LAMOUSSE Georges, Emmanuel

Par Jacques Girault, Gilles Morin

Né le 23 décembre 1909 à Droux (Haute-Vienne), mort le 1er août 1992 à Limoges (Haute-Vienne) ; professeur ; militant socialiste, secrétaire de la fédération socialiste SFIO de la Haute-Vienne ; conseiller de la République puis sénateur, conseiller général, conseiller régional, maire de Droux.

Georges Lamousse dans une réunion d’une commission sénatoriale.
Georges Lamousse dans une réunion d’une commission sénatoriale.

Son père, maçon, qui habitait le hameau de La Bussière, fut gazé pendant la Première Guerre mondiale. Georges Lamousse, qui affichait plus tard ses origines paysannes, pupille de la Nation à partir de 1923, élève de l’école primaire supérieure de Bellac, entra à l’École normale d’instituteurs de Limoges en 1926. Instituteur détaché comme surveillant à l’EPS de Bellac, puis en quatrième année à l’École normale d’instituteurs de Rouen (Seine-Inférieure), il fut reçu à l’École normale supérieure de Saint-Cloud (lettres) en 1931. Admis au certificat d’aptitude au professorat des écoles normales et des EPS en 1933, il effectua son service militaire à Limoges comme élève-officier d’administration (octobre 1933-octobre 1934). Nommé professeur aux écoles normales d’instituteurs de Laon (Aisne) en 1934 puis de Saint-André-de-Cubzac (Gironde) en 1935, il fut alors détaché comme stagiaire élève-inspecteur primaire à l’ENS de Saint-Cloud en 1938. Il participa aux actions sous le Front populaire.

Il se maria religieusement en avril 1934 à Nantiat (Haute-Vienne). Le couple eut un fils et divorça en 1972.

Mobilisé au début de la guerre, Georges Lamousse fut fait prisonnier en Bretagne avec son unité. Il fut libéré par les Allemands en raison de ses responsabilités professionnelles et renvoyé en zone libre en décembre 1940 et devint professeur de lettres et de philosophie au centre d’enseignement par correspondance de Clermont-Ferrand. Il faisait aussi ses cours à la radio, ce qui lui facilita l’envoi de messages codés aux instances de la Résistance.

Membre de l’Armée secrète (R5), Georges Lamousse devint un des chefs de la Résistance dans la région, tout en montrant, pour mieux mener son activité clandestine, un certain zèle à l’égard du régime dans son métier et dans les cours qu’il composait. Capitaine FFI du maquis du Limousin, il fut délégué du Comité départemental de Libération à la direction de la presse et de la radio. Chargé de mission par le Commissaire de la République, il était le porte-parole du comité régional de Libération, et succéda, en octobre 1944, au directeur régional de Radio-Limoges, collaborateur, fusillé à la Libération. Parallèlement, il dirigeait Le Centre libre et était très apprécié pour ses discours à la radio et ses articles de presse. Il fut, depuis la guerre, l’ami d’Henri Frenay, comme il le souligna, lors du décès de ce dernier, dans un article d’hommage dans Le Populaire du Centre, le 12 août 1988. Dans le même temps, il était nommé inspecteur primaire à Bellac en octobre 1944 mais dut ne pas occuper ce poste avant 1946. Une retraite administrative lui fut attribuée en 1959.

Georges Lamousse obtint son premier mandat de conseiller municipal de Droux en avril-mai 1945. Adjoint au maire en 1953, il fut élu maire de la commune de 1965 jusqu’en 1989.

Élu en septembre 1945 conseiller général de la Haute-Vienne dans le canton de Magnac-Laval, réélu régulièrement aux premiers tours jusqu’en 1973 et au deuxième tour en 1973, il occupa les fonctions de vice-président de l’assemblée départementale en 1946-1951 puis de 1967 à 1979. Le 16 mai 1961, il démissionna de son poste de conseiller général pour protester contre le refus du ministère de l’Éducation nationale de créer une classe de 4e supplémentaire à Magnac-Laval ; il fut réélu au renouvellement de juin. Aux élections de 1979, devancé par le candidat communiste, son premier adjoint, Jean-Claude Fauvet, de quatre voix, il se retira entre les deux tours.

Collaborateur du Populaire du Centre, puis éditorialiste régulier, Georges Lamousse figurait sur la liste socialiste SFIO en cinquième position pour les élections des Assemblées nationales constituantes en octobre 1945 et juin 1946, puis aux élections législatives de novembre 1946. Dans une fédération marquée profondément par l’affrontement avec les communistes, parfois sanglant comme à la Libération, il se distinguait alors nettement de la majorité de ses camarades fédéraux, très anticommunistes à l’image du secrétaire fédéral Jean Le Bail. En août 1946, animateur de la section de Bellac, il était considéré par les Renseignements généraux – qui se demandaient s’il n’allait pas être exclu – comme représentant de l’aile gauche de la fédération, favorable à un rapprochement avec les communistes.

Georges Lamousse fut élu au Conseil de la République le 9 juin 1949 lors d’une élection complémentaire consécutive au décès de Marcel Madoumier*. Membre de la commission de l’éducation nationale, des beaux-arts, des sports, de la jeunesse et des loisirs, régulièrement réélu (18 mai 1952, 8 juin 1958), il devint vice-président de la commission de la presse, de la radio et du cinéma en 1957 et participa à la commission du suffrage universel.

Nommé au comité consultatif de la réunion des théâtres lyriques nationaux en 1951, il fut désigné en 1956 au conseil supérieur de la réunion des théâtres lyriques nationaux.

