LAURENS André

Par Pierre Petremann

Né le 28 octobre 1934 Serres-sur-Arget (Ariège) ; professeur d’histoire-géographie ; militant du SNES (FEN puis FSU), secrétaire du S2 de l’Ariège, secrétaire puis secrétaire général adjoint du S3 de Toulouse ; militant communiste ; historien de la Seconde Guerre mondiale en Ariège.

André Laurens
André Laurens
Congrès du SNES 1991

André Laurens était né dans un hameau d’une petite commune de l’Ariège proche de Foix, d’un père exploitant agricole (décédé en 1944) et d’une mère (décédée en 1983) qui avait été placée très jeune et qui travailla après son mariage sur l’exploitation familiale dans le hameau de Cautirac. Après le décès de son mari, elle s’installa à Foix avec son fils unique, ce qui fut pour lui un véritable déchirement. Sans appartenance politique, ses deux parents étaient des électeurs de gauche.

André Laurens reçut une éducation religieuse traditionnelle (baptême et première communion) qui devint plus « chrétienne », lorsque, entré au cours complémentaire à Foix, il fut confié durant plusieurs années à une tante très pratiquante qui avait la charge de la presse catholique dans la capitale ariégeoise et la lui faisait distribuer. Cette expérience du militantisme catholique ne l’empêcha cependant pas de devenir profondément athée.

Le parcours scolaire d’André Laurens débuta à l’école primaire du village de 1940 à 1946 où il apprit, outre les disciplines traditionnelles, à parler le français. Il fréquenta ensuite le cours complémentaire de Foix jusqu’en 1951, date à laquelle il fut reçu au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Foix. Il y obtint la première partie du baccalauréat en 1954, puis dut partir pour l’École normale de Toulouse, afin de préparer la seconde partie, option philosophie, qui n’existait pas à Foix. Boursier complet, il fut ensuite élève durant trois années en classe préparatoire à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, au lycée Pierre de Fermat de Toulouse à partir de 1955, mais n’intégra pas l’ENS. À la rentrée 1959, il rejoignit la Faculté des Lettres de Toulouse où, élève-professeur à l’institut préparatoire des enseignements de second degré, il obtint la licence d’histoire puis un diplôme d’études supérieures d’histoire consacré au journal royaliste Les Actes des Apôtres, entre 1789 et 1791. Il fit à cette époque deux rencontres qui marquèrent sa carrière d’historien, d’abord celle de Jacques Godechot, doyen de la faculté des Lettres, qui fut son directeur de mémoire puis de doctorat et celle d’Henri Michel, fondateur du Comité d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale qui orienta ses recherches futures sur l’histoire du conflit en Ariège.

Ses études furent interrompues par le service militaire qu’il effectua entre 1961 et 1963 ; il passa la dernière année en Algérie où il vécut la fin du conflit et le passage du pays à l’indépendance.

À son retour, il obtint le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement public de second degré en histoire-géographie et débuta sa carrière comme professeur certifié au lycée Gabriel Fauré de Foix où il enseigna sans discontinuer de 1964 à 1995, date de son départ en retraite.

La rencontre d’André Laurens avec le syndicalisme se passa à la faculté de Toulouse où, ipésien, il adhéra au Syndicat national de l’enseignement secondaire en 1959. Devenu enseignant, il devint aussi militant syndical, d’abord comme secrétaire de la section d’établissement (S1) de son lycée puis comme secrétaire de la section départementale (S2) de l’Ariège à partir de 1975. Il y organisa les premières élections du bureau départemental au scrutin de liste sur la base de textes d’orientation, afin de promouvoir une procédure plus démocratique pour la désignation des responsables. Avant cette date, les membres du bureau étaient cooptés : ainsi le secrétaire départemental appartenait à la tendance autonome minoritaire dans le département. Ce fut à l’ occasion de ces premières élections qu’André Laurens fit paraître le premier numéro du bulletin départemental du SNES, imprimé sur les presses du Centre départemental de documentation pédagogique de l’Ariège. Militant du courant de pensée « Unité et Action », André Laurens fut un secrétaire départemental très proche du terrain, très attaché à la démocratie syndicale et à l’unité d’action dans et hors de l’Éducation Nationale, principes qu’il défendit au sein de la commission administrative de la FEN de son département. Il fut élu en 1975 à la CA académique du SNES de Toulouse et entra au secrétariat académique en 1977, ce qui l’obligea à s’installer à Toulouse. Il y assura différentes responsabilités comme secrétaire de la commission des affaires générales, ce qui l’amena à intervenir sur les problèmes des droits et des libertés ainsi que sur les questions internationales. Dans ce cadre, il traita aussi bien des atteintes aux libertés syndicales dans l’académie qu’au plan national ou international et, toujours soucieux de la formation des syndiqués, il produisit dans le Bulletin Syndical du S3 de Toulouse plusieurs synthèses sur les politiques européennes ou sur les organisations syndicales internationales de l’éducation. Afin de faire face à des tâches de plus en plus prenantes mais aussi par souci de ne pas cumuler les mandats, il quitta le secrétariat départemental de l’Ariège en 1979.

