LEMAITRE Paul, Maurice

Par Pierre Alanche

Né le 17 mars 1926 à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines) ; ouvrier agricole, électromécanicien ; jaciste (1944) puis jociste (1944-1951) ; secrétaire du syndicat Renault des travailleurs de l’automobile (SRTA-CFTC puis CFDT) de 1958 à 1962 puis de 1964 à 1969.

Fils de François Lemaitre, ajusteur chez Bréguet-Aviation à Villacoublay (Seine-et-Oise, Yvelines), catholique non pratiquant, et de Marie Saint Lamy, mère au foyer, catholique, dont la pratique religieuse était limitée par les charges familiales, Paul Lemaitre était le sixième enfant d’une fratrie de quatre garçons et quatre filles. Il fréquenta l’école publique de Porchefontaine à Versailles, obtint le certificat d’études en 1938 et, n’étant pas assez âgé pour légalement travailler, poursuivit ses études à l’école primaire de la rue Edme-Frémy à Versailles. Inscrit au patronage paroissial à Versailles, il devint louveteau puis scout de France. Il regretta de ne pas participer en 1937 au parc des Princes à Paris aux manifestations organisées pour le dixième anniversaire de la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) à laquelle ses grands frères étaient engagés.

La débâcle de 1940 contraignit sa famille à l’exode à Martigné-Ferchaud (Ille-et-Vilaine) où, en juin 1940, Paul Lemaitre commença sa vie professionnelle comme ouvrier agricole. Il demeura en Bretagne jusqu’en novembre 1944 avec la certitude de trouver ses propres moyens de subsistance, tandis que ses parents, avec ses nombreux frères et sœurs, revenaient en région parisienne occupée. Il prit contact avec la jeunesse agricole catholique (JAC) et, remarqué par son dynamisme, fut désigné, en 1944, responsable de la section locale. Il suivit les cours par correspondance de l’École universelle pour devenir électricien comme un de ses frères aînés, avec l’ambition d’accomplir le tour de France des Compagnons. La libération de Paris l’incita à revenir à Versailles où, avec Gaston Mercou*, il créa l’équipe JOC du quartier de Porchefontaine. Aidé par l’aumônier, il trouva une place d’apprenti électricien en bâtiment chez Fortier, une petite entreprise du quartier Montreuil à Versailles (1er décembre 1944-22 juin 1946). Il fut appelé sous les drapeaux le 27 mai 1946, affecté à Baden-Baden (Allemagne). Il bénéficia d’une durée d’incorporation réduite en raison de son appartenance à une famille nombreuse.

Le 2 janvier 1947, Paul Lemaitre fut embauché chez Renault à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine), en qualité d’ouvrier électricien P1, au service maintenance des installations et se syndiqua à la CFTC. Mais l’ambiance d’une grande entreprise ne correspondait pas à ses aspirations d’autonomie. Il quitta Renault pour Air-France à Orly (Seine, Val-de-Marne) du 25 août 1948 au 27 septembre 1948, puis trouva une place d’électricien en bâtiment chez un artisan parisien du 1er octobre 1948 au 31 mars 1949, et entra ensuite chez Otis-Pifre à Paris (VIIIe arr.) au mois d’avril 1949. Il entreprit alors, à bicyclette, selon son rêve, un tour de France. Il travailla, d’étape en étape, pour financer son voyage et sa subsistance, notamment à Brest (Finistère) et à Martigné-Ferchaud. Son voyage s’arrêta à Toulon (Var) où il laissa sa bicyclette chez un jociste. Il retourna en auto-stop en région parisienne où il se fit embaucher comme électricien dépanneur en imprimerie chez GPM à Châtillon-sous-Bagneux (Seine, Hauts de Seine) du 17 août 1949 au 25 septembre 1950.

