit plusieurs éditoriaux dans Le Combat Socialiste, à propos de la scission CGT-FO et du choix de l’autonomie de la FEN. Il fut élu secrétaire aux affaires pédagogiques de la section départementale FEN par la commission administrative, en décembre 1949. Secrétaire adjoint de la section FEN en octobre 1951, en charge des problèmes pédagogiques, il devint secrétaire départemental de la FEN en 1954 après André Laithier* (également secrétaire de l’UD -CGT-FO) et Jean Le Jeune* (proche de la mouvance communiste). En juin 1956, il fut remplacé par Louis Bocquet*, restant membre du bureau de la FEN en 1957. Il intervint au congrès départemental de la FEN le 15 juin 1957. Membre suppléant de la commission administrative de la FEN au titre du SNET en janvier 1959, il était membre du bureau départemental de la FEN en avril 1961.

Au milieu des années 1950, la section SFIO de Saint-Brieuc et la majorité de la fédération des Côtes-du-Nord s’opposait à la ligne de Guy Mollet*, tant sur la CED que sur la politique suivie en Algérie par le gouvernement Mollet en 1956-1957. Les socialistes briochins soutenaient Antoine Mazier dans son opposition à la ligne majoritaire. La majorité évolua vers des positions de plus en plus favorables à l’indépendance de l’Algérie. Au congrès fédéral du 17 juin 1957, lors de la préparation du congrès fédéral et du 49e congrès national, la section SFIO de Saint-Brieuc vota un blâme au groupe parlementaire, à l’unanimité, pour avoir accepté de participer au gouvernement Bourgès-Maunoury. En décembre 1957, il présidait une séance du Conseil national. Au congrès fédéral du 22 juin 1958, à l’unanimité (moins une voix), la fédération des Côtes-du-Nord approuva la position de Mazier, hostile à l’attitude de Guy Mollet* sur le retour au pouvoir du général de Gaulle, réclamant un congrès national.

Yves Le Foll était en désaccord avec Antoine Mazier sur son départ de la SFIO pour le PSA, annoncé au congrès fédéral du 21 septembre 1958. Ce désaccord portait davantage sur la forme que sur le fond, considérant que Mazier n’avait pas pris le temps suffisant pour expliquer les raisons de la scission afin de faire basculer l’ensemble de la fédération et de préserver son unité. Au congrès fédéral extraordinaire de la SFIO du 21 septembre 1958 qui entérina la scission SFIO-PSA, Yves Le Foll démissionna de ses fonctions de secrétaire fédéral, étant remplacé par l’ancien député SFIO Alexandre Thomas* (1951-1956), mais restant membre du nouveau comité fédéral et même secrétaire fédéral adjoint le 8 octobre 1958. Le 7 novembre 1958, Yves Le Foll contesta la façon dont la section SFIO de Saint-Brieuc avait désigné son candidat Jean Le Garzic* aux élections législatives, dans la première circonscription de Saint-Brieuc, s’opposant surtout à la présence du suppléant André Laithier qui avait quitté la SFIO en 1957. Le 13 novembre 1958, il démissionna de la SFIO pour adhérer au PSA, refusant la candidature d’un socialiste contre Antoine Mazier.

En 1960, il fut membre du bureau fédéral du PSA des Côtes-du-Nord, conservant ses fonctions à partir de juin 1960 au sein du PSU. En 1961, il fut candidat PSU aux élections cantonales à Châtelaudren.

En mars 1959, il figurait en 9e position sur la liste d’union des gauches PSA-PCF-AT-JR à Saint-Brieuc, formée au 2e tour, devenant conseiller municipal (13 élus sur 31). Quand ces élections furent annulées par le Conseil d’État en juillet 1962, cette union conduite par Antoine Mazier enleva la mairie, Yves Le Foll restant conseiller municipal. Le décès d’Antoine Mazier le 6 décembre 1964 propulsa Yves Le Foll sur le devant de la scène politique briochine. Sollicité par ses camarades, il accepta de se présenter, devenant maire et conseiller général en 1965.

En mars 1965, il conduisit à la victoire la liste d’union de la gauche (PSU-PCF-SFIO), ratant l’élection au 1er tour de 172 voix. Le panachage étant interdit dans les villes de plus de 30 000 habitants, la liste de gauche fut élue en entier au second tour avec 51,5 % des voix contre une liste centriste.

Aux élections législatives de mars 1967, le maire PSU de Saint-Brieuc obtint 18 165 voix au 1er tour (27.14 % des voix), avant de créer la surprise en battant de 35 voix, au second tour (50.02 % des voix), le député UNR sortant Robert Richet. Épaulé par Pierre Lanoë*, maire PSU de Lamballe, il devint ainsi l’un des cinq députés bretons de gauche, le premier des Côtes-du-Nord depuis 1958. Mais l’élection fut invalidée par le Conseil constitutionnel le 12 juillet. Une campagne acharnée, véritable test national, conduisit à sa réélection dès le 1er tour (avec 6 416 voix d’avance soit 34 993/28 577), le 24 septembre 1967. Yves Le Foll, député du PSU, était apparenté FGDS. Michel Rocard* (PSU) et François Mitterrand* (FGDS) étaient venus le soutenir, tout comme Maurice Schumann et Edmond Michelet pour son adversaire.

En avril 1968, il était l’auteur d’une proposition de loi sur la place des langues et cultures régionales dans l’éducation et l’information. En mai 1968, il s’efforça de contrôler les turbulences qui agitaient le PSU des Côtes-du-Nord, participant volontiers aux manifestations (grande manifestation régionale intersyndicale du 8 mai pour la défense de la région). Lors de la grève générale du 13 mai, quand le service d’ordre du PCF et de la CGT déchira une banderole favorable au Mouvement du 22 mars, Yves Le Foll quitta ostensiblement la manifestation, au nom de la défense de la liberté d’expression. Mais le raz-de-marée gaulliste ne l’épargna pas lors des élections législatives de juin 1968. Il fut largement battu par Arthur Charles, un notable du monde agricole, ex-MRP soutenu par l’UDR gaulliste (6 257 voix d’écart).

