LEBÈGUE Victor, Léon

Par René Lemarquis, Yves Lequin, Jean Maitron

Né le 20 février 1887 à Guise (Aisne), mort le 11 février 1962 à Paris (Xe arr.) ; ajusteur ; militant syndicaliste et communiste ; membre de la commission exécutive de la CGTU (1925-1929) ; secrétaire de la Fédération unitaire des Transports.

Fils d’un tisseur, militant syndicaliste très actif, résidant à Saint-Quentin mais aussi très souvent présent à Paris, Victor Lebègue travailla d’abord dans l’industrie textile puis dans la métallurgie comme ajusteur-mécanicien. Adhérent à la CGT depuis 1907 (ou 1905) il fut secrétaire du syndicat textile à Saint-Quentin puis secrétaire du syndicat des Transports de cette ville et de l’Union départementale de l’Aisne de 1920 à 1922. Il fut chargé en 1922 de la propagande de la CGTU dans le département de l’Aisne. Il fut également conseiller prud’homal pendant six ans.

Délégué au 1er Congrès de la CGTU (juin 1922) et au 2e (novembre 1923) au nom de la Fédération unitaire des Transports il devint en septembre 1924 secrétaire général de cette Fédération et entra à l’occasion du congrès de Paris (août 1925) à la Commission exécutive de la CGTU. Il y siégea de nouveau après les 4e (1927) et 5e Congrès (1929). Toujours délégué au 6e congrès confédéral de novembre 1931, il ne retrouva pas cependant son siège à la CE. Par ailleurs, Victor Lebègue était l’un des principaux animateurs de la Fédération de l’Aisne du Parti communiste. Il avait signé en octobre 1925 la Lettre dite des 250 à l’Internationale communiste, document qui critiquait la direction du PC français (voir Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français t. 16, pp. 474-481). L’année suivante, il assista au congrès de Lille (20-26 juin) du Parti communiste français. Il fut écarté du Parti communiste et de la fédération des transports en 1933, sur ordre de la commission des cadres.

La Révolution prolétarienne du 10 octobre 1933 annonça son départ du secrétariat général de la Fédération unitaire des transports et son « retour à l’atelier ».

Un dossier à son nom au RGASPI contient certaines informations au sujet de ce départ. Dans une lettre du 24 mai 1929, adressée à Pierre Celor, Jacques Doriot transmettait à celui-ci la missive que lui avait envoyée le 20 mars un camarade de province. Ce dernier (que d’autres textes nous permettent d’identifier se nommait René Roi [pas de dossier à ce nom, ni à René Roy, au RGASPI]) soupçonnait Lebègue d’être en rapport avec la police en s’appuyant sur des déclarations faites par son épouse Marie-Louise Roi. Celle-ci qui était petit clerc chez un avoué en 1925, s’était rendue avec une amie chez la fille d’un policier (Montigny) et aurait alors surpris une conversation de ce policier avec un collègue (Lefebvre). Il lui annonçait qu’il devait rencontrer le lendemain Lebègue lequel devait lui fournir quelques renseignements. À cette date Marie-Louise surprenait chez le Président du tribunal civil Lebègue en compagnie du policier Lefebvre qui lui remettait une enveloppe cachetée. Pour Roi il semblait « hors de doute que Lebègue est à la solde de la police » et devrait être exclu si l’on pouvait avoir des preuves palpables. Il faisait par ailleurs mention de la signature de Lebègue à la Lettre des 250 affirmant « qu’au point de vue politique Lebègue ne vaut absolument rien pour nous autres communistes ». Il ajoutait qu’il ne tenait comme vrais que depuis la veille (mars 1929 !) les faits rapportés ci-dessus qui dataient de 1925. La Commission des cadres annotait cette lettre au crayon bleu avec cette question : De qui ? À qui ?

Une correspondance s’établit avec Grenoble où une lettre du 28 mars 1930 de « Campi » (Campiglia qui avait été à Saint-Quentin en 1924) rappelait la vie de la section empoisonnée par une atmosphère de suspicion, les soupçons pesant sur Pourquié qui lui-même soupçonnait Lebègue etc... Certes il jugeait Roi tout à fait sûr et son épouse digne de confiance mais il émettait des doutes sur les révélations de celle-ci dont le père que Campiglia jugeait sévèrement avait été alors lié à Lebègue. Il affirmait n’avoir sur la question aucun avis personnel et désirait une enquête sérieuse. Quelques jours plus tard le même informateur transmettait un fait nouveau : Lebègue aurait deux ménages, l’un régulier à Saint-Quentin, l’autre à Paris avec une maîtresse dont il a eu un enfant.

Devenu « très suspect » à la commission des cadres, Victor Lebègue fut alors l’objet d’une enquête et d’une surveillance en même temps qu’on demandait de ne pas lui confier « des fonctions plus importantes que celles qu’il occupe ». La CCCP devait questionner René Roi pour confirmation et précisions sur ses renseignements. Lebègue remplit un questionnaire du Parti en août 1930. La décision de la commission des cadres fut d’écarter Lebègue de tout poste. Le 18 février 1933 une note indiquait « toujours à la Fédération des Transports » suivi d’une seconde annonçant « écarté de la Fédération des Transports » le 28 juillet 1933.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article136936, notice LEBÈGUE Victor, Léon par René Lemarquis, Yves Lequin, Jean Maitron, version mise en ligne le 6 mai 2011, dernière modification le 16 août 2020.

Par René Lemarquis, Yves Lequin, Jean Maitron

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 687, dossier de sa mise à l’écart. — Arch. Nat. F7/13016, F7/13735, F7/13828. — Arch. PPo. 300. — La Révolution prolétarienne, n° 163, 10 octobre 1933, p. 424. — L’Humanité, 18 mars 1926. — L’Unitaire, organe du syndicat général unitaire du personnel des transports en commun de la région parisienne, septembre 1922. — Comptes rendus des congrès de la CGTU, de 1922 à 1931. — État civil de Guise.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément