MASSIN Maurice, Jean

Par Daniel Grason

Né le 5 janvier 1907 à Marle arr. de Laon (Aisne), mort le 13 octobre 1986 à Antibes (Alpes-Maritimes) ; sellier, régisseur de recettes ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine.

Fils de Gilbert, manouvrier et de Ernestine Grancon, ménagère, Maurice Massin effectua son service militaire en 1927, au régiment du Train n° 2 à Amiens (Somme). Il se maria le 9 janvier 1933 avec Marcelle Dewalle, à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Ils habitèrent au 23 rue de l’Association, puis 6, rue Paul-Vaillant-Couturier, à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). Lors de l’élection municipale partielle des 21 et 26 octobre 1934, la liste conduite par Jean Grandel fut élue. La création d’une soupe populaire, fut l’une des premières mesures sociales de la nouvelle municipalité. Maurice Massin, sellier de profession fut nommé régisseur de recettes pour percevoir le prix des repas distribués.
Adhérent du parti communiste, secrétaire du rayon Gennevilliers, Villeneuve-la-Garenne, Maurice Massin écrivait régulièrement dans l’hebdomadaire Le Travailleur de la banlieue ouest, édité par quatre sections communistes (Asnières et Bois-Colombes, Clichy, Levallois, Gennevilliers). Dès le déclenchement de la guerre civile en Espagne, il signait plusieurs articles : « Des armes ! pour le droit et la Paix. Nous ne laisserons pas abattre la République espagnole » (22 août 1936) ; « Pour sauver la paix, pour sauver le pays, front français ! » (5 septembre 1936). Dans le même numéro, un appel commun des socialistes et des communistes demandait « la levée du blocus contre l’Espagne ». Le texte était signé des communistes Paul Vergnes (Vergnenaigre), Paul Michaud, Maurice Massin ; des socialistes Roger Rivière, qui était journaliste au quotidien Le Populaire, Lécuyer et Brun.
Une lettre révélait le manque cruel d’armement des premiers combattants : « La défaite n’est due qu’au manque de munitions, qui étaient tellement rares que la nuit nous sortions pour enlever les cartouchières aux morts rebelles ; nous pouvions aisément compter nos munitions ». (12 septembre 1936) Il dressait le bilan de deux mois de guerre civile avec ses innombrables tués, exécutés, ses orphelins et ses veuves. Il citait Louis de Brouckère, président de l’Internationale ouvrière socialiste (IOS) : « Si l’Espagne républicaine est de taille à lutter seule, et sans l’aide d’aucune sorte, contre son propre fascisme, il lui est impossible de résister avec ses seules ressources aux effets combinés de tous les fascismes européens ».
Maurice Massin arriva en Espagne en novembre 1936, il fut affecté à la XIIIe Brigade internationale Dombrowski, commissaire politique adjoint de Suchanek. Selon celui-ci : « Huit jours après son affectation », il alla voir André Marty, « lui demandant un poste plus élevé, par exemple commandant de la caserne de la Garde Nationale » qui comptait mille cinq cents hommes ». Le dirigeant des brigades lui fit « observer qu’un tel poste était extrêmement difficile à remplir et que l’intérêt des brigades, qui était son propre intérêt, l’empêchait de la nommer à ce poste ».
La XIIIe Brigade, nouvellement crée, était composée des bataillons Henri Vuillemin (franco-belge), Louise Michel et Tchapaiev, elle fut engagée en décembre et en janvier 1936 sur le front de Teruel, avec la compagnie polonaise Adam Mickiewicz conduite par Stefan Niewiadomski. Quatorze offensives furent menées par les internationaux, avec l’appui de chars Soviétiques, de l’escadrille España, appelé Escadrille antifasciste André Malraux. Les nationalistes résistèrent, les anarchistes de la colonne de fer furent appelés en renfort. Jacques Delperrie de Bayac, écrivit : « les Internationaux, trop hâtivement formés, manquent de cohésion, ont de l’élan, du courage, mais n’ont pas le « punch ». En tués, blessés et disparus […] Teruel coûtera à la XIIIe Brigade près de 50 % de pertes, et il faudra fondre les bataillons Henri Vuillemin et Louise Michel en un seul, qui gardera le nom du premier ».
Ce fut un très rude baptême du feu pour le jeune Maurice Massin, trente ans, placé sous les ordres du commissaire politique Suchanek, un polonais venu de Moscou qui ne parlait que le russe et un peu l’allemand. Analysant dans un rapport les causes du désastre, André Marty considérait que Massin était « plein de bonne volonté mais sans expérience politique et avec [une] faible autorité ». Deux-cents cinquante internationaux quittèrent la XIIIIe Brigade pour rejoindre les anarchistes. Le « sectarisme » de Suchanek, en était rendu responsable, quant à Maurice Massin « il n’a pas été capable de remonter le courant, subissant plutôt l’influence de Suchanek ». André Marty mis sur la déroute sur le compte de « fautes militaires […] menées par de nombreux éléments déclassés français et belges ».
Lors du banquet du rayon Waldeck L’Huillier, dirigeant communiste de Gennevilliers, futur député maire de la ville se fit l’écho d’une lettre de Maurice Massin : « Soyez certain que Gennevilliers et la région ouest sont et resteront à l’honneur. Ma brigade est la plus belle que nous ayons formée et je veux [en] être digne ». Louis Blésy annonça : « le parrainage du 2e bataillon de la XIe Brigade ». (26 décembre 1936).
Certainement très démoralisé après le terrible bilan humain des combats de Teruel, Maurice Massin utilisa un stratagème pour quitter l’Espagne écrivant à sa famille en contournant la censure postale. Maurice Massin obtint une permission et partit pour la France le 8 février 1937. Le stratagème fut découvert, l’une des lettres fut remise par l’un des porteurs au secrétaire de Paris Sud. En ayant eu connaissance, le général Gómez (Wilhem Zaisser) commandant de la XIIIe Brigade et Suchanek établirent un rapport, ils relevaient qu’il avait préparé son départ en contournant « la censure postale pour envoyer des lettres illégalement « en France ». Ils proposaient de le « casser de sa fonction » et de l’ « exclure » des brigades internationales.
L’affaire en serait peut être restée là, le moral des brigadistes étaient bas, il y eut d’autres désertions. Le cœur de Maurice Massin continuait à battre pour la cause espagnole, mais il eut la mauvaise idée d’écrire dans Paix et Liberté et Le Travailleur de la banlieue ouest, « Il faut aider l’Espagne ! » (27 février 1937). Le 1er avril, André Marty envoya une lettre au comité central du PCF où il demandait son exclusion. Maurice Massin démissionna de son emploi et il déménagea dans le Xe arr. de Paris au 24, rue de la Fidélité.
Selon les souvenirs de Waldeck L’Huillier, le rencontra pendant la guerre, sur les bords de l’Oise, tous les deux taquinaient le goujon. Malgré ses lunettes et ses fausses moustaches, Maurice Massin l’avait reconnu, il lui annonça qu’il avait cessé toute activité politique et qu’il vivait d’une activité artisanale.
Divorcé le 17 juillet 1942, il se remaria le 2 juin 1943 avec Pauline Langevin à Paris Xe arr. Il mourut le 13 octobre 1986 à Antibes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136801, notice MASSIN Maurice, Jean par Daniel Grason, version mise en ligne le 28 avril 2011, dernière modification le 13 juin 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : RGASPI 545.6.1040, BDIC mfm 880/1 ; RGASPI 545.2.115, BDIC mfm 880/25 ; RGASPI 545.2.112, BDIC mfm 880/47. – RGASPI, 495 270 5247, dossier biographique à ce nom dans les archives du Komintern. — Arch. Mun. Gennevilliers, Le Travailleur de la banlieue ouest, 22 août, 5 septembre, 12 septembre, 26 septembre, 26 décembre 1936 ; 27 février, 6 mars 1937. – Rémi Skoutelsky, L’espoir guidait leurs pas, Paris, Grasset, 1998. – Waldeck L’Huillier, Combats pour la ville, Paris, Éd. sociales, 1982. – Castells Andreu, Las Brigadas internacionales de la guerra de España, Barcelone Ariel, 1974. – Delperrie de Bayac Jacques, Les Brigades internationales, Fayard, 1968. – État civil.

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