En mars 1970, il fut réélu conseiller général PSU. En mars 1971, la municipalité Le Foll fut réélue dès le 1er tour avec 55,8 % des voix contre une liste centriste (avec des hommes de droite) conduite par l’ancien socialiste SFIO Le Garzic. À la tête d’une ville en pleine expansion économique et démographique (56 282 habitants en 1975), Yves Le Foll géra la création de nouveaux quartiers et d’une seconde zone industrielle dans une commune voisine, faute d’espace à Saint-Brieuc. Il fit construire un hôpital qui porta par la suite son nom. Membre du Bureau régional d’étude et d’information socialiste, il fut également candidat aux élections sénatoriales en 1971.

Lors de la grève du Joint Français à Saint-Brieuc au printemps 1972 qui mobilisa toute la région, le maire de la cité joua un rôle actif dans le soutien moral et financier des grévistes, interpellant René Pleven, le président du conseil général, ministre de la Justice du gouvernement Chaban-Delmas. Lors des élections législatives de mars 1973, Yves Le Foll prit sa revanche et, devenu candidat de toute la gauche, l’emporta de 67 voix au second tour, face à Arthur Charles, avec Eugène Guéno*, maire de Langueux , comme suppléant. Le découpage électoral de la circonscription briochine rendait toutes les consultations législatives difficiles pour la gauche. Sur Internet figure un reportage pour le Journal télévisé de Pierre Champetier sur cette élection, conservé par l’Institut national de l’audiovisuel. Arthur Charles, député sortant, présenté comme président de la Chambre d’Agriculture, « la cinquantaine enveloppée » selon le commentaire, arrivait nettement en tête au premier tour. Il présentait son adversaire comme le candidat d’un « parti révolutionnaire ». Le Foll, interrogé devant son bureau de maire, présenté comme « petit austère » expliquait sa gestion municipale qui n’avait rien de révolutionnaire. Il devint le seul député PSU à l’échelle nationale, siégeant parmi les non-inscrits. Yves Le Foll présenta deux projets de lois en 1973 sur les charges locatives et sur la contraception et l’avortement.

Avec Michel Rocard*, Yves Le Foll et la plus grande partie du PSU des Côtes-du-Nord rejoignirent le nouveau PS dans le cadre des Assises pour le socialisme à l’automne 1974. Il fut réélu conseiller général en 1976, devenant symboliquement président du groupe socialiste lors du basculement du conseil général avec Charles Josselin*. Il mena son dernier combat à Saint-Brieuc aux élections municipales de mars 1977. Le PCF ayant revendiqué la tête de la liste de l’Union de la gauche, le PS refusa de s’incliner. Trois listes s’affrontaient à gauche : une PS-MRG, une PCF avec Edouard Quemper*, une PSU avec Jacques Galaup* contre une liste unique des centristes et de la droite conduite par Maître Morin. Au 1er tour, la liste Le Foll distança la liste communiste de 88 voix, l’emportant au second tour avec 57,2 % des voix du fait d’un bon report des voix communistes.

Yves Le Foll préparait déjà sa succession politique : Claude Saunier* (mitterrandiste-poperéniste) devint premier adjoint, se préparant à devenir maire en 1983 à la tête d’une liste d’Union de la gauche reconstituée, réélue au 1er tour (53,97 % des voix). Yves Dollo*, 2e adjoint (ex-PSU également) devenant député. Leader laïque du courant Rocard comptant de nombreux chrétiens de gauche passés par le PS, Yves Le Foll était actif pour empêcher les empiétements des mitterrandistes. Ainsi, à l’automne 1981, il protesta vigoureusement contre la tentative de réduire la représentation des rocardiens au sein des instances départementales du PS.

En mars 1978, Yves Dollo (député en 1981-1986 et 1988-1993) fut distancé au premier tour par Édouard Quemper (PCF) battu au second tour par Sébastien Couépel (UDF).

Yves Le Foll prit sa retraite volontairement après avoir contribué, pendant près de 40 ans de militantisme, à ancrer Saint-Brieuc et les Côtes-du-Nord à gauche. Homme de convictions, connu pour son franc-parler, Yves Le Foll était aussi un gestionnaire sachant défendre les intérêts de sa ville et des milieux populaires.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136575, notice LE FOLL Yves par Christian Bougeard, Alain Prigent, François Prigent, version mise en ligne le 6 avril 2011, dernière modification le 11 janvier 2014.

Par Christian Bougeard, Alain Prigent, François Prigent

SOURCES : Arch. Nat., F 17 28957. — Arch. Dép. Côtes- d’Armor. 46 W 8 et W 9. Rapports des Renseignement généraux (1957-1959) et (1960-1962) ; 1192 W 47 et 49. Élections législatives 1967 et 1968. — Arch. de l’OURS et de la FJJ, dossiers Côtes-du-Nord. — Fichier Gilles Morin. — Le Combat social, 1944-1946. — Ouest-France, élections municipales (mars 1965, mars 1971, mars 1977) et septembre 1998.— Alain Soubigou, Le Conseil général des Côtes-du-Nord (1945-1976). Les années Pleven, maîtrise d’histoire, Paris IV, 1988. — Histoire de Saint-Brieuc et du pays briochin, s. d. Claude Nières, ch. 11 par Christian Bougeard.— Notes de Jacques Girault.

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