Georges Lamousse, dans les années de guerre froide, adopta des positions très anticommunistes dans les tribunes libres et dans ses éditoriaux du Populaire du Centre. Il se montra favorable à la politique algérienne du gouvernement Guy Mollet et de ses successeurs (mais était hostile à la participation au gouvernement à l’automne 1957). Le préfet le décrivait, en juin 1958, comme « une personnalité politique très près de ses électeurs, et notamment des milieux ruraux, dont il s’attache à plaider la cause. Soucieux des réactions de la population, il se plaît à en être le porte-parole ».

Il se montra favorable au vote des pleins pouvoirs pour une révision constitutionnelle au général de Gaulle en juin 1958. Le changement de régime entraîna une crise dans une fédération marquée par la culture de la Troisième force. Jean Le Bail, qui avait refusé le retour au pouvoir du général de Gaulle, fut mis à l’écart et quitta le parti. Lamousse fut désigné comme premier secrétaire de la fédération socialiste SFIO de Haute-Vienne le 23 septembre 1958 et le demeura jusqu’en 1970. Il assuma la direction politique du Populaire du Centre en septembre 1958, avec René Regaudie*. Il représentait régulièrement sa fédération aux réunions nationales du Parti socialiste SFIO. Il fut membre de la commission chargée d’étudier la politique économique, financière et sociale au conseil national des 10-11 janvier 1959, membre de la commission de résolution du conseil national du 11 avril 1960, délégué fédéral au congrès national de 1960. Il présenta une motion minoritaire sur le référendum au congrès national extraordinaire de décembre 1960, appelant à voter « Non » au référendum sur l’Algérie.

Elu sénateur le 26 avril 1959, il fut réélu le 22 septembre 1968. En 1977, il décida de ne pas se représenter. Nommé en juillet 1959 au Sénat de la Communauté, il siégea à la commission des affaires culturelles dont il fut le vice-président à partir de 1959. Il prit part aussi à plusieurs reprises aux débats sur l’enseignement.

Par la suite, après la création en 1965 de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, Lamousse rédigeait des tribunes libres dans Le Populaire du Centre. Comme secrétaire départemental de la FGDS, il fut l’un des organisateurs du rapprochement avec le PCF dans la deuxième moitié des années 1960, acceptant les désistements réciproques, contribuant ainsi à exclure Boutard qui s’était maintenu aux élections législatives de 1967. Toutefois, il restait partisan d’un socialisme modéré, tenté par les alliances au centre. Il appartint ainsi au comité de soutien du courant animé par André Chandernagor qui publiait Démocratie socialiste, en mai 1970. Dans les années 1970, il demeura au Parti socialiste et accepta l’Union de la gauche. Il conservait surtout une influence parmi les élus. Président de l’Amicale des élus socialistes et républicains de la Haute-Vienne, constituée le 4 juin 1967, il était encore président de la FNESER départementale en 1974. Il fut désigné comme conseiller régional en 1973 et assuma la fonction de secrétaire du conseil régional. Il était encore responsable départemental de la Convention des cadres de réserve pour l’armée nouvelle en 1974.

Il fut désigné en décembre 1968 pour représenter le Parti socialiste SFIO au conseil d’administration de l’Association nationale pour le transport des élèves de l’enseignement public puis présida l’ANATEP de 1972 à 1987. Il devint membre, en 1974, du Conseil supérieur des lettres, intervenant dans diverses instances pour la défense de la langue française. En 1968 et en 1973, il fut nommé à la commission nationale pour l’éducation, la science et la culture chargée de donner un avis sur les projets de l’UNESCO. Il fut à l’origine de la création en Haute-Vienne d’une bibliothèque circulante.

Georges Lamousse se remaria en janvier 1973 à Saint-Mandé (Val-de-Marne) avec une institutrice suppléante devenue administrateur au Sénat.

Très attaché au milieu enseignant, il participa en 1975 à la rédaction d’une brochure sur le centenaire de l’École normale d’instituteurs de Limoges. Le 19 octobre 1991 fut inauguré, en sa présence un square portant son nom, qualifié dans la presse d’« enfant illustre de cette petite commune rurale ».

Ses obsèques à Droux furent religieuses.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136840, notice LAMOUSSE Georges, Emmanuel par Jacques Girault, Gilles Morin, version mise en ligne le 3 mai 2011, dernière modification le 27 mai 2021.

Par Jacques Girault, Gilles Morin

Georges Lamousse dans une réunion d'une commission sénatoriale.
Georges Lamousse dans une réunion d’une commission sénatoriale.

ŒUVRE : La Déesse rouge, drame moderne en deux spectacles, Paris, Figuière, 1935.

SOURCES : Arch. Nat : F/1a/3252, 3353, F/1cII/113/C, 151, 248, 249, 281, 703, F/1cIV/155, 158, F17/ 27118, CAC, 19770359/22, 19810440, art/13, dossier Hernu. — Archives de l’OURS, dossiers Haute-Vienne, F9/26MM, arch. de l’OURS. — Arch. Fondation Jean Jaurès, fonds Pierre Mauroy, dossier fédération de la Haute-Vienne ; 6EF73/2, 12 EF 87. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 109, 119. — Démocratie socialiste, n° 6, mai 1970. — Profession de foi, élections juin 1946. — Le Monde, 11 août 1992. — Site Internet du Sénat. — Presse. — Renseignements fournis par la veuve de l’intéressé.

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