À partir de 1981, il s’occupa des dossiers pédagogiques et du second cycle. Il s’impliqua plus particulièrement dans la formation des maîtres. Défenseur acharné de l’élévation du niveau de formation des enseignants de second degré, il combattit les positions de la FEN et du SNI tout autant que celles des ministres de l’Éducation nationale. Au lendemain de la victoire de la gauche, le S3 de Toulouse dut affronter une grave crise au sein du courant « Unité et Action » majoritaire, certains camarades, membres de la direction académique, remettant publiquement en cause les positions nationales et l’orientation décidée collectivement. Il s’agissait en fait de la volonté de l’ancien secrétaire général, Robert Romeu (parti à la retraite), de conserver le contrôle de la section académique au travers de certains camarades. Ce conflit qui se conclut par le départ de la direction, en 1983, d’Andrée Pradelles, secrétaire générale adjointe, marqua durablement André Laurens. Dans la période, il traita tous les dossiers pédagogiques nouveaux : l’avenir du lycée après le rapport Prost, les propositions Legrand sur le travail des enseignants et la politique des ZEP. En 1987, il accéda au secrétariat général en tant qu’adjoint, chargé de tous les problèmes corporatifs. Son expérience de commissaire paritaire académique, élu sans discontinuer depuis 1976, lui permit d’intervenir sur les questions du mouvement, de la notation, de la titularisation. En 1989, il pilota le dossier de la revalorisation depuis les analyses de fond jusqu’aux cas individuels. Il produisit dans tous ces domaines un très grand nombre d’articles dans la presse syndicale académique et fut un interlocuteur reconnu des instances rectorales. En 1991, il hérita des dossiers des maîtres auxiliaires et de la réadaptation. Il poursuivit ces diverses tâches jusqu’à sa retraite en 1995.

Fidèle à son syndicat, André Laurens le fut aussi à son parti. Adhérent au Parti Communiste français depuis 1950, il en resta membre jusqu’à aujourd’hui, sans cependant y exercer aucune responsabilité, d’une part faute de temps mais surtout pour ne pas « mélanger les genres ». Toutefois dans l’exercice de son militantisme syndical, il n’occulta jamais son appartenance et son engagement politique. En 1997 et jusqu’à l’élection de la municipalité de gauche toulousaine en 2008, il occupa, à titre bénévole, la responsabilité du secrétariat du groupe des élus communistes à la mairie. Mais la « ville rose » ne lui avait pas fait perdre de vue son Ariège natale et, lors des élections municipales de Foix en 2008, il accepta de figurer sur la liste « Vraiment à gauche » qui regroupait des militants du PCF, du NPA, des associatifs et des syndicalistes et qui obtint près de 10 % des suffrages et un élu au conseil municipal.

Le portrait d’André Laurens ne serait pas complet s’il n’évoquait le travail de l’historien au-delà de la passion du professeur d’histoire qu’il fut avant toute chose. Il soutint en 1975 une thèse de doctorat de troisième cycle sur le Service du Travail Obligatoire (STO) dans le département de l’Ariège, alors qu’il travaillait dans la cadre du Comité d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale devenu Institut d’Histoire du Temps Présent (IHTP) comme correspondant départemental, ce qui lui permit d’accéder à des archives de première main, en particulier le fonds préfectoral et celui des cours de justice. Il publia ensuite plusieurs ouvrages et articles (voir oeuvre) mais, de plus en plus accaparé par ses activités syndicales, il dut abandonner l’IHTP en 1985. Toutefois, il ne se désintéressa jamais ni de l’histoire savante ni de l’histoire scolaire, comme en témoignèrent ses interventions sur les programmes scolaires des disciplines des sciences humaines, alors qu’il était responsable pédagogique, ou encore sa présence au colloque de Montpellier en 1984 qui marqua le renouveau de la réflexion sur l’enseignement de l’histoire. Retraité, il était revenu à sa passion de l’histoire, publiait des ouvrages et préparait en 2011 une étude générale sur la collaboration, l’Ariège des collabos 1940/1944 (SOL, Milice, LVF, PPF,) pour le 70ème anniversaire de la Libération en 2014, à partir de documents inédits.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136909, notice LAURENS André par Pierre Petremann, version mise en ligne le 5 mai 2011, dernière modification le 6 juin 2021.

Par Pierre Petremann

André Laurens
André Laurens
Congrès du SNES 1991

ŒUVRE : Le STO dans le département de l’Ariège. Thèse de doctorat de troisième cycle sous la direction de Jacques Godechot. Université de Toulouse le Mirail. 1975.
Une police politique sous l’occupation. La Milice française en Ariège 1942/1944. CDDP de Foix. 1982 ; réédition du texte de 1982. Nîmes. Editions Lacour. 1997.
Robespierre vu par Les actes des Apôtres, journal satirique contre révolutionnaire. Le Patriote. Pamiers. 2009.
Communication sur les requis du STO en Ariège lors du colloque La France et l’Allemagne en guerre : novembre 1942/automne 1944. Centre d’études d’histoire de la défense et Institut historique allemand. Mars 1999.
STO : les Ariégeois victimes du travail forcé en Allemagne nazie 1943/1945. Le Patriote. Pamiers. 2010.
Ariège 1942-1943. Le PPF, Parti populaire français. Un parti politique à la solde des nazis, Toulouse, Imprimerie Corep, 2021, 357 p.

SOURCES : Archives de la section académique du SNES de Toulouse. Collection du Bulletin Syndical 1973/1995. — Témoignage d’André Laurens recueilli par l’IRHSES. — Échanges avec l’auteur.

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