Au cours d’une réunion régionale de la JOC, il entendit les arguments de Pierre Cadel, militant CFTC chez Renault, qui cherchait à convaincre les participants de privilégier le combat syndical dans les grandes entreprises. Après mûre réflexion, Paul Lemaitre décida de s’impliquer durablement dans l’action syndicale. Il se présenta à nouveau chez Renault à Boulogne-Billancourt le 29 septembre 1950 et, après avoir réussi son essai d’ouvrier professionnel P2, fut intégré comme électromécanicien au service maintenance des installations de production, chargé de l’entretien des nouvelles machines transfert. Il prit contact avec Pierre Cadel et André Soulat*, responsables de l’équipe CFTC, affiliée au syndicat de la métallurgie de Boulogne-Billancourt. Il fut élu délégué du personnel en juillet 1952. Lors de l’assemblée générale constitutive du syndicat Renault des travailleurs de l’automobile (SRTA-CFTC), le 27 juin 1953, il entra au conseil, puis au bureau en 1954. Il prit une part active aux réflexions et actions qui aboutirent aux accords Renault de 1955 instituant la retraite complémentaire pour les ouvriers et les ETAM (employés, techniciens, agents de maîtrise) avec la création de la Caisse de retraite interentreprises (CRI). Paul Lemaitre devint secrétaire général du SRTA-CFTC en 1958, remplaçant André Soulat appelé comme permanent à la Fédération CFTC de la métallurgie (FGM). Il anima avec Maurice Humeau et Léon Labigne les grèves de 1960 à la Régie Renault, contre les licenciements des mille deux cent contrats provisoires en mai, suivis des trois mille salariés en octobre. Le 3 novembre 1960, la CFTC était en tête des manifestations dans l’usine, ce qui valut à Paul Lemaitre une mise à pied de trois jours avec menace de licenciement en cas de récidive, tandis que Maurice Humeau était sanctionné d’une mise à pied et d’un licenciement. En 1962, Paul Lemaitre fut remplacé dans sa fonction de secrétaire général du SRTA par Léon Labigne, et la reprit en 1964. Partisan de la déconfessionnalisation de la CFTC, avec l’appui de la très grande majorité des adhérents du SRTA, il assura l’évolution de son syndicat vers la CFDT. Les grèves de 1968 amenèrent un afflux d’adhérents à la CFDT, dont des militants d’extrême gauche. Paul Lemaitre cessa sa responsabilité de secrétaire général du SRTA en 1969, remplacé par André Chastel*, représentatif d’une nouvelle génération de militants. Toujours tenté par un retour à la campagne, il quitta Renault en septembre 1975 avec la qualification d’électromécanicien P3.

Paul Lemaitre acheta une maison en ruine à Tornac (Gard), la remit en état avec l’aide de ses parents et d’amis, et tenta de créer un élevage de chèvres. Mais en 1977, il dut renoncer à poursuivre le projet, en raison des trop dures conditions de vie pour sa femme. Il revint en région parisienne et fut embauché à l’association pour la diffusion, l’adaptation et la préformation (ADAP), située rue Gandon à Paris (XIIIe arr.), dirigée par son ami Maurice Humeau. Il eut la charge de l’encadrement des moniteurs de formation des réfugiés, originaires principalement du sud-est asiatique et du Chili après le coup d’état de septembre 1973, jusqu’à sa retraite en mars 1986. Sa première occupation fut de reprendre le vélo et, repartant de Toulon, boucla en une quinzaine de jours le tour de France abandonné en 1949.

Membre de l’action catholique ouvrière (ACO) de Meudon (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine), il devint l’animateur d’une des deux équipes de cette ville. Il milita au Mouvement de libération ouvrière (MLO) et adhéra brièvement au PSU et à ATTAC.

Marié avec Madeleine Bachet, le 26 mai 1951 à Meudon, Paul Lemaitre eut quatre enfants, Catherine (1952), Marc (1955), Laurent (1960), Pierre (1965). Son épouse l’accompagna dans ses engagements de la JOC à l’ACO. Le couple résida au « squat » de l’école Lacordaire à Meudon en 1951, organisé par Lucien Hans, pour dénoncer la crise du logement après guerre puis, dans l’ancien séminaire des missions étrangères à Meudon, grâce à accord négocié avec le congrégation (1951-1961).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136791, notice LEMAITRE Paul, Maurice par Pierre Alanche, version mise en ligne le 25 avril 2011, dernière modification le 15 janvier 2019.

Par Pierre Alanche

SOURCES : Archives UPSM-CFDT, archives confédérales CFDT (SRTA). — Entretien avec Paul Lemaitre, janvier 2